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De quelle façon la guerre en Iran pourrait affecter les fournitures médicales

durée 06h00
4 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Les répercussions de la guerre au Moyen-Orient ont entraîné des réductions des approvisionnements en hélium pour les services de santé dans au moins une province. Des experts avertissent que le Canada n'a toujours pas fait assez pour garantir sa souveraineté sur les chaînes d'approvisionnement médicales essentielles.

L'autorité sanitaire de la Saskatchewan affirme avoir été avertie par son fournisseur que ses «allocations» d'hélium liquide, utilisé dans les appareils d'IRM, «seront temporairement réduites de 50 %».

Un porte-parole a déclaré qu'il n'y a pour l'instant aucune incidence sur les soins aux patients. Cependant, les chercheurs qui dépendent de l'hélium affirment qu'ils alertent sur les problèmes d'approvisionnement depuis des années.

«Nous devons établir un approvisionnement en hélium durable, stable et sûr au Canada», a assuré Geneviève Seabrook, directrice du centre de recherche en résonance magnétique nucléaire du Centre de cancérologie Princess Margaret à Toronto.

Les frappes iraniennes contre les pays du Golfe début mars ont contraint la compagnie pétrolière nationale QatarEnergy à fermer un important terminal de gaz naturel liquéfié, invoquant la force majeure — ce qui signifie qu'elle est dans l'incapacité d'approvisionner ses clients en raison de circonstances indépendantes de sa volonté.

L'hélium est un sous-produit du traitement du gaz naturel et le Qatar est l'un des plus grands fournisseurs mondiaux d'hélium liquide.

L'hélium liquide est utilisé comme fluide frigorigène dans les appareils d'IRM et dans les spectromètres de résonance magnétique nucléaire utilisés pour la recherche scientifique.

Air Liquide, qui se présente comme le plus important distributeur d'hélium liquide au Canada, a également invoqué la force majeure et a averti certains de ses clients que leurs approvisionnements étaient réduits de moitié et que les prix allaient augmenter.

HealthPRO Canada est une organisation à but non lucratif qui aide environ 2100 établissements médicaux au Canada à s'approvisionner. Ses clients représentent environ 80 % des hôpitaux et des autorités sanitaires du pays.

La présidente et directrice générale du groupe, Christine Donaldson, a déclaré que l'organisation contestait les avis de hausse des prix. «Nous n'avons pas accepté cette hausse de prix. En fait, nous examinons chaque contrat individuellement et collaborons avec nos fournisseurs pour nous assurer qu'ils respectent leurs engagements», a-t-elle expliqué.

Mme Donaldson a indiqué qu'à ce jour, aucun patient n'a été touché. Elle a ajouté que son organisation évalue actuellement les besoins de ses clients au cas où la pénurie persisterait.

«Notre évaluation porte sur l'âge de certains appareils d'IRM et nous travaillons avec l'un de nos partenaires pour déterminer s'il est possible de cibler ceux qui sont les plus à risque», a-t-elle précisé.

L'installation des nouveaux appareils d'IRM nécessite des milliers de litres d'hélium liquide. Une fois remplis, ces appareils n'ont besoin d'être complétés qu'une ou deux fois par an, bien que les appareils plus anciens consomment leur hélium plus rapidement.

Mme Seabrook a contribué à fonder le Groupe canadien des utilisateurs d'hélium (CHUG), qui encourage le Canada à investir dans la purification et la liquéfaction de l'hélium au niveau national.

Actuellement, la majeure partie de l'hélium extrait lors de la production de GNL au Canada est expédiée aux États-Unis pour y être liquéfiée. Les spectromètres comme celui utilisé par Mme Seabrook dans ses recherches consomment beaucoup plus d'hélium que les appareils d'IRM: ses deux instruments requièrent environ 500 litres toutes les cinq semaines.

Si l'hélium venait à manquer, explique-t-elle, les aimants pourraient «s'éteindre» — perdre rapidement leur supraconductivité — endommageant irrémédiablement les appareils et retardant la recherche de plusieurs années.

«Ce serait une catastrophe», affirme Mme Seabrook.

Un problème pas nouveau

Des pénuries d'hélium ont déjà été constatées pendant la pandémie de COVID-19 et au début de la guerre en Ukraine. La Russie est d'ailleurs un important fournisseur d'hélium.

Anne Snowdon est directrice scientifique et PDG du Réseau pour l'avancement de la chaîne d'approvisionnement en santé. Ses recherches portent sur les problèmes liés aux chaînes d'approvisionnement médicales du Canada.

Selon elle, les 13 systèmes de santé du pays n'ont pas la capacité d'anticiper les pénuries mondiales d'approvisionnement.

«L'une des raisons est que personne n'est responsable de ce problème. Il n'existe aucun organisme au pays qui soit, par définition, chargé de gérer et de se préparer aux pénuries de produits», relève-t-elle.

Mme Snowdon a indiqué qu'en moyenne, 3000 pénuries distinctes se produisent chaque année dans le système de santé canadien, touchant des produits allant des tubulures et aiguilles pour perfusion intraveineuse aux produits de contraste pour l'imagerie médicale et aux médicaments.

La fermeture du détroit d'Ormuz, provoquée par la guerre, a retardé les livraisons de principes actifs pharmaceutiques, notamment en provenance d'Inde, l'un des plus importants fournisseurs mondiaux. Ces matières premières sont expédiées vers des pays comme le Canada pour y être transformées en médicaments.

Une étude réalisée en 2022 pour l'Association canadienne du médicament générique a révélé que plus de 90 % des principes actifs pharmaceutiques utilisés au Canada sont importés.

L'Association canadienne du médicament générique a déclaré dans un communiqué que, même si ses membres n'ont constaté aucune pénurie de médicaments jusqu'à présent, la hausse des coûts dans la chaîne d'approvisionnement est une source de préoccupation.

En 2023, le gouvernement fédéral a investi 80,5 millions $ dans l'Initiative canadienne sur les médicaments essentiels afin de pallier les pénuries de médicaments survenues pendant la pandémie de COVID-19.

Ce financement a été octroyé à Applied Pharmaceutical Innovation, une entreprise albertaine sans but lucratif qui affirme qu'elle sera bientôt en mesure de produire des principes actifs pharmaceutiques au Canada.

Le PDG, Andrew MacIsaac, a énoncé que les faibles marges bénéficiaires du secteur des médicaments génériques signifient que son usine ne pourra pas remplacer les ingrédients importés, même si elle pourrait intervenir comme fournisseur à court terme.

«Imaginons qu'un fabricant de médicaments de l'Est du Canada se retrouve soudainement à court d'approvisionnement auprès d'un fournisseur chinois. Nous pouvons intervenir et devenir son site secondaire, capable de lui fournir la capacité nécessaire», a-t-il expliqué.

Mme Donaldson a indiqué que, pour l'instant, les fournisseurs de HealthPRO Canada sont tenus de maintenir un stock de trois à six mois de ces ingrédients actifs afin de pallier toute pénurie.

«Nous avons une plus grande marge de manœuvre, ce qui nous permet, si nous constatons des signes de problèmes d'approvisionnement à l'étranger, de poursuivre nos activités», a-t-elle avancé.

Mme Snowdon a déclaré que les responsables de toutes les provinces devraient profiter de cette période pour entamer une véritable collaboration.

«Si vous collaborez, vous cesserez de vous faire concurrence. Nous sommes trop petits pour nous permettre de nous faire concurrence entre nous et avec le reste du monde», a-t-elle dit.

Sarah Ritchie, La Presse Canadienne