Des agriculteurs de la C.-B. restent sur place pour protéger leurs résidences du feu

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Par La Presse Canadienne, 2026
Un certain nombre d'agriculteurs et d'éleveurs de Colombie-Britannique ont défié les ordres d'évacuation liés aux feux de forêt afin de protéger leurs maisons et leurs moyens de subsistance, fruits du travail de plusieurs générations.
Le ministère de l'Agriculture de la Colombie-Britannique a indiqué que, jeudi, 221 exploitations agricoles de la province faisaient l'objet d'un ordre d'évacuation en raison des incendies de forêt.
Kaylee Jameson fait partie des personnes qui sont restées sur place à Sweet Pea Farms, près de Vernon, malgré l'ordre d'évacuation, afin de protéger plus de 100 animaux présents sur la propriété, allant des cochons et canards aux chevaux et chiens.
Un feu de forêt avait ravagé la propriété en 2021 et le groupe — dont faisaient partie le propriétaire de la ferme et sa famille — ne voulait pas que cela se reproduise.
«Ils ont déjà vécu cela. Et cette fois-ci, ils voulaient rester et se battre pour leur maison, se battre pour la ferme, se battre pour les animaux. Vous savez, simplement assurer notre sécurité à tous, puisque nous n’avons pas pu faire passer les camions et les remorques par les routes à temps pour évacuer tous nos animaux», a-t-elle déclaré lors d’un entretien téléphonique.
Mme Jameson, qui loue un logement sur la propriété et considère les agriculteurs comme sa famille, a expliqué qu’ils avaient tenté d’évacuer les animaux, mais que lorsque les vents se sont intensifiés, les routes ont été fermées et ils ont manqué de temps.
Ils sont donc restés pour se battre.
«Je ne partirai pas sans mes chevaux, mon chien et mes chats», a-t-elle fait savoir.
Plusieurs feux de forêt font rage dans le sud de la Colombie-Britannique, notamment celui de Bradley Creek qui s’est rapidement propagé la semaine dernière autour du lac Okanagan, les vents violents ayant poussé les flammes sur des terres asséchées par la sécheresse.
Les autorités ont insisté pour que les ordres d’évacuation soient pris au sérieux.
Le centre de gestion des urgences de l’Okanagan central a indiqué vendredi que certains habitants avaient choisi de rester dans les zones d’évacuation en raison de l’incendie de Quilpituk Creek, situé au sud de celui de Bradley Creek.
Il leur a demandé de «partir immédiatement».
«Un ordre d’évacuation n’est pas une suggestion. C’est une mesure de sécurité vitale», a déclaré le centre.
Mais le premier ministre David Eby reconnaît que les agriculteurs sont confrontés à des choix difficiles.
«Je ne peux imaginer rien de plus difficile pour un agriculteur que de recevoir un avis d’évacuation tout en sachant que ses animaux sont potentiellement en détresse», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse jeudi, ajoutant que la priorité absolue était de protéger la vie humaine.
Un programme provincial permet aux agriculteurs en danger de déplacer temporairement leurs animaux vers des parcs à bestiaux, des parcs d’engraissement, des «fermes d’accueil» et des terrains de rodéo.
Le ministère ne recense pas le nombre d’animaux ayant été déplacés, mais a indiqué que ceux touchés par l’incendie de Bradley Creek avaient été transférés vers d’autres communes de l’intérieur de la province.
Mais cette solution ne convient pas à tous les animaux.
Kevin Boon, directeur général de l'association des éleveurs de la Colombie-Britannique, explique que le transport par camion pouvait être très stressant pour les bovins et que certains éleveurs avaient choisi de rester, notamment parce qu’il est plus facile de mettre en sécurité de grands troupeaux par voie terrestre.
L’association dispose de chargés de liaison qui collaborent avec les commandants des opérations du BC Wildfire Service lors des incendies majeurs afin d’apporter leur aide là où cela est possible.
«Nous pouvons indiquer à ce commandant où se trouvent les ranchs et où notre bétail se trouve sur la trajectoire de l’incendie», a-t-il expliqué.
M. Boon a précisé que si un feu de forêt se dirige vers le ranch ou les pâturages d’un éleveur, celui-ci est alerté et doit déplacer son troupeau.
Il a ajouté que les éleveurs présents sur le terrain pouvaient également aider les pompiers en leur transmettant des informations sur le comportement des incendies.
«Certains de ces vieux de la vieille, j’ai l’impression qu’ils sont là depuis la nuit des temps, mais ils savent parfaitement dans quelle direction souffle le vent dans une vallée ou à travers une zone donnée», a-t-il déclaré à propos des éleveurs de longue date.
M. Boon a expliqué que les éleveurs et les agriculteurs acceptaient le risque à un niveau différent de celui des autres, mais qu’ils sont aussi souvent mieux préparés à rester sur place pendant les feux de forêt.
Ils réduisent les risques en tondant régulièrement l’herbe et en éloignant les arbres des constructions, par exemple.
«De plus, la plupart de ces gars-là disposent d’un équipement assez performant pour se protéger et lutter contre les incendies. La plupart possèdent une pelleteuse, un Caterpillar ou, à tout le moins, un camion-citerne», a-t-il ajouté.
«En général, lors d’un incendie, ils s’attachent avant tout à mettre leur bétail à l’abri du danger.»
Il a expliqué que les éleveurs éteignent souvent eux-mêmes les petits incendies avant qu’ils ne deviennent une menace plus grave et qu’ils partent lorsque le risque devient trop élevé.
«Ce que j’aimerais que les gens comprennent, c’est que les incendies sont imprévisibles, mais qu’on peut les surveiller et les observer, et qu’en y prêtant attention, on sait quand il faut partir et quand on peut encore rester», a-t-il déclaré.
«Et dans la grande majorité des cas, 99,9% d’entre eux partiront bien avant que le feu ne les atteigne.»
L'association des producteurs de fruits de la Colombie-Britannique soutient qu'un agriculteur a le droit d’essayer de protéger sa propriété en cas d’urgence, à condition que cela ne mette personne d’autre en danger.
«Ces vergers sont là toute l’année ; s’ils brûlent, il faudra les replanter, et il faudra sept ans avant qu’un arbre ne produise à nouveau des fruits. Le retour sur investissement pour ces arbres se situe ensuite entre 15 et 20 ans, souligne son directeur général Adrian Arts. La durée de vie d’un verger est de 20 à 30 ans. Les gens ont donc tout intérêt à veiller à ce que cet investissement soit protégé.»
Si M. Arts connaît certains agriculteurs qui sont restés, d’autres, qui ont obéi aux ordres d’évacuation, pourraient revenir face à un tout autre type de dévastation.
Les producteurs de cerises, en pleine saison de récolte, ne disposent que de quelques jours pour cueillir les fruits avant qu’ils ne pourrissent, tandis que d’autres ont peut-être manqué la période propice à la pulvérisation des cultures pour les protéger des insectes.
Il est encore trop tôt pour évaluer l’ampleur totale des conséquences, mentionne-t-il.
Ashley Joannou, La Presse Canadienne