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Accords avec la Chine: l'ambassadeur vante la création d'emplois liés aux VÉ

durée 05h40
23 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Alors que des critiques s'élèvent contre l'accord conclu la semaine dernière par Ottawa autorisant l'importation d'un petit nombre de véhicules électriques chinois au Canada, l'ambassadeur de Chine à Ottawa affirme que Pékin souhaite collaborer avec les travailleurs canadiens de l'automobile afin de créer des emplois de qualité et de produire des voitures plus abordables.

«Seule une coopération mutuellement avantageuse peut perdurer», a mentionné l'ambassadeur de Chine au Canada, Wang Di, à La Presse Canadienne, mercredi.

«Tous ces projets seront bénéfiques au développement de l'industrie canadienne des véhicules électriques, contribueront à la création d'emplois au Canada et permettront aux consommateurs canadiens d'acheter des voitures de meilleure qualité et plus abordables», a avancé M. Wang par l'intermédiaire de son interprète.

Le premier ministre Mark Carney et le président chinois Xi Jinping ont signé la semaine dernière un accord autorisant l'importation de véhicules électriques chinois au Canada à un taux tarifaire de 6,1 %.

L'accord prévoit un quota d'importation annuel maximal de 49 000 véhicules électriques chinois et exige que la moitié d'entre eux aient un prix d'importation inférieur à 35 000 $ d'ici 2030.

Le Canada s'est joint aux États-Unis en imposant un droit de douane de 100 % sur les véhicules électriques chinois en 2024. La Chine est accusée d'utiliser des subventions déloyales pour développer son secteur des véhicules électriques et de pratiquer le dumping sur le marché nord-américain.

Cette taxe a incité la Chine à imposer des droits de douane sur les importations agricoles canadiennes. En échange de l'autorisation d'importer des véhicules électriques chinois au Canada, la Chine a accepté d'alléger ses droits de douane sur les produits agricoles.

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, estime que cet «accord déséquilibré» risque d'inonder le marché de véhicules électriques bon marché sans aucune garantie d'investissement chinois et de limiter l'accès des constructeurs automobiles canadiens au marché américain, pourtant crucial.

La présidente du syndicat Unifor, Lana Payne, a qualifié l'accord de «sabotage» et a averti que la Chine s'emparerait rapidement de parts de marché, comme elle l'a fait sur d'autres marchés.

M. Wang a toutefois laissé entendre que les travailleurs de l'automobile de l'Ontario n'avaient pas à s'inquiéter, car Ottawa et Pékin souhaitent voir des investissements qui renforcent le secteur manufacturier canadien.

«La coopération sino-canadienne se caractérise par la complémentarité et l'avantage mutuel», a-t-il souligné.

«La Chine encourage et soutient les entreprises chinoises à investir et à créer des entreprises ici, au Canada, dans le respect des règles du marché. Parallèlement, nous espérons que le Canada offrira un environnement commercial équitable, non discriminatoire et prévisible aux entreprises chinoises qui s'installent ici», a-t-il ajouté.

Une source gouvernementale de haut rang, s'exprimant sous couvert de l'anonymat lors du voyage de M. Carney, a indiqué qu'Ottawa ne perçoit pas cet accord comme une menace économique, car il s'inscrit dans une stratégie plus large visant à terme à produire des véhicules électriques chinois au Canada.

M. Wang a affirmé que c'est précisément ce que Pékin souhaite voir, à condition que les entreprises saisissent ces opportunités.

«Si des entreprises chinoises viennent au Canada collaborer avec des partenaires canadiens pour investir, ouvrir des usines ou créer des coentreprises, tous ces projets seront mutuellement avantageux», a-t-il indiqué.

«Contrairement à certains autres pays, la Chine ne se préoccupera pas uniquement de ses propres intérêts. Nous ne voulons pas d'une situation où nous seuls gagnons et où les autres perdent», a-t-il précisé.

Cependant, des analystes critiques de la politique industrielle chinoise avertissent que ses subventions ont engendré une surabondance de voitures bon marché, susceptible de faire baisser artificiellement les prix et de contribuer à une désindustrialisation accrue.

Margaret McCuaig-Johnston, du China Strategic Risks Institute, a fait part de ces préoccupations, ainsi que de la menace de surveillance liée aux logiciels embarqués dans les véhicules électriques chinois, qui se connectent aux réseaux mobiles et souvent au téléphone personnel du conducteur.

Lors d'une table ronde en ligne organisée jeudi par l'Institut pour la paix et la diplomatie, Wenran Jiang, directeur du Forum Canada-Chine sur l'énergie et l'environnement, a souligné que le géant canadien des pièces automobiles Magna International, dont le siège social est situé à Aurora, en Ontario, a conclu un accord avec un constructeur automobile chinois pour fabriquer des voitures en Autriche, combinant le savoir-faire chinois et la main-d'œuvre locale.

«S’ils peuvent le faire, nous pouvons certainement le faire ici en Ontario», a-t-il affirmé, arguant que c’est ainsi que l’on évite les divisions régionales concernant l’engagement avec la Chine.

«Nous pourrions probablement faire mieux si nous tirions parti de nos atouts régionaux et travaillions ensemble en équipe», a-t-il expliqué.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne