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Désespérée, elle s’arrache trois dents

Diane Vinet a elle-même arraché certaines de ses dents à l'aide d'une paire de pinces.
Photo: Photo Alarie PhotosDiane Vinet a elle-même arraché certaines de ses dents à l'aide d'une paire de pinces.
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LAVAL - 

Incapable de trouver un dentiste pouvant la soigner à un coût abordable, une Lavalloise de 64 ans a pris les grands moyens pour se libérer du mal qui l’assaillait depuis des mois. En juin dernier, elle a pris une paire de pinces et a tenté de s’arracher trois dents.

«Ça faisait tellement mal que je ne savais plus quoi faire, indique Diane Vinet. J’ai pris les pinces, j’ai mis un diachylon autour et je les ai enlevées. Ça a saigné énormément. Je criais. Je sautais partout dans mon logement.»

Au total, Mme Vinet a perdu huit dents de sa mâchoire du bas. Elle en a arrachées trois d’elle-même, tandis que les autres sont tombées toutes seules, après plusieurs mois de douleur.

Les problèmes de la résidente de Laval-des-Rapides ont commencé il y a environ un an, lorsqu’elle s’est mise à avoir très mal aux dents. Elle a tenté de voir un dentiste à ce moment.

Or, Mme Vinet vit de ses prestations de la CSST depuis un accident de travail survenu il y a quelques années. Elle n’a pas d’assurance. Impossible, dit-elle, de payer les frais «beaucoup trop élevés» demandés par les cliniques dentaires.

«Ce n’est pas parce que je ne veux pas payer, tient-elle à préciser. Mais le dentiste le moins cher que j’ai trouvé est bien trop cher pour moi. Surtout qu’après ça, il va falloir payer pour la prothèse.»

Peur

Aujourd’hui, Diane Vinet a peur et ne sait plus vers qui se tourner. C’est que son autochirurgie n’a pas été un succès complet. Certaines racines des dents qu’elle a tenté d’arracher sont restées prises dans sa gencive.

Selon son médecin, la dame doit voir un dentiste très rapidement avant que les plaies s’infectent. Et la douleur est encore présente.

«Mon médecin a dit que si je n’allais pas voir un dentiste tout de suite, ce serait dangereux, explique-t-elle. J’ai peur des bactéries. Et je n’ose même plus me regarder dans un miroir.»

Pas couverte

Les interventions visant à extraire des dents et des racines ne sont pas couvertes par la Régie de l’assurance-maladie pour les adultes. La seule exception concerne les personnes vivant de l’aide sociale, ce qui n’est pas le cas de Diane Vinet.

Celle-ci a téléphoné à plusieurs cliniques dentaires, mais elle n’arrive pas à en trouver une qui correspond à sa gamme de prix. «J’ai trouvé un dentiste qui serait prêt à me prendre avec des paiements mensuels, mais encore là, c’est trop dispendieux.»

Elle a également tenté sa chance dans les hôpitaux et les universités, mais se heurte à une importante liste d’attente. «D’autant plus qu’il faut quand même payer, mais on ne veut pas me dire combien ça coûterait au téléphone.»

Elle aurait également demandé de l’aide au bureau de son député, Léo Bureau-Blouin, sans succès jusqu’à présent.

Pétition

Diane Vinet est convaincue qu’elle n’est pas seule dans sa situation. Elle songe même à mettre en place une pétition demandant au gouvernement d’aider les personnes à faible revenu à avoir accès aux soins dentaires.

«Pourquoi n’offre-t-on pas une aide aux personnes qui gagnent moins qu’un certain montant?, demande-t-elle. Ça pourrait être basé sur la déclaration de revenus.»

En attendant, Mme Vinet endure son mal et tous les inconvénients qui viennent avec. Elle passe sa nourriture au mélangeur et éprouve toujours des problèmes d’élocution. Le stress de la situation l’a même fait reprendre la cigarette, qu’elle avait pourtant arrêtée il y a longtemps.

«Mon gendre m’a demandé ce que je voulais pour Noël. Des dents. C’est tout ce que je veux.»

Le système a des faiblesses

Le système de soins dentaires au Québec présente des lacunes, selon le doyen de la Faculté des sciences dentaires de l’Université McGill. Mais pour le Dr Paul Allison, offrir les soins gratuitement ne réglerait pas tout.

Le régime public d’assurance-maladie du Québec rembourse présentement les soins dentaires pour les enfants de moins de 10 ans et pour les personnes prestataires de l’aide sociale depuis un an. Pour les autres, seuls quelques traitements spécifiques sont remboursés.

«Il y a des lacunes dans le système, estime le Dr Allison. Il y a des groupes qui ne cadrent pas dans les critères de la Régie de l’assurance-maladie. Ce sont souvent des gens qui travaillent, mais qui ont un revenu minimal et qui ne bénéficient pas d’une couverture par le système privé.»

En conséquence, les personnes qui n’ont pas les moyens de se payer les soins dentaires vont moins chez le dentiste. «Ces gens-là ne sont pas portés à aller consulter et ont donc plus de maladies dentaires», explique Paul Allison.

Pas seulement un problème financier

Or, selon le spécialiste, offrir les soins dentaires gratuitement à toute la population ne pallierais pas entièrement les lacunes du système.

«Le problème n’est pas que financier. Il y a d’autres problèmes, comme l’accès géographique. Il y a moins de dentistes en région et même dans les quartiers défavorisés de certaines villes. Certains dentistes se demandent pourquoi ouvrir leur commerce dans une région où il y a moins de gens, donc moins d’argent à faire.»

Selon le Dr Allison, la communauté des dentistes peut également avoir de la difficulté à bien comprendre les enjeux touchant les populations défavorisées.

«La plupart des étudiants en médecine dentaire viennent des milieux aisés, explique-t-il. Ils ont très peu d’expérience à propos du genre de vie d’une personne à faible revenu.»

Responsabilité

Les dentistes eux-mêmes ont une part de responsabilité pour régler le problème d’accès, croit le Dr Allison.

À l’Université McGill, les étudiants en médecine dentaire sont rapidement mis en contact avec les clientèles défavorisées. Les étudiants travaillent à la clinique mobile mise sur pied par l’établissement, de même qu’à la clinique dentaire de la Mission Bon Accueil. McGill offre également des soins gratuits pour les enfants réfugiés.

«Pour nos étudiants, c’est une expérience très importante, estime Paul Allison. C’est important pour nous, pour eux et pour la profession. Les dentistes doivent prendre leur responsabilité face au problème de l’accès aux soins, que ce soit, par exemple, en offrant un après-midi par semaine pour la clientèle défavorisée à faible coût, en plus de leur travail en clinique.»

 

 

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