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Selon une nouvelle étude québécoise

Le stress pourrait causer l'apnée du sommeil, et pas seulement l'inverse

Le stress pourrait causer l'apnée du sommeil, et pas seulement l'inverse
Photo: La Presse Canadienne, 2026

S'il est bien documenté que l'apnée du sommeil puisse être une source de stress, une nouvelle étude québécoise décrit possiblement pour la première fois une association inverse entre les deux problèmes.

Les chercheurs ont notamment constaté, lors d'expériences en laboratoire, qu'un isolement social chronique provoque des modifications respiratoires, cardiovasculaires et métaboliques comparables à celles observées chez les personnes atteintes d'apnée du sommeil.

«On a pu voir que sur un modèle animal, en les stressant, on arrivait à reproduire une condition (l'apnée du sommeil) qui était très similaire à ce qu'on avait en clinique», a résumé l'auteur de l'étude, le professeur Richard Kinkead de la faculté de médecine de l'Université Laval, qui s'intéresse depuis plus de vingt ans à l'impact du stress sur la respiration.

Le professeur Kinkead et ses collègues ont combiné des expériences précliniques chez le rat et une analyse reposant sur de vastes études génétiques réalisées auprès de cohortes européennes comptant jusqu'à plus d'un million de personnes participantes, a-t-on indiqué par voie de communiqué.

Les rats ont été placés en isolement pendant trois semaines. Cela a entraîné chez eux une hausse de la fréquence des apnées durant le sommeil, mais aussi une augmentation de la pression artérielle et une accumulation accrue de graisse corporelle ― des phénomènes identiques à ceux qu'on retrouve chez les humains touchés par le problème.

Un autre parallèle avec les humains a été observé quand les chercheurs ont constaté que ces effets étaient particulièrement marqués chez les mâles, qui ont présenté une plus grande vulnérabilité à l'affaissement des voies aériennes supérieures causant des obstructions respiratoires.

Chez les humains, l'apnée du sommeil est aussi plus prévalente chez les hommes que chez les femmes, du moins jusqu'à la ménopause.

«Pendant (que les rats) dormaient, leur activité était moins stable, plus sujette à des variations anormales, et lorsqu'on a mesuré ce qui se passait au niveau des voies respiratoires supérieures, on voyait qu'il y avait des obstructions, comme on voit chez les humains, et ce qui était vraiment fascinant, c'est qu'on voyait ça plus chez les mâles que chez les femelles», a dit le professeur Kinkead, qui est également chercheur au Centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

Une analyse de vastes données génétiques chez l'humain a enfin montré que les personnes qui se sentent seules présentent un risque accru de souffrir d'apnée du sommeil, et ce, indépendamment des indicateurs d'obésité.

Pris dans leur ensemble, ces résultats «remettent en cause la vision traditionnelle selon laquelle le stress ne serait qu'une conséquence de l'apnée du sommeil et le présentent au contraire comme une cause potentielle», écrivent les auteurs.

«Ces résultats ouvrent la voie à un changement de paradigme: la reconnaissance du stress psychosocial comme facteur de risque (de l'apnée du sommeil) ouvre de nouvelles perspectives tant dans la recherche fondamentale sur les mécanismes sous-jacents que dans les stratégies préventives et thérapeutiques», estiment-ils.

La nouvelle étude, ajoutent les chercheurs québécois, met en évidence «l'importance du stress psychosocial chronique dans l'apparition de l'apnée du sommeil, soulignant la nécessité d'adopter des approches préventives et thérapeutiques innovantes ciblant le stress afin d'atténuer les risques d'apnée du sommeil».

Au fil des ans, a dit le professeur Kinkead, ses collègues et lui ont vu défiler plusieurs indices permettant de croire qu'il existait une relation entre le stress et la respiration, mais c'est la première fois qu'ils sont en mesure de l'illustrer aussi clairement.

L'identification du stress comme facteur qui contribue à l'apnée du sommeil offre une occasion de plus de s'attaquer à la source du problème, et non seulement à ses conséquences, a-t-il souligné.

«C'est une façon différente de voir le problème parce qu'on s'attarde beaucoup à essayer de régler les symptômes chez les gens, a conclu le professeur Kinkead. Les fameuses machines CPAP, c'est vraiment utile pour ça, mais ça n'arrête pas le problème à la source, donc en combinant peut-être les deux approches, on va augmenter les chances que les patients aient un traitement plus adéquat, plus satisfaisant aussi.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées par la revue scientifique PNAS.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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