Des centaines de personnes réunies à Montréal pour la Journée de la réconciliation

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Par La Presse Canadienne, 2025
MONTRÉAL — Fay-Lisa Gagné, originaire de la Première Nation de Muskowekwan en Saskatchewan, éprouve des sentiments partagés à l'égard du mot réconciliation.
Enfant, elle a été placée dans une famille francophone des Cantons-de-l'Est, où elle ne pouvait parler qu'en anglais. Sa mère a fréquenté un pensionnat et ses quatre frères et sœurs ont été victimes de la rafle des années 1960, une période où les gouvernements canadiens ont supervisé le retrait massif d'enfants autochtones de leur foyer pour les confier principalement à des personnes non autochtones.
Et aujourd'hui, les enfants autochtones au Canada continuent d'être surreprésentés dans les systèmes de protection de l'enfance du pays, a souligné Mme Gagné.
Selon elle, il est difficile d'accepter la réconciliation quand une personne a perdu son identité, sa langue et sa culture lors d'une adoption.
Mme Gagné faisait partie des centaines de personnes venues assister au rassemblement de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, qui s'est tenu mardi à Montréal, au parc du Mont-Royal. Elles venaient rendre hommage aux survivants des pensionnats autochtones, comme la mère de Mme Gagné.
Cette dernière a raconté n'avoir pu la retrouver que brièvement en 2007, avant son décès quelques mois plus tard.
Elle a expliqué que de nombreux événements négatifs et violents se sont produits dans le pensionnat autochtone où sa mère avait été envoyée enfant, au sud de Regina.
Mardi marquait la cinquième Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, une journée créée en reconnaissance des séquelles des pensionnats autochtones au Canada. Environ 150 000 enfants autochtones ont été contraints de fréquenter ces écoles gérées par l'Église et financées par le gouvernement entre 1857 et 1996. Ces institutions étaient souvent le théâtre de mauvais traitements, de conditions de vie inadéquates et de taux élevés d'infections, comme la pneumonie.
En 2015, la Commission de vérité et réconciliation du Canada a conclu que le système des pensionnats autochtones avait été créé dans le but de détruire et d'assimiler les peuples autochtones, une initiative qu'elle a qualifiée de «génocide culturel».
Selon Mme Gagné, ces séquelles d'assimilation se perpétuent dans les politiques canadiennes de protection de l'enfance. D'après la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations, les enfants des Premières Nations sont six à huit fois plus susceptibles d'être placés que les enfants non autochtones.
Ka'nahsohon Kevin Deer a témoigné que chaque Journée de la vérité et de la réconciliation suscite un sentiment de tristesse. Le gouvernement canadien a tenté d'effacer tout ce qui fait l'identité des Autochtones: leur langue, leurs récits de la création, leurs chants, leurs danses et leur histoire, a-t-il ajouté, mais sans succès.
L'aîné de Kahnawake a toutefois avancé que cette journée lui donne aussi de l'espoir, puisqu'il est possible de tirer des leçons de cette souffrance. Il souhaite que les générations futures puissent hériter d'un foyer heureux.
Le chanteur Leonard Sumner est venu de la Première Nation de Little Saskatchewan, au Manitoba, pour se produire devant la foule. Il a déclaré qu'il était important de rendre hommage aux enfants qui ont été arrachés à leur famille.
De nombreux parents n'avaient que de bonnes intentions lorsque leurs enfants ont été envoyés dans des pensionnats, a-t-il rappelé.
Miriam Lafontaine, La Presse Canadienne