Commémoration du 150e anniversaire du Traité n° 6
DUCK LAKE — Rassemblés à l’endroit même où il avait été signé, des responsables politiques, des représentants de la Couronne, des chefs et des aînés autochtones ont commémoré dimanche le 150e anniversaire du Traité n° 6 en exprimant leur espoir que l’avenir ne ressemble en rien au passé.
«Ce traité reconnaissait une relation commune avec la terre, les eaux et les êtres vivants, a déclaré la gouverneure générale Louise Arbour devant la foule rassemblée à Fort Carlton, à environ 100 kilomètres au nord de Saskatoon. Malheureusement, l’histoire nous raconte une tout autre réalité.»
Ce traité était le sixième des onze traités signés dans les années qui ont suivi la création du Canada par la Confédération. Il couvre la majeure partie de ce qui est aujourd’hui le centre de l’Alberta et de la Saskatchewan, bien qu’il soit antérieur à ces deux provinces.
À l’instar des traités signés avant et après lui, le Traité n°6 est, de l’avis général, un accord visant à la coexistence et à la collaboration entre les Premières Nations et la Couronne.
Mais les dignitaires et les responsables fédéraux ont convenu dimanche que ces 150 premières années avaient été entachées de promesses non tenues et de rêves non réalisés, allant du non-respect de la clause historique relative à la trousse de médicaments aux souffrances et aux traumatismes causés par les pensionnats indiens.
Ils ont également convenu qu’il était temps de réparer les torts historiques et d’aller de l’avant ensemble.
«Les 150 prochaines années ne doivent pas se limiter à commémorer le traité. Elles doivent être consacrées à sa mise en œuvre», a déclaré Christine Longjohn, chef de la Première Nation de Sturgeon Lake.
«Nos enfants devraient hériter de communautés saines, de pays forts, de langues florissantes, de foyers sûrs et d’une relation fondée sur les traités, ancrée dans l’honneur et le respect.»
Les représentants de la Couronne présents, notamment Mme Arbour, la ministre des Services aux Autochtones Mandy Gull-Masty et Buckley Belanger, secrétaire d’État au Développement rural, ont déclaré comprendre ce qu’on leur demandait et se sont engagés à tenir leurs promesses.
«Plus que jamais, notre bien-être collectif dépend de la confiance que nous nous accordons mutuellement. Cette journée marque notre engagement à entretenir cette confiance», a déclaré Mme Arbour.
Relations tendues entre Smith et les Premières Nations
Du côté albertain de la frontière, cet anniversaire de la signature intervient alors que les relations entre les chefs autochtones et le gouvernement de la première ministre Danielle Smith sont tendues en raison du référendum du 19 octobre sur la question de savoir si la province doit organiser un vote sur la séparation.
Les Premières Nations de l’Alberta se sont opposées avec véhémence au mouvement séparatiste et ont contesté devant les tribunaux les initiatives visant à organiser un scrutin contraignant. Certains chefs sont même allés jusqu’à accuser la première ministre de trahison.
Kelsey Jacko, chef des Premières Nations de Cold Lake, l’un des rares dirigeants des Premières Nations de l’Alberta à avoir assisté aux événements organisés à Fort Carlton, a appelé Mme Arbour à ne pas laisser les communautés autochtones se battre seules, tout en reconnaissant qu’elle n’était pour l’essentiel qu’une «figure de proue».
«Je vais vous le dire tout de suite : les Premières Nations de ce qui est aujourd’hui l’Alberta ont parfois l’impression d’être attaqués de toutes parts, alors même qu’ils s’efforcent de collaborer avec leurs voisins, a-t-il dit. Depuis 150 ans, les politiques du gouvernement de Sa Majesté nous ont causé du tort, mais nous sommes toujours là, et nous continuerons à œuvrer en faveur du partenariat issu des traités que nos ancêtres nous ont promis.»
Mme Smith a défendu le référendum en faisant valoir que les centaines de milliers d’Albertains qui ont signé des pétitions, quel que soit leur camp dans le débat, méritent que leur voix soit entendue.
Ces relations tendues ont récemment refait la une des journaux lorsque Joey Pete, grand chef de la Confédération des Premières Nations du Traité n° 6, a reproché au gouvernement Smith de ne pas avoir assisté à un événement organisé à Edmonton pour commémorer l'anniversaire du traité.
Le chef Jacko a de nouveau abordé la question dimanche en remerciant le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, qui était présent et a également pris la parole, de ne pas avoir manqué l'événement.
Bien que les relations entre les dirigeants autochtones et le gouvernement de la Saskatchewan ne soient pas aussi tendues qu’en Alberta, M. Moe a déclaré aux journalistes qu’il restait encore du travail à accomplir dans sa province.
Il a indiqué que la province pouvait se prévaloir de quelques réussites concernant des projets majeurs d’exploitation des ressources qui ont obtenu le feu vert grâce au soutien des communautés des Premières Nations, et il a souligné que les efforts visant à installer des panneaux indiquant les limites des territoires visés par les traités sur les autoroutes constituaient une avancée positive.
«Le gouvernement provincial a de nombreuses responsabilités dans ce domaine, mais je pense que ce qui importe davantage, ce sont nos responsabilités individuelles de suivre la voie et l’esprit des traités au quotidien», a-t-il dit.
Le ministre des Relations avec les Autochtones de l'Alberta, Rajan Sawhney, a déclaré dimanche dans un communiqué que cet anniversaire de la signature était l'occasion de réfléchir à l'importance du Traité n°6 et à la nécessité de respecter la relation issue de ce traité, aujourd'hui et à l'avenir.
Le programme de dimanche a marqué la fin de quatre jours d’événements et de cérémonies organisés à Fort Carlton pour commémorer cet anniversaire, avec notamment des jeux de mains, des forums sur le leadership, des danses traditionnelles, des festins et bien d’autres activités.
Jack Farrell, La Presse Canadienne

