Agression sexuelle: l'accusatrice du cardinal Ouellet condamnée pour l'avoir diffamé
MONTRÉAL — Paméla Groleau, cette dame qui avait accusé le cardinal Marc Ouellet de l’avoir agressée sexuellement, devra lui verser 100 000 $ pour diffamation.
Le prélat de l’Église catholique, aujourd’hui âgé de 81 ans, a été complètement blanchi par le juge Martin Castonguay, de la Cour supérieure du Québec, qui s’en prend sans ménagement à son accusatrice dans une décision de 52 pages rendue lundi au palais de justice de Montréal.
Le magistrat n’a pas été tendre envers la dame aujourd’hui âgée de 41 ans, dont il détruit complètement la crédibilité du témoignage, relevant de multiples changements dans sa version des faits.
«Le Tribunal constate que le Cardinal Ouellet a été victime d'infamies et de propos infamants et fait donc droit à sa demande en justice pour diffamation», écrit-il d’entrée de jeu, avant de procéder à une analyse exhaustive de la preuve.
Lettre au pape
Paméla Groleau alléguait initialement que le cardinal avait posé des gestes inappropriés à son endroit à quatre occasions entre 2008 et 2010, mais au final s’était rétractée dans trois cas qu’elle estimait plutôt être une forme de gradation menant au quatrième, une caresse dans le dos où la main serait descendue «jusqu’aux fesses».
Initialement, Mme Groleau avait porté plainte dans une lettre au pape Jean-Paul II, plainte qui n’avait pas eu de suite, avant de s’intégrer dans une action collective visant des religieux du diocèse pour des agressions sexuelles envers des mineurs, bien qu’elle ait été âgée de 33 ans au moment des faits.
Or, précise le juge, «l'essentiel de l'action collective repose sur l'histoire vécue par sept enfants aux mains de religieux pédophiles, et ce, à une époque sombre de l'histoire du Québec alors que les religieux contrôlaient le système d'éducation. Il s'agit d'ailleurs d'une infamie dont se plaint le Cardinal Ouellet, soit d'avoir été associé à des pédophiles dans le cadre des procédures de l'action collective.»
Témérité et malice
«Somme toute, écrit le juge, Madame Groleau, insatisfaite du traitement de sa plainte auprès du Pape François, a choisi de modifier sa version des faits pour attirer l'attention du public, mais elle l'a fait d'une façon telle qu'elle a agi avec témérité, voire malice, à l'endroit du Cardinal Ouellet.
«La preuve révèle, hors de tout doute, que ses allégations à l'endroit du Cardinal Ouellet sont infondées à un point tel que, stratégiquement, elle a décidé de rétrograder les trois premiers événements à des 'gradations' menant à une seule agression sexuelle invoquée.
«Quant à celle-ci, Madame Groleau convient avoir modifié sa version pour indiquer que le Cardinal Ouellet lui avait touché les 'fesses', tout en sachant que, pour le commun des mortels, ce serait perçu comme étant le galbe des fesses, ce qui n'était pas le cas dans les faits, et dans ses versions précédentes.
«Le Tribunal conclut que le Cardinal Ouellet a été victime de diffamation de la part de Madame Groleau.»
Le cardinal plaidait que d’avancer des allégations aussi graves de nature criminelle exigeait un «devoir de prudence et de diligence» important. «Madame Groleau, au contraire, a fait preuve de témérité puisque le simple fait de rapporter son histoire dans l'action collective a eu pour effet de l'amalgamer à un groupe criminel, soit des auteurs d'actes de pédophilie, alors que Madame Groleau était majeure lors de ces quatre interactions.»
Le cardinal Ouellet estimait que «l'énorme battage publicitaire sur la planète catholique (avait) affecté sa réputation, son autorité morale et sa santé».
Version «pas crédible et déformée»
Dans sa décision, le juge Castonguay insiste sur le fait que «la crédibilité de Madame Groleau est au cœur de la présente affaire. De façon générale, il est acquis que Madame Groleau a modifié, à plusieurs reprises, sa version des faits quant aux quatre événements. Devant cette évidence et le contexte des trois premiers événements, elle décide de les qualifier de 'gradation' vers le quatrième et dernier événement, celui-ci étant dorénavant, selon elle, la seule agression sexuelle.»
«Le Tribunal conclut que la version présentée par Madame Groleau n'est pas crédible et déformée à un point tel que son élément essentiel devient une fausseté.»
Laissant de côté les trois premiers incidents allégués – un court massage d’épaules, un serrement de mains et une occasion où le cardinal était allé s’asseoir à côté d’elle, autant d’événements que nie le cardinal et qui ne constituent pas des agressions – le juge conclut quant au quatrième événement que «le Tribunal croit le témoignage du Cardinal Ouellet voulant qu'il lui ait été impossible de faire ce qu'allègue Madame Groleau tout en tenant la Crosse épiscopale, soit l'embrasser sur les deux joues et lui caresser le dos».
«Les faits entourant les trois premiers événements sont amplifiés démesurément à un point tel que, devant la réalité évidente qu'il ne s'agissait pas d'agressions sexuelles, Madame Groleau a rétrogradé pour les qualifier d'éléments de gradation. Quant au dernier événement, lors de l'Ordination d'Alexandre Julien, le témoignage de Madame Groleau n'est ni crédible ni fiable.»
Le cardinal Ouellet s’est engagé à remettre la somme de 100 000 $ au profit de la lutte contre les agressions sexuelles subies par les Autochtones du Canada.
Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

