Sondage Léger
Les Québécois favorables à un droit à la fraîcheur pour contrer les vagues de chaleur
Par La Presse Canadienne
Les trois quarts des Québécois appuient la reconnaissance d'un droit à la fraîcheur, qui garantit des endroits sécuritaires à toute la population lors des épisodes de forte chaleur, indique un nouveau sondage Léger réalisé pour l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ). Elle demande aux partis politiques de reconnaître le fardeau de la chaleur et d'intégrer dans leur plateforme électorale des mesures pour y faire face.
Les résultats nous apprennent également que 64 % des répondants ont ressenti au moins un effet des fortes chaleurs au cours des trois dernières années. Par exemple, cela peut vouloir dire de modifier les activités quotidiennes ou le travail, d'avoir des maux de tête, une perturbation du sommeil ou des difficultés respiratoires.
«En plus de causer et d'aggraver les problèmes de santé, de maladies chroniques, les fortes chaleurs, qui sont amplifiées par les changements climatiques, augmentent les risques d'hospitalisation, d'accidents du travail et de décès», souligne en entrevue Cyril Frazao, directeur santé et climat à l'ASPQ.
Selon les plus récents chiffres de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), on estime que 628 décès ont été attribuables à la chaleur au cours de l’été 2025 au Québec.
Les deux raisons qui reviennent le plus souvent lorsqu'on demande aux répondants les avantages d'agir contre les vagues de chaleur sont de prévenir les problèmes de santé et de mieux les protéger et de protéger les personnes les plus vulnérables ainsi que de réduire la pression sur les hôpitaux et les services de santé.
Le sondage Léger a été réalisé auprès de 1002 répondants en ligne. Un échantillon de cette taille a une marge d’erreur présumée de plus ou moins 3,1 %, et ce, 19 fois sur 20. Les données ont été collectées du 10 au 21 juillet 2026.
Des poursuites possibles
La Coalition québécoise pour un droit à la fraîcheur — créée en mai 2026 sous l'initiative de l'ASPQ et qui regroupe plusieurs milieux — demande aux partis d'intégrer le droit à la fraîcheur à leurs engagements à l'aube de la campagne électorale.
D'ailleurs, le sondage révèle que 48 % des répondants disent être plus enclins à voter pour un parti proposant des mesures concrètes pour faire face aux fortes chaleurs lors des prochaines élections.
M. Frazao précise qu'il faudrait éventuellement une reconnaissance légale. «Comme objectif collectif à long terme, il faut avoir une aiguille qui pointe vers un droit fondamental, comme le droit à la vie, à la protection, dit-il. Une porte ouverte pour des poursuites, si c'est très défini, bien encadré. [...] Ça peut être aussi un élément dans le droit du travail, potentiellement une obligation pour les employeurs d'avoir des plans de prévention, de protection face à la chaleur.»
La Coalition souhaite aussi la mise en place d'une stratégie québécoise interministérielle d’adaptation aux fortes chaleurs, qui mobiliserait la santé et l’environnement, mais aussi d'autres acteurs, notamment du secteur de l’habitation. L'ASPQ croit qu'il faut revoir le Code du bâtiment au Québec pour mieux l'adapter à la météo durant l'été.
«On veut que les partis puissent prendre acte de la responsabilité qu'un prochain gouvernement doit avoir pour reconnaître le fardeau de la chaleur dans nos systèmes et aussi diminuer la pression sur le système de santé. Surtout au Québec, on a de plus en plus de vagues de chaleur qui arrivent plus tôt, qui finissent plus tard aussi. C'est plus intense», fait valoir M. Frazao.
Plus d'argent aux municipalités
«Le droit à la fraîcheur, ce n'est pas un droit à la climatisation individuelle», martèle M. Frazao. Car les airs climatisés dégagent de la chaleur à l'extérieur et viennent amplifier le problème. Cela peut nuire au refroidissement nocturne.
M. Frazao reconnaît que les airs climatisés sont efficaces, entre autres pour les aînés qui sont plus à risque, mais il s'agit d'une solution à court terme. «Si on veut réellement avoir des milieux de vie qui sont plus frais pour tout le monde, il faut penser à des stratégies plus structurantes, qui ne relâchent pas encore plus de chaleur à l'extérieur», dit-il.
«Les effets physiologiques induits par l'exposition à la chaleur réapparaissent rapidement lorsqu'on quitte ces zones de fraîcheur», ajoute M. Frazao.
La Coalition demande finalement d'investir durablement pour protéger la population de la chaleur. Des sommes dédiées pourraient être allouées aux municipalités pour l'aménagement du territoire, notamment au niveau des quartiers défavorisés, où il manque souvent de canopée.
Le concept de droit à la fraîcheur implique que chaque municipalité puisse se doter d'endroits plus frais et sécuritaires pour toutes les populations vulnérables, y compris les personnes en situation d'itinérance. «Ça existe déjà. Il y a des organismes communautaires qui offrent des espaces plus frais, mais ce n'est pas assez», déplore M. Frazao. À terme, l'objectif serait d'avoir une cartographie de ces «refuges climatiques», accessible à tous.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne
