«Cessez de partager les images de la fusillade de Montréal», disent des chercheurs

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Par La Presse Canadienne, 2026
Son activité en ligne laisse penser que Seth Hatfield, l'auteur présumé de la fusillade de Montréal, regardait des vidéos sur les armes, les activités de plein air et tout un ensemble de théories du complot et de revendications.
Toutefois, les experts mettent en garde contre toute conclusion hâtive concernant le tireur.
Ils exhortent également la population à cesser de partager sur Internet des images de la fusillade survenue lundi devant un hôtel de Montréal.
La police a indiqué que deux agents avaient été touchés par balle: l’un d’eux a été tué, ainsi qu’un passant, tandis que le tireur a trouvé la mort dans les échanges de tirs.
Les médias québécois ont rapporté que Seth Hatfield avait rédigé un manifeste exprimant sa haine envers les femmes et appelant à davantage de violence.
Un compte nommé «S Hatfield» a laissé un avis sur Google concernant un atelier de réparation de montres à Lethbridge, la ville du sud de l’Alberta où, selon les autorités québécoises, vivait M. Hatfield, âgé de 25 ans.
Le compte utilisé pour cet avis Google arborait une photo de profil représentant un loup blanc sur fond noir.
La même image est utilisée sur un profil LinkedIn associé à un compte nommé «S Hatfield», situé à Lethbridge, ainsi que sur un compte YouTube désormais supprimé dont le nom d’utilisateur était «Seth Hatfield».
Des captures d’écran datant de 2023 montrent que ce compte YouTube était abonné à des chaînes consacrées à la pêche et aux armes à feu et qu’il comportait une liste d'écoute de 51 vidéos.
Plus d’une douzaine de ces vidéos étaient des extraits datant de six ou sept ans, réalisés par Paul Joseph Watson, ancien rédacteur en chef de la plateforme Infowars d’Alex Jones, adepte des théories du complot.
En 2018, M. Watson a rejoint le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), que le Service canadien du renseignement de sécurité cite comme un exemple de l’extrémisme de droite contemporain en Europe.
Dans les vidéos rassemblées sur ce compte YouTube, M. Watson s’en prend aux politiques d’immigration, au féminisme et à la musique populaire. La liste de lecture comprend une vidéo datant de quatre ans affirmant que les «nations germaniques» étaient en proie à un processus d’«extermination et de remplacement». Cette même vidéo comporte des images nazies et suggère que la pandémie de COVID-19 avait été planifiée.
David Hofmann, maître de conférences en sociologie à l’Université du Nouveau-Brunswick, a déclaré que ces vidéos étaient caractéristiques de l’«extrémisme à la carte» courant chez les auteurs agissant seuls.
Selon lui, ces personnes ont tendance à sélectionner les théories qui correspondent à leurs griefs et à «bricoler leur propre idéologie».
Il a toutefois précisé que les informations concernant M. Hatfield continuaient d’affluer et que les motifs de la fusillade n’étaient pas encore établis.
Le Dr Ghayda Hassan, psychologue clinicienne et directrice du Réseau des praticiens canadiens pour la prévention de l'extrémisme violent, a approuvé la description de «l’extrémisme à la carte» donnée par M. Hofmann.
«On constate que certaines de ces personnes utilisent toutes sortes de théories — théories du remplacement, théories du complot, théories nazies, théories marxistes (…) — pour créer un récit qui, au fond, trouve un sens à leurs griefs», a-t-elle commenté lors d’un entretien.
Sur Internet, il existe une myriade de théories parmi lesquelles choisir, a-t-elle ajouté. Des vidéos et des images choquantes de la fusillade de Montréal circulent également en ligne, ce qui, selon Mme Hassan, pourrait conduire à davantage de violence.
«Plus les gens partagent ces contenus, plus les extrémistes ou les personnes vulnérables s’en serviront pour endoctriner d’autres individus, a déclaré Mme Hassan. Je pense que le message principal (pour lutter contre l’extrémisme) est vraiment de devenir un citoyen responsable. Et faire preuve de citoyenneté, c’est notamment comprendre l’impact de l’environnement en ligne sur soi-même et sur les personnes qui nous entourent.»
La ville de Lethbridge désarçonnée
Certains médias ont rapporté que M. Hatfield avait rédigé un manifeste exposant un large éventail de griefs contre le capitalisme, la pornographie et la société bourgeoise, ainsi qu’une haine des femmes s’inscrivant dans la logique des «incels».
L’université de Lethbridge a confirmé que M. Hatfield était étudiant dans cet établissement, et un tableau d’honneur en ligne indique qu’il étudiait la philosophie.
La division scolaire catholique Holy Spirit a confirmé mercredi dans un courriel que M. Hatfield était un ancien élève. Le lycée catholique Catholic Central de Lethbridge a inclus M. Hatfield dans la liste de ses diplômés de 2019.
«Nous pleurons les vies perdues et nos pensées, nos cœurs et nos prières vont à tous ceux qui ont été touchés par cet acte dévastateur», a souligné Chantel Axani, directrice générale de la division, dans un communiqué.
La police de Lethbridge a indiqué qu’elle apportait son aide aux enquêteurs de Montréal.
Des agents ont mené mardi une perquisition à haut risque dans une maison située à environ deux kilomètres de l’université. Un communiqué de presse a indiqué qu’en raison de la présence possible d’armes, la police avait évacué certaines habitations voisines par mesure de précaution.
«Nous comprenons que de nombreux membres de notre communauté soient profondément troublés par le fait que le suspect soit originaire de Lethbridge et qu’il y ait encore de nombreuses questions sans réponse», a relevé la police.
Sarah Smellie, La Presse Canadienne