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Carney se rend en Arabie saoudite, pays au lourd bilan pour les droits de la personne

durée 18h26
8 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney s'est rendu en Arabie saoudite à la recherche de partenariats économiques avec ce pays d'importance stratégique, dont le bilan de transgression des droits de la personne déjà notoire ne cesse de s'empirer.

M. Carney se retrouve dans la ville de Djeddah à l'invitation du prince héritier Mohammed ben Salmane, pour la première visite en 26 ans de l'Arabie saoudite par un premier ministre canadien en fonction.

«C'est vraiment significatif», a dit le professeur à l'Université d'Ottawa et spécialiste de la région Thomas Juneau.

«Il y a une volonté d’approfondir les relations avec le Canada, mais nous ne sommes pas hauts dans la liste de leurs priorités.»

Cette visite s'inscrit dans un dégel progressif des relations bilatérales, après «un différend diplomatique assez majeur» en 2018, pour reprendre les mots de M. Juneau.

Le gouvernement de Justin Trudeau avait critiqué le système judiciaire et le traitement des femmes de ce royaume, appelant l'Arabie saoudite à «libérer immédiatement» des militants des droits de la personne. Riyad avait préféré retirer son ambassadeur d'Ottawa et avait expulsé l'envoyé canadien.

L’Arabie saoudite a suspendu les négociations commerciales avec le Canada, avant de rétablir ses relations diplomatiques en 2023.

Ce différend faisait suite à des années de polémique autour des ventes de véhicules blindés légers par le Canada au royaume.

De nouveaux partenariats recherchés par le Canada

M. Juneau estime que la visite de M. Carney pourrait déboucher sur des accords d’investissement, ainsi que sur une coopération en matière de sécurité et de défense, sur des projets d’énergie verte et sur diverses initiatives diplomatiques. La région du Golfe produit très peu de sa nourriture, a souligné M. Juneau, et l’Arabie saoudite fait partie des pays intéressés par les chaînes d’approvisionnement stables du Canada.

M. Juneau a indiqué qu’il serait attentif à toute discussion sur le conflit israélo-palestinien, puisque les deux pays ont des positions «globalement similaires» selon lesquelles Israël devrait vivre en paix aux côtés d’un État palestinien souverain.

Il surveillera également tout détail impliquant que le Canada puisse aider à sécuriser la navigation dans le détroit d'Ormuz, si un cessez-le-feu viable entre les États-Unis, Israël et l'Iran devait être conclu. Le cessez-le-feu provisoire négocié en juin a volé en éclats cette semaine, lorsque l’Iran a tiré mardi sur des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz, et que les États-Unis ont riposté mercredi par une nouvelle vague d’attaques contre l’Iran.

M. Juneau a dit que, dans l’ensemble, on ne peut que deviner ce que M. Carney cherche à accomplir avec cette visite. Le cabinet de M. Carney a énuméré plusieurs «secteurs prioritaires», notamment l’exploitation minière, l’intelligence artificielle, les technologies propres, l’agriculture, le tourisme, les infrastructures et les sciences de la vie.

«Il serait utile que le gouvernement fasse preuve de plus de transparence pour expliquer aux Canadiens, surtout compte tenu d’un passé difficile (…) quelles sont nos attentes», a-t-il soutenu.

Mark Carney a assez clairement tendu la main aux États du Golfe, en se rendant aux Émirats arables unis ainsi qu'au Qatar au courant de la dernière année. Mais le Canada est tout de même resté à la traîne dans la recherche d'investissements de la part des riches États pétroliers ainsi qu'en matière de coopération en diplomatie, en intelligence artificielle et en sécurité.

M. Juneau a indiqué que cet écart s’était creusé, les pays homologues au Canada ayant fourni davantage d’aide militaire et en matière de renseignement pendant la guerre en Iran de cette année.

L’Arabie saoudite s’est tournée vers la Corée du Sud pour ses besoins en matière de fabrication d’équipements de défense et d’infrastructures, vers l’Ukraine pour la technologie des drones, et vers les pays d’Europe de l'Est pour des projets nucléaires et agricoles.

M. Juneau a soutenu que le Canada restait concentré sur ses relations avec son voisin du sud, tandis que Riyad doit composer avec la guerre opposant les États-Unis à l'Iran et d’autres conflits au Moyen-Orient. Mais les deux pays cherchent à nouer davantage de partenariats au-delà de Washington, tout en restant sous le parapluie de sécurité américain.

Des relations complexes

L’Arabie saoudite s’est également lancée dans une construction intensive d'infrastructures, avec des résultats mitigés. Le pays prévoyait la construction d'une métropole futuriste appelée Neom, un projet qui s'est largement effondré en raison de problèmes de coûts et de logistique, notamment «The Line», une ville linéaire de 170 km de long qui aurait fait partie de la nouvelle métropole et aurait été creusée directement dans le désert.

Selon la fiche de l'Arabie saoudite sur le site web d'Affaires mondiales Canada, Ottawa possède une «relation bilatérale solide» avec le pays, soulignant que leur relation «a connu un élan important depuis 2025» grâce à des visites de haut niveau portant sur le commerce, l’intelligence artificielle et l’agriculture.

«Le Royaume d'Arabie saoudite est un partenaire économique et sécuritaire essentiel pour le Canada et ses alliés, a écrit le ministère. Le Canada accorde une grande importance à cette relation bilatérale solide, renforcée par des échanges de haut niveau.»

M. Juneau a affirmé que l’Arabie saoudite traversait une période de transition majeure, le pays diversifiant son économie au-delà des hydrocarbures. Le pays a opéré des changements sociaux qu’il a qualifiés de restreints, mais réels. Les femmes sont autorisées à conduire depuis 2018, mais restent soumises aux règles de tutelle masculine.

«Il y a des réformes sociales et économiques, mais pas de réforme politique. Il n’y a ni libéralisation ni démocratisation. Au contraire, la situation des droits de l’homme est même pire aujourd’hui qu’il y a dix ans», a-t-il déclaré.

«Pour le gouvernement Carney, il est assez clair que les droits de la personne sont globalement beaucoup moins prioritaires — et plus particulièrement au regard de son intérêt à approfondir ses relations avec les pays de la région du Golfe.»

Human Rights Watch affirme que l’Arabie saoudite affiche depuis longtemps un «bilan abyssal en matière de droits de la personne», qui n’a fait qu’empirer avec la récente recrudescence des exécutions.

«Les autorités saoudiennes répriment sévèrement toute dissidence, notamment en prononçant de longues peines ou la peine de mort à l’issue de procès inéquitables pour des faits liés à l’expression pacifique sur internet», écrit l’organisation.

Le Centre Raoul Wallenberg pour les droits de la personne, basé à Montréal, a appelé Ottawa à faire pression sur Riyad pour qu’il lève l’interdiction de voyager qui pèse sur Raif Badawi, un blogueur que l’Arabie saoudite a flagellé et emprisonné pendant dix ans en raison de ses écrits.

M. Badawi a purgé une peine de dix ans de prison et n’est pas autorisé à quitter le royaume depuis sa libération en 2022, bien que sa femme et ses enfants vivent au Québec.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne