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Des effets négatifs sur le développement des enfants

Les orthophonistes s'inquiètent du temps d'écran des tout-petits

Les orthophonistes s'inquiètent du temps d'écran des tout-petits
Photo: La Presse Canadienne

Trop de parents ignorent encore les effets négatifs que les écrans peuvent avoir sur le développement de leurs enfants en bas âge, déplore l'Association d’orthophonistes et des audiologistes du Québec.

De nombreuses études établissent une corrélation entre le temps d'écran d'enfants de moins de cinq ans et les risques de développer un retard de langage, souligne Marie-Philippe Rodrigue, orthophoniste et présidente de l'AOAQ, qui profite du mois de l’ouïe et de la communication pour sensibiliser les parents aux dangers des écrans.

Il est d'ailleurs fortement déconseillé pour les enfants de moins de deux ans de regarder des vidéos sur des écrans, même si elles se veulent éducatives, avertit la Société canadienne de pédiatrie.

«Il n’y a pas de données probantes pour soutenir l’introduction de la technologie en bas âge», peut-on lire sur le site Web de la Société.

D'ailleurs, une étude menée par le Hospital for Sick Children de Toronto en 2018 a démontré que les enfants de 18 mois sont 2,3 fois plus à risque de développer un retard de l'expression orale du langage si leur temps d'écran quotidien augmente à 30 minutes.

Pour les enfants de deux à cinq ans, les experts recommandent de limiter le temps d'écran à une heure par jour.

Malgré ces recommandations, beaucoup d'enfants continuent d'avoir accès à des tablettes mobiles ou téléphones portables pour passer le temps à la maison.

L'Institut de la statistique de Québec rapporte qu'en 2022, un enfant de 17 mois sur quatre utilisait ou regardait des écrans pendant au moins une heure par jour durant la semaine.

Cette même étude que «les enfants de deux ans et demi vivant dans un ménage à faible revenu sont plus nombreux en proportion que les autres à passer au moins deux heures par jour devant un écran, que ce soit la semaine (27 % contre 0 %) ou la fin de semaine (42 % contre 29 %)».

«Je dirais que dans les milieux plus défavorisés, on peut le voir plus, parce que l'écran est quand même une bonne gardienne», reconnaît Mme Rodrigue.

Lorsque les ressources sont limitées, elle explique qu'il peut être tentant de recourir aux écrans pour occuper son enfant et se permettre un certain «répit».

«Beaucoup de nouveaux parents ont grandi avec des téléphones intelligents et ont tendance à minimiser l'impact que l'écran peut avoir», observe-t-elle.

«Mais le but n'est pas de culpabiliser les parents, nuance l'orthophoniste, qui souhaite plutôt les outiller.

Une partie du problème avec les écrans se trouve dans l'absence d'interaction entre l'enfant, le contenu qu'il consomme et son environnement.

Par exemple, lorsqu'on lui lit une histoire à voix haute, l'enfant à la chance d'apprendre à son propre rythme. Il peut pointer ce qui pique sa curiosité dans le livre, demander au parent de répéter un mot, et même poser des questions qui sortent du cadre de l'activité.

«Puisque c'est l'enfant qui dirige cette interaction-là, il est déjà beaucoup plus disponible à apprendre. Avec l'écran, vu que c'est du préenregistré, il n'y a pas cet aspect-là», explique Mme Rodrigue.

Bien entendu, Mme Rodrigue recommande de sélectionner avec soin le contenu auquel l'enfant est exposé. «Une vidéo sur YouTube de yoga pour enfants où l'on fait l'activité avec l'enfant peut même avoir un effet bénéfique», lance-t-elle en exemple.

Cela dit, l'orthophoniste invite les parents à se questionner sur «ce que le temps d'écran vient remplacer».

«Les interactions avec d'autres personnes, du jeu libre, de l'exploration. C'est tout ça aussi qu'on doit considérer», estime-t-elle.

Samira Ait Kaci Ali, La Presse Canadienne

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