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Carney est en Arménie pour participer à un sommet européen sur la sécurité

durée 09h12
3 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

EREVAN — Le premier ministre Mark Carney a rencontré dimanche son homologue arménien Nikol Pashinyan en amont du sommet de la Communauté politique européenne, une réunion des États européens consacrée à la coopération stratégique dans les domaines de la politique, de la sécurité et des infrastructures.

Le Canada est le premier pays non européen à participer à ces sommets, qui se tiennent deux fois par an depuis leur création à la suite de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en 2022. Ces réunions rassemblent les pays de l'UE et d'autres pays, tels que l'Islande, la Turquie et l'Ukraine elle-même.

Lors de leur rencontre, M. Carney a remercié M. Pashinyan de l'avoir invité à participer au sommet, affirmant que celui-ci intervenait à un moment crucial pour l'Europe et les valeurs européennes.

Le cabinet du premier ministre a indiqué que ce voyage serait axé sur la défense de l’Ukraine et sur la promotion du commerce et des investissements à travers le continent.

M. Carney restera dans la capitale arménienne, Erevan, jusqu'à lundi et devrait tenir des discussions bilatérales avec de nombreux dirigeants mondiaux pendant le sommet, notamment le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président du gouvernement d'Espagne Pedro Sánchez, la présidente du conseil italien Giorgia Meloni, le président du conseil polonais Donald Tusk et la présidente du Parlement européen Roberta Metsola.

Il participera également à une réunion trilatérale entre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Antonio Costa.

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, accompagne également le premier ministre.

Jean-François Ratelle, professeur d'études internationales à l'Université d'Ottawa et spécialiste de la région du Caucase, dit qu'il est décevant que cette visite ne vise pas à poursuivre l'engagement de longue date du Canada en faveur de la démocratie et de la paix en Arménie.

« Nous assistons à un changement complet de notre politique étrangère et de nos intérêts généraux, regrette M. Ratelle. Elle cherche à servir nos propres intérêts et à saisir nos propres opportunités, sans jouer ce rôle de premier plan en matière de normes qui définissait autrefois le Canada.»

Le communiqué de presse du premier ministre annonçant ce voyage n’a pas abordé l’histoire récente de la région du Caucase. Le gouvernement Trudeau précédent s’était exprimé à plusieurs reprises sur les conflits ethniques dans la région et avait souvent manifesté son soutien à la diaspora arménienne au Canada.

Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, l’Arménie et l’Azerbaïdjan se disputent le contrôle de la région du Haut-Karabakh. Le Canada et d’autres pays reconnaissent cette région comme faisant partie de l’Azerbaïdjan, bien que sa population soit majoritairement d’origine arménienne.

Le conflit s'est ravivé à plusieurs reprises, en particulier lorsque les forces de maintien de la paix russes se sont retirées après que Moscou eut lancé son invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022.

L'Azerbaïdjan a restreint l'accès à la région et a fini par lancer une campagne militaire contre les groupes séparatistes, provoquant l'évacuation de plus de 100 000 personnes en 2023, au moment même où le Canada ouvrait une ambassade à Erevan.

Le Canada s'est élevé contre les actions de l'Azerbaïdjan. Il s'est joint à une mission de sécurité de l'UE et a, à un moment donné, suspendu ses exportations militaires vers la Turquie, craignant que ce pays n'envoie des composants canadiens à son allié, l'Azerbaïdjan, pour qu'ils soient utilisés au Haut-Karabakh.

Ottawa a également cherché à soutenir les démocraties « fragiles » dans d’anciennes républiques soviétiques, comme l’Arménie, notamment par des efforts visant à lutter contre la désinformation.

M. Ratelle affirme que ce travail s'était largement arrêté depuis l'entrée en fonction de M. Carney et que l'ambassade à Erevan n'avait pas mené d'actions visibles pour faire progresser la démocratie.

Le dernier premier ministre à s'y être rendu était Justin Trudeau, à l'occasion du sommet de la Francophonie en 2018

Cette visite de ce week-end intervient alors que le Canada s'efforce de nouer des liens commerciaux avec des pays tels que la Turquie, où M. Carney devrait se rendre pour le sommet de l'OTAN en juillet.

En amont de ce voyage, Mme Anand et d'autres ont participé à des événements commémorant le génocide arménien, un terme rejeté par le gouvernement turc.

Achim Hurrelmann, codirecteur du Centre d'études européennes de l'université Carleton, pense que M. Carney assiste à la conférence pour faire avancer des accords d'approvisionnement en matière de défense avec l'Europe.

«Il est avant tout intéressé par la chance de rencontrer les dirigeants de l'UE, et en particulier ceux de l'Ukraine et du Royaume-Uni, tous en même temps, afin d'essayer de progresser vers la mise en œuvre de certaines des initiatives communes qui ont été lancées avec l'Union européenne.»

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— Avec la contribution de Dylan Robertson à Ottawa

Alessia Passafiume, La Presse Canadienne