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Après son discours à Davos, Carney se rend en Inde, en Australie et au Japon

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26 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney part jeudi pour une visite de dix jours en Inde, en Australie et au Japon.

Il s'agit de son premier voyage international depuis son discours très médiatisé à Davos, dans lequel il appelait les puissances moyennes à s'unir.

Ce voyage sera l'occasion pour M. Carney de mettre son discours en pratique, alors qu'il se rendra dans trois «puissances de la région», a indiqué Vina Nadjibulla, vice-présidente de la Fondation Asie-Pacifique.

«L'Indo-Pacifique est le centre de gravité de la géopolitique et de la croissance économique (...) qui converge de plus en plus», a-t-elle souligné.

Dans son discours au Forum économique mondial en janvier, M. Carney a exhorté les puissances moyennes à s'unir contre «l'hégémonie américaine» et les efforts des grandes puissances pour contraindre et soumettre les petits pays.

«En Asie, le Canada vit un moment important. Le discours du premier ministre Carney a vraiment marqué un tournant dans la façon dont l'Asie perçoit le Canada», estime Mme Nadjibulla.

David Welch, professeur de sciences politiques à l'université de Waterloo, a avancé que ce voyage s'inscrivait dans la «suite logique» du discours, puisque l'Inde, le Japon et l'Australie sont tous des puissances moyennes importantes.

Il a ajouté que «la cote du Canada avait considérablement augmenté à l'échelle mondiale depuis le discours de Davos».

Mais on ne sait toujours pas dans quelle mesure M. Carney pourra accomplir quelque chose au-delà du symbolisme.

«Reste à voir s'il reviendra avec des accords qui renforceront de manière significative les relations économiques ou sécuritaires du Canada avec l'un de ces pays», a souligné M. Welch.

Lors du Sommet du G20 en Afrique du Sud l'année dernière, M. Carney a lancé un partenariat sur les technologies émergentes avec l'Inde et l'Australie.

«Nous ne disposons pas de beaucoup de détails, mais j'espère que nous aurons des annonces liées à ce partenariat trilatéral pendant la visite du premier ministre», a précisé Mme Nadjibulla, soulignant que cet accord avait été conclu après que l'Inde eut accueilli un sommet mondial sur l'IA.

M. Carney atterrira à Mumbai le 27 février, puis se rendra à New Delhi le 1er mars, où il rencontrera le président indien Narendra Modi. Il s'envolera ensuite pour Sydney le 3 mars avant de faire escale à Canberra le 5 mars, puis à Tokyo le 6 mars.

Si le Canada entretient de bonnes relations avec l'Australie et le Japon, M. Carney s'est fixé pour objectif de rétablir les relations du Canada avec l'Inde après la crise diplomatique qui a éclaté en 2023.

En septembre 2023, le premier ministre de l'époque, Justin Trudeau, avait déclaré à la Chambre des communes que le Canada enquêtait sur «des allégations crédibles d'un lien potentiel» entre l'Inde et l'assassinat du militant sikh Hardeep Singh Nijjar.

Un an plus tard, la GRC avait accusé New Delhi d'avoir joué un rôle dans un réseau de violence lié à des homicides domestiques et à des actes d'extorsion.

Les deux pays ont rappelé leurs hauts-commissaires et les relations diplomatiques ont été suspendues pendant plusieurs mois.

Puis M. Carney a invité M. Modi au Sommet du G7 en Alberta en juin dernier et les deux pays ont depuis renommé leurs hauts-commissaires.

«Nous avons tous deux décidé que cette relation était trop importante pour être abandonnée, pour qu'elle continue à suivre le cours sinueux qu'elle suivait», a affirmé le haut-commissaire de l'Inde au Canada, Dinesh Patnaik, dans une entrevue la semaine dernière.

Les deux pays ont relancé les négociations commerciales qui avaient été interrompues et reprises depuis 2010. M. Patnaik s'est dit optimiste quant aux chances de parvenir à un accord en seulement 12 mois de négociations, car les deux pays souhaitent la stabilité dans un monde turbulent.

Le Canada et l'Inde cherchent tous deux à diversifier leurs relations commerciales afin de réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis.

Sushant Singh, professeur d'études sud-asiatiques à l'université de Yale, a mentionné que MM. Carney et Modi étaient animés par la même motivation.

«Il est très clair qu'il y a une volonté de tourner la page sur le chapitre précédent ou sur tout ce qui s'est passé avec le gouvernement précédent (...) et de prendre un nouveau départ», a-t-il déclaré.

Renforcement des relations avec l'Australie

Après l'Inde, M. Carney se rendra en Australie, où le premier ministre Anthony Albanese est au pouvoir depuis 2022. M. Carney s'adressera au Parlement australien pendant son voyage, ont expliqué des responsables gouvernementaux lors d'une réunion d'information.

Le Canada et l'Australie sont tous deux des pays du Commonwealth et des partenaires de l'alliance de partage de renseignements Groupe des cinq, aux côtés des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Nouvelle-Zélande.

Mme Nadjibulla a indiqué qu'il existait beaucoup de bonne volonté et de confiance entre les deux pays, ainsi que de solides liens en matière d'investissement, mais que «les relations en matière de défense et de sécurité devaient absolument être renforcées».

Le Canada et l'Australie ont signé l'année dernière un accord visant à déployer un système de radar transhorizon.

Selon M. Welch, les relations entre le Canada et l'Australie sont bonnes, mais les possibilités d'interaction sont limitées.

«Ils sont exportateurs de matières premières. Nous sommes exportateurs de matières premières. Ils sont une puissance agricole. Nous sommes une puissance agricole, a-t-il énuméré. Il est un peu difficile de déterminer ce que nous pourrions leur vendre que nous ne leur vendons pas actuellement, et vice versa.»

Un voyage attendu au Japon

La dernière étape de M. Carney sera le Japon, également un allié proche. Sa visite intervient après la réélection écrasante, au début du mois, de la première ministre japonaise, Sanae Takaichi.

«D'une certaine manière, ce voyage aurait dû avoir lieu depuis longtemps, compte tenu de l'importance du Japon en tant que partenaire pour nous dans la région», a souligné Mme Nadjibulla.

Un détour par le Japon avait été envisagé lorsque Mark Carney s'était rendu à Singapour, en Malaisie et en Corée du Sud à l'automne dernier, mais le moment n'avait pas été favorable.

Le Canada a lancé une stratégie indo-pacifique il y a trois ans. D'après Mme Nadjibulla, cette stratégie avait permis d'approfondir les relations avec le Japon.

Elle l'a décrite comme un «partenariat à spectre complet» qui comprend des relations économiques solides, des investissements commerciaux, des partenariats dans les domaines de l'énergie et des minéraux essentiels, «un alignement autour de valeurs communes et des liens interpersonnels profonds».

Mais Mme Nadjibulla a fait remarquer que, comme les relations sont très bonnes, «il est facile de les négliger et de ne pas leur accorder l'attention qu'elles méritent».

M. Welch a précisé que le Canada et le Japon se sont rapprochés à mesure que l'instabilité et l'incertitude mondiales ont augmenté.

«Au cours des dernières années, le Canada et le Japon se sont simplement considérés comme des pays stables, partageant les mêmes idées, engagés en faveur d'un ordre international fondé sur des règles et d'un ordre international libéral», a-t-il ajouté.

Anja Karadeglija et Dylan Robertson, La Presse Canadienne