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Des cellules cérébrales insoupçonnées semblent être à l'origine de l'anxiété

durée 11h29
26 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — L'anxiété trouve apparemment son origine dans des cellules cérébrales insoupçonnées, a constaté pour la première fois une équipe montréalaise.

Les chercheurs dirigés par le professeur Ciaran Murphy-Royal, du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal, ont ainsi découvert que, dans une région du cerveau liée à la peur, ce ne sont pas les neurones, mais plutôt les astrocytes qui semblent porter l’information déterminante liée à l’anxiété.

«D'autres chercheurs dans le monde ont essayé, mais ils n'étaient pas capables de trouver la population neuronale qui génère cette émotion», a expliqué le professeur Murphy-Royal.

«Donc, on s'est dit que c'était peut-être d'autres cellules du cerveau, et possiblement les astrocytes, qui génèrent l'anxiété et changent le comportement.»

La découverte, a-t-il précisé, porte sur l'anxiété de base, celle que tous peuvent ressentir, et non sur les troubles anxieux généralisés qui ont possiblement une origine différente.

On supposait jusqu'à présent que les astrocytes jouaient seulement un rôle de soutien auprès des neurones, notamment pour s'assurer qu'il y a suffisamment d'oxygène dans le cerveau. Les chercheurs ont toutefois constaté, lors d'expériences réalisées chez des souris, que plus le niveau de menace perçu est élevé, plus les astrocytes s'activent.

De plus, si on agit sur l'activité des astrocytes, le comportement anxieux change, ce qui démontre que ces cellules sont directement à l'origine du sentiment d'anxiété.

«Confirmant le rôle causal des astrocytes dans les comportements anxieux, nous avons constaté que la stimulation de l'activité des astrocytes (...) augmentait les comportements liés à l'anxiété, tandis que la réduction de cette activité (...) diminuait à la fois les réponses astrocytaires aux contextes anxiogènes et les comportements liés à l'anxiété», résument ainsi les chercheurs.

Il est important de noter, ajoutent-ils, «que l'augmentation de l'activité astrocytaire induite par des moyens chimio-génétiques a accru les comportements liés à l'anxiété, apportant ainsi la preuve causale que les astrocytes ne se contentent pas de suivre les changements dans le caractère anxiogène de l'environnement, mais qu'ils sont également responsables de la génération d'états d'anxiété».

Plus précisément, le professeur Murphy-Royal et ses collègues ont démontré que l'activité des astrocytes dans l'amygdale ― la structure du cerveau notamment responsable du mécanisme de fuite ou de combat ―·«reflète de façon très précise le degré de menace perçue et permet même de prédire le comportement anxieux, parfois mieux que l’activité neuronale», a-t-on expliqué par voie de communiqué.

Concrètement, en laboratoire, les souris devenaient plus prudentes quand on augmentait l'activité des astrocytes, a dit le chercheur, mais elles devenaient soudainement plus courageuses quand on la diminuait.

La découverte du rôle joué par les astrocytes dans l'anxiété a été tellement inattendue qu'un membre de l'équipe a tout d'abord cru à un problème d'équipement.

«L'étudiant est venu me voir pour me dire qu'il venait de trouver quelque chose de vraiment bizarre, a raconté le chercheur. Mais quand j'ai vu les vidéos, j'ai dit, non, c'est quelque chose de super étonnant, il faut qu'on cherche pour voir si c'est vrai ou pas, parce qu'il y avait un signal super fiable et super robuste de l'activité des astrocytes. On ne s'y attendait pas.»

Les chercheurs ont enfin identifié un signal de stress précis, la noradrénaline, qui agit directement sur ces cellules. Cela porte à conclure que les traitements actuels contre l'anxiété, qui ciblent principalement les neurones, se trompent de cible.

«On cible toujours les neurones et les neurones sont à côté des astrocytes, a dit le professeur Murphy-Royal. Donc, oui on cible les cellules, mais est-ce que c'est un vrai traitement? On met un pansement sur le bobo, mais on ne soigne pas vraiment la blessure.»

Ces travaux, a conclu le professeur Murphy-Royal, démontrent que les astrocytes jouent d'égal à égal avec les neurones, et que chaque cellule a une «job qui lui est propre».

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical Neuron.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne