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Bobsleigh et skeleton: les athlètes canadiens s'opposent à une clause

durée 19h16
6 juin 2022
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2022

Les athlètes canadiens de bobsleigh et de skeleton craignent que leur fédération nationale tente de les réduire au silence, affirmant qu'une clause de leur entente d'athlète contredit les principes d'exercer un sport dans un environnement sécuritaire.

L'entente des athlètes de Bobsleigh Canada Skeleton pour 2022-2023 comprend une clause selon laquelle les athlètes ne «divulgueront ni ne transmettront à d'autres» toute information qui dépeint BCS sous un mauvais jour. Et la clause de non-divulgation reste en vigueur pendant six mois après la résiliation ou l'achèvement du contrat d'un athlète.

«Ça attire essentiellement l'attention sur la chose même dont nous nous plaignons, que tout est très unilatéral, qu'ils ont le pouvoir de nous dire en tant qu'athlètes que nous ne pouvons pas parler négativement contre BCS», a dit un athlète qui a demandé à ne pas être identifié par crainte de représailles.

La clause est dans le contrat depuis au moins quatre ans, selon plusieurs athlètes qui se sont entretenus avec La Presse canadienne lundi.

Mais leur peur de représailles a augmenté depuis que plus de 60 athlètes actuels et anciens ont publiquement appelé à la démission de la présidente de BCS Sarah Storey et du directeur de haute performance Chris LeBihan le 7 mars dans un contexte, selon eux, où l'ambience est toxique dans leur sport.

Rob Koehler, directeur général de Global Athlete, organisation mondiale de défense des droits des athlètes, a déclaré que la clause «est un excellent exemple d'une fédération qui fait passer les droits des athlètes en dernier».

«La seule façon d'avancer est de permettre aux athlètes la liberté d'expression lorsque des problèmes surviennent, a ajouté Koehler, qui est basé à Montréal. Chaque personne a un droit fondamental à la liberté d'expression. Ce sont des humains d'abord, des athlètes ensuite.»

Les plus de 60 athlètes qui ont rédigé la lettre en mars sont passés à plus de 90 dans les jours qui ont suivi et ont été soutenus par le champion olympique Justin Kripps et la médaillée de bronze Christine de Bruin.

Des organisations nationales, dont Athlétisme Canada, Canada Basketball et Water Polo Canada ont déclaré à La Presse canadienne qu'elles n'avaient pas une telle clause dans leur entente avec les athlètes.

Boxe Canada a une clause qui stipule qu'un athlète : «Ne dénigre pas publiquement (y compris par le biais des médias sociaux) ou fasse avancer un grief contre Boxe Canada, le personnel ou les entraîneurs de Boxe Canada, les membres de l'équipe nationale ou d'autres athlètes du PHP (programme de haute performance), sauf par le biais des politiques de Boxe Canada en matière de plaintes et d'appels et des procédures de règlement des différends qui y sont prévues.»

Les boxeurs canadiens ont écrit une lettre ouverte à Sport Canada le 4 mai demandant une enquête par un tiers et la démission du directeur de haute performance Daniel Trépanier, affirmant que Boxe Canada cultivait une culture toxique de peur et de silence. Trépanier a démissionné quatre jours après l'envoi de la lettre.

Madison Charney, qui a récemment pris sa retraite en tant qu'athlète de skeleton, a déclaré que l'entente d'athlète de BCS ne laisse aucune place à la négociation.

«Les athlètes ne peuvent pas dire, 'Nous sommes d'accord avec ces sections, (mais) vous devez modifier ces sections avant de les signer', a dit Charney, qui a concouru à la Coupe du monde pendant plusieurs années, mais n'a pas été nommé dans l'équipe du Canada pour les Jeux olympiques de Pékin.

«C'est différent d'être un athlète amateur par rapport à un athlète professionnel, où ils comprennent que vous êtes l'atout. Notre fédération ne comprend pas que nous sommes l'atout.»

Plusieurs athlètes de bobsleigh et de skeleton ont dit que peu de choses avaient changé au cours des trois mois écoulés depuis leur lettre publique. Ils ont dit qu'ils avaient rejeté une proposition de BCS pour une médiation par un tiers, après que Michelle Simpson ait été nommée médiatrice.

Simpson était également la médiatrice dans l'affaire Kaillie Humphries contre BCS.

Humphries a remporté deux titres olympiques pour le Canada, mais a rejoint l'équipe américaine au milieu d'une amère bataille contre la fédération canadienne. Elle a obtenu l'or pour les États-Unis cette année à Pékin.

Le conseil d'administration de BCS a déclaré lundi dans un communiqué «travailler sur un processus proposé par les représentants des athlètes de l'équipe nationale et qui, à la demande de ces représentants, exige que Bobsleigh Canada Skeleton (en) préserve la confidentialité».

Le bobsleigh et le skeleton accueilleront des camps de l'équipe nationale le mois prochain à Calgary. 

C'est donc dans les semaines à venir que les athlètes devront signer les ententes, qui sont aussi une exigence pour recevoir un financement gouvernemental.

Lori Ewing, La Presse Canadienne