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En 10 questions avec Huguette Larochelle, présidente de Sauvons nos trois grandes îles

durée 08h02
12 avril 2014
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Par Claude-André Mayrand
LAVAL - 

Lorsqu’elle a débuté, en 1992, sa croisade pour protéger les îles de l’archipel Saint-François (Saint-Joseph, Saint-Pierre et aux Vaches), jamais Huguette Larochelle n’aurait pu s’imaginer travailler encore sur le dossier en 2014. Celle qui consacre environ 50 heures par semaine à cette cause depuis sa retraite de l’enseignement est déçue qu’aucune décision du ministère de l’Environnement n’ait été annoncée avant le déclenchement des élections.

1- Comment a commencé votre implication pour sauver les trois grandes îles?

Je suis arrivée à Saint-François en 1989 et c’est en 1992 que j’ai entendu parler d’un projet domiciliaire sur l’île Saint-Joseph [qui est littéralement dans sa cour]. Il y a eu un gel jusqu’en 1996, puis un projet de parc de maisons mobiles a été accepté cette année-là. Le zonage de l’île le permettait. On a proposé un mémoire pour faire de l’île Saint-Joseph un parc plutôt qu’un projet domiciliaire.

2- Comment s’est formé votre organisme?

On a appris en 2006 qu’un autre plan de développement domiciliaire était prévu pour l’île Saint-Joseph et qu’il n’aurait pas à passer par une consultation publique, ce qui était anormal. En étudiant le dossier, nous avons constaté qu’en 2001, la Ville de Laval avait changé le zonage des trois grandes îles et de 131 zones de l’île Jésus au total, à l’insu des citoyens. Avec la Loi d’accès à l’information, j’ai pu étudier tout le dossier du changement de zonage de l’île et j’ai constaté qu’il y avait des lacunes dans les avis publics, ce qui explique que l’on ait manqué l’annonce du changement. C’est en luttant contre cette irrégularité qu’est né Sauvons nos trois grandes îles (SN3GI), au début 2008.

3- Quelles étaient les activités de SN3GI?

Nous étions un petit groupe d’une douzaine de personnes et nous nous réunissions une fois par semaine, pendant environ trois heures. Puis, ce fut aux deux semaines, aux trois semaines et finalement un mois, et en travaillant intensément, ça nous a permis de nous structurer et de déterminer comment on voulait avancer. Nous avons lancé une pétition demandant un parc naturel pour la rivière des Mille-Îles et nous avions 21 000 signataires quelques mois plus tard.

4- Quelles sont les richesses des îles, qui justifient leur protection?

Depuis le début, les îles ont protégé ce qu’elles contiennent de faune et de flore et d’habitats fauniques et floristiques. La rivière, quant à elle, protège les îles. Entre l’île aux Vaches et l’île Saint-Pierre, on retrouve la plus grande colonie de lézardelles penchées du Québec. On retrouve 40 % de toute la richesse floristique et faunique de la province dans les trois îles. On y observe aussi des oiseaux de proie, des ours et des coyotes. En tout, il y a autour de 250 espèces vivantes et parmi celles-ci, plusieurs qui sont protégées.

5- Quelle est votre stratégie lorsque arrivent des élections?

On essaie de faire des trois grandes îles un enjeu électoral. On rencontre les candidats et on tente de voir si les partis sont capables de s’accoter dans leurs promesses. À chaque fois, on nous fait part d’un intérêt et on se fait dire que nous avons un joli projet.

6- Depuis l’arrivée en poste du maire Marc Demers le 3 novembre, y a-t-il eu des avancements dans le dossier?

Nous nous sommes rencontrés en janvier et on a eu l’impression d’entendre quelque chose de sincère. Il nous a dit qu’il avait fait deux propositions au gouvernement. Je m’attends à une prolongation de la mise en réserve, à tout le moins. [L’échéance de la mise en réserve est en juin 2014.]

7- Quel était le zonage des îles avant la mise en réserve?

C’est un zonage désuet venu avec les fusions des villes en 1965. Pour les îles Saint-Pierre et aux Vaches, le zonage stipule qu’elles sont sujettes au développement exclusivement pour des maisons unifamiliales détachées le long des rues existantes en 1970. Or, il n’y en a pas. Pour l’île Saint-Joseph, c’est différent, car il y a une rue. Le zonage permet toutefois seulement un parc de maisons mobiles.

8- Qui ou quoi vous a le plus déçue depuis le début de votre lutte?

C’est Michelle Courchesne lorsque, le 3 novembre 2008, elle annonce une mise en réserve, deux jours avant les élections provinciales. Elle a ensuite abandonné sa promesse en février 2009 en prétextant que ce n’était plus nécessaire. Ça, c’était à en brailler.

9- Quel est le lien que vous entretenez avec les propriétaires des îles?

Nous avons rencontré le propriétaire de l’île Saint-Joseph, Luigi Liberatore, lors d’une rencontre de courtoisie. Ce fut une très belle rencontre; nous avons fait connaissance et il nous a parlé de ses projets pour l’île. Il nous a admis qu’il était prêt à vendre l’île pour en faire un parc. Quant au propriétaire des deux autres îles, Eliasz Kotler, nous ne l’avons jamais rencontré et nous n’avons pas fait de démarches pour le faire.

10- Quelle serait la pire chose qui pourrait arriver aux îles, selon vous?

Ce serait un changement de zonage pour que ça devienne constructible sans consultation publique. Les citoyens de l’est de Laval sont inquiets du sort des îles et ça exige d’être toujours à l’affût de ce que les gouvernements pourraient faire.

 

 

SN3GI en rafale…

Fondation de l’organisme : 5 janvier 2008

Membres : 15

Appuis : Fondation David Suzuki, CRÉ de Laval, de Montréal et de Lanaudière, Éco-Nature et plusieurs autres

Objectif : La protection et la mise en valeur des îles aux Vaches, Saint-Joseph et Saint-Pierre, toutes trois situées à Saint-François, dans la rivière des Mille-Îles.

Site Internet : Sauvons nos trois grandes îles

 

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