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Rapports financiers des établissement

Le privé en santé a coûté plus de 6 milliards $ en 2023-2024, calcule la CSN

Le privé en santé a coûté plus de 6 milliards $ en 2023-2024, calcule la CSN
Photo: La Presse Canadienne, 2024
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Le montant alloué au privé en santé a dépassé les 6 milliards $ en 2023-2024, a calculé la Confédération des syndicats nationaux (CSN) à partir des rapports financiers des établissements qui sont rendus publics.

Ce montant a été calculé en additionnant le coût de la main-d'œuvre indépendante et des services achetés dans chaque CISSS et CIUSSS. Les services achetés peuvent comprendre un éventail assez large, notamment des contrats d'entretien, la cafétéria, mais aussi le recours à des ergothérapeutes, des psychologues et des nutritionnistes, entre autres.

Le service de recherche de la CSN a aussi relevé que le gouvernement aurait économisé plus de 700 millions $ s'il avait fait affaire avec des employés issus du réseau public de santé et de services sociaux. «Pour nous, ces chiffres-là, ça démontre que ce n'est pas vrai que le privé en santé, ça coûte moins cher et que c'est plus efficace. C'est faux», soutient le vice-président de la CSN, David Bergeron-Cyr.

Pour une énième fois, la CSN tente de faire en sorte que son message trouve écho auprès du gouvernement Legault. La centrale syndicale veut que cesse l'expansion du privé en santé.

«Ce qu'on constate depuis 30 ans, c'est l'échec des politiques néolibérales et capitalistes de nos différents gouvernements, de notre réseau public de santé et de services sociaux. Ces politiques-là, c'est de la privatisation, c'est de la centralisation, c'est un sous-financement systématique, puis ça détruit le réseau», lâche M. Bergeron-Cyr.

Il met aussi de l'avant que l'accès aux soins ne s'améliore pas et que le nombre de personnes qui patientent sur des listes d'attente est toujours très élevé. Il reconnaît que la pandémie de COVID-19 n'a pas aidé à la situation, mais il estime que les problèmes d'accès aux soins et services de santé étaient déjà présents avant.

Payer avec la carte soleil est une mauvaise idée, selon la CSN

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a déjà annoncé qu'il voulait se départir des agences privées. Tout récemment, les hôpitaux des centres urbains ont mis fin au recours aux agences de placement, et d'autres régions doivent faire de même au cours des prochains mois.

Avec cette mesure M. Dubé espérait rapatrier le personnel du privé dans le réseau public. Il affirme que depuis un an, 5100 employés sont revenus travailler dans le réseau public.

Le bassin de professionnels de la santé est le même au privé et au public, et les conditions de travail sont souvent plus attrayantes au privé, notamment parce que les cliniques privées sont rarement opérationnelles en soirée ou les fins de semaine. «Le privé en santé, ce n'est pas complémentaire, c'est un compétiteur», peste M. Bergeron-Cyr.

L'initiative de se départir graduellement des agences privées est un pas dans la bonne direction, admet M. Bergeron-Cyr, mais selon lui, le ministre n'a pas d'autre choix puisque le recours à ces professionnels était devenu incontrôlable et très coûteux. «La main-d'œuvre indépendante, quand ça a commencé, c'était supposé répondre à un besoin ponctuel dans quelques régions. Finalement, c'est devenu la panacée. Ça l'a explosé», dit-il.

Le ministre Dubé souhaite utiliser le privé pour venir appuyer le réseau public qui n'arrive pas à répondre aux besoins de la population, par exemple pour les listes d'attente en chirurgie qui se sont allongées au cours des dernières années.

M. Dubé parle souvent d'offrir des soins au privé que la population pourrait payer avec sa carte d'assurance-maladie. M. Bergeron-Cyr s'insurge devant cette stratégie.

«C'est la volonté du gouvernement d'offrir des services de santé au privé, mais remboursés par l'État. Nous, ce qu'on dit, c'est que le monde, ils vont payer deux fois. [...] Quand tu fais du privé public comme ça, tu paies deux fois parce qu'on paye avec nos impôts, puis en plus de ça, [les établissements privés] vont se pogner une cote. Ce n'est pas vrai qu'ils vont offrir le même service au même coût. Ça fait que ça va coûter plus cher à l'État de faire affaire avec ces gens-là et ça fait qu'on va payer une deuxième fois pour leur profit», dénonce-t-il.

Il a réitéré les demandes que la CSN a souvent adressées au ministre de la Santé. Elle souhaite que d'ici le 1er mai, il freine l’exode des médecins vers le secteur privé, en allant plus loin que le projet de loi 83, qui prévoit notamment d'empêcher le va-et-vient des médecins entre le privé et le public et d'obliger les nouveaux médecins à pratiquer cinq ans dans le réseau public québécois.

La CSN demande aussi au gouvernement de cesser d’octroyer des permis de cliniques privées à but lucratif dès maintenant et d'instaurer un moratoire sur tous les types de privatisation du travail et des tâches accomplies au public.

Le contenu en santé de La Presse Canadienne obtient du financement grâce à un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est l’unique responsable des choix éditoriaux.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne

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