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Aînés: un test sanguin pourrait prédire la survie à deux ans

durée 11h03
9 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Une simple analyse sanguine pourrait prédire la longévité à court terme des aînés, montre une étude réalisée par des chercheurs de l'université américaine Duke.

Le test est basé sur les ARN interagissant avec Piwi (piARN), une classe de molécules génétiques qui régulent le développement, la régénération et la réponse immunitaire dans le corps humain.

Cette analyse, qui reste pour le moment expérimentale, a prédit avec une précision de 86 % qui, parmi les aînés testés, serait toujours parmi nous deux ans plus tard.

«Je pense que la suite, ça va être de comprendre comment ces molécules-là agissent sur la santé pour identifier des cibles thérapeutiques potentielles, a dit le professeur Francis Migneault, du département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l'Université de Montréal. Donc, les gens qui sont à risque de décéder, comment est-ce qu'on peut prévenir ça?»

Les piARN ont surpassé l'âge, le cholestérol, l'activité physique et plus de 180 autres mesures cliniques pour prédire la survie à court terme, peut-on lire dans un communiqué mis en ligne par Duke Health.

Plus précisément, l'équipe a mesuré les piARN dans des échantillons sanguins prélevés auprès d'adultes âgés de 71 ans et plus. Les participants qui vivaient plus longtemps présentaient systématiquement des niveaux plus faibles de piARN spécifiques, reproduisant un phénomène déjà constaté chez certains organismes très rudimentaires, comme des vers.

Une modélisation statistique avancée a révélé qu'un groupe de six piARN permettaient, à eux seuls, de prédire la survie à deux ans avec une précision atteignant 86 %. L'équipe a confirmé ces résultats auprès d'un deuxième groupe indépendant de personnes âgées.

Les facteurs liés au mode de vie ont toujours davantage d'importance pour la survie à plus long terme, mais les auteurs de l'étude estiment que les piARN continuent à fournir des informations précieuses sur la biologie sous-jacente.

Il ne faut toutefois pas sauter aux conclusions trop rapidement, a dit la docteure Marie-Josée Hébert, qui est néphrologue-chercheuse au Centre hospitalier de l'Université de Montréal.

«Une étude, ce n'est jamais la fin de l'histoire, a-t-elle rappelé. Il faut qu'on puisse reproduire les mêmes résultats dans d'autres bases de données avec d'autres patients. Si on refait l'étude, est-ce qu'on retrouve la même chose?»

Le rôle exact des piARN dans l'organisme demeure mal compris, mais les auteurs de l'étude croient que des niveaux élevés de ces molécules dans le sang pourraient témoigner d'un problème quelconque et inciter à des investigations plus poussées.

«On part vraiment de loin dans le mécanisme de compréhension, a admis la docteure Hébert. On ne sait pas encore si ce sont les molécules qui vont causer le vieillissement, ou si ce sont les conséquences d'une dégradation sous-jacente. On est vraiment au tout début de la compréhension du fonctionnement de ces molécules-là.»

Un simple test sanguin pourrait donc, un jour, aider à identifier plus tôt les risques de survie et orienter les stratégies thérapeutiques afin de favoriser un vieillissement en bonne santé, a-t-on indiqué.

Cette étude soulève des enjeux éthiques très intéressants, a souligné le professeur Migneault.

«Ça emmène un enjeu un peu particulier pour le fardeau psychologique pour les patients, à savoir, est-ce qu'ils ont envie de savoir s'ils ont des risques de décéder dans les deux prochaines années?», a-t-il dit.

Une utilisation «responsable» de cette information serait axée sur la prévention, croit la docteure Hébert.

«À partir du moment où on le sait, qu'est-ce que ça peut changer pour prévenir, puis pour informer, mais pas pour condamner?, a-t-elle dit. Comment on peut avoir une discussion positive et préventive avec les patients? Parce que ce serait vraiment terrible d'avoir un test et dire (au patient) "vous êtes arrivé à la fin de votre espérance de vie, il vous reste seulement deux ans, puis on ne fait plus rien". Il n'y a aucun médecin au monde qui voudrait l'aborder comme ça.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical Aging Cell.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne