Des chercheurs mettent au jour un réseau de fausses nouvelles établi au Vietnam

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Facebook a mis en ligne plus de 355 000 fausses nouvelles générées par intelligence artificielle (IA) sur 340 pages du réseau social opérées principalement depuis le Vietnam depuis 2025.
Une enquête menée par le Réseau canadien de recherche sur les médias numériques (RCRMN) montre que ce réseau a inondé les fils d’actualité au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Europe de ces fausses nouvelles.
Cette situation est pour le moins ironique au Canada où Meta, la maison-mère de Facebook, bloque les vraies nouvelles pour se soustraire aux lois canadiennes qui l'obligeraient à financer en partie les médias d'information.
L'argent et non la politique
Selon les auteurs du rapport, cette opération n’a pas de motivation politique, mais bien financière, et l’argent que ces sites recueillent provient tant d’organismes publics que d’entreprises privées du Canada et d'ailleurs qui n’en savent rien.
L’objectif et la méthode sont fort simples. Il s’agit de fabriquer des fausses nouvelles sur la politique, les célébrités et le sport – ce que l’IA est capable de produire en quantité industrielle – et d’attirer les utilisateurs de Facebook vers des sites de fausses nouvelles. Selon le RCRMN, les fausses nouvelles qui ont été répertoriées ont généré plus de 95 millions de réactions, de commentaires et de partages depuis 2025.
Les sites qui attirent ainsi ces réactions monétisent leur fréquentation, c’est-à-dire qu’ils vendent leur espace publicitaire en fonction de la fréquentation qu'ils attirent. Or, ce sont des systèmes de placement publicitaire automatisés – notamment celui de Google – qui font les placements de publicité sans intervention humaine, donc sans jugement, sur la seule base de la fréquentation. C'est ce modèle qui amène des annonceurs canadiens, publics comme privés, à financer ces sites par inadvertance.
Aengus Bridgman, directeur de l’Observatoire de l’écosystème médiatique (OEM) rattaché aux universités McGill et de Toronto, souligne que «ce réseau n’a pas besoin de poursuivre un objectif politique pour causer des dommages. Inonder l’écosystème informationnel de récits fabriqués à une telle échelle mine la confiance du public et fragilise la cohésion sociale, peu importe qui en est à l’origine ou quelles sont ses motivations.»
Pièges à clics recyclables.
Pour attirer les internautes, il suffit de générer des contenus sensationnalistes ou controversés et il semble qu’on ne se soit pas trop cassé la tête, alors que les chercheurs ont constaté que «les mêmes récits fabriqués sont recyclés indistinctement pour des personnalités issues de partis rivaux», peut-on lire dans le rapport. En d'autres termes, on reprend les mêmes fausses nouvelles et on change les noms des politiciens, des athlètes ou des vedettes.
Selon le rapport, on constate que «l’activité est fortement coordonnée: les pages sont créées et renommées par lots synchronisés et reprennent les mêmes récits d’une page à l’autre, le même gabarit étant décliné pour différentes personnalités publiques, y compris des politiciens de partis opposés». Durant leurs recherches, les analystes ont vu de nombreuses pages disparaître et de nouvelles apparaître à leur place, montrant que le réseau était bien coordonné et toujours actif.
Les experts ont procédé à une vérification des faits de près de 6000 publications diffusées par les supposées pages d’actualités canadienne et 54 % d’entre elles étaient fausses ou non fondées et, dans la plupart des cas, associaient un sujet réel à une citation, une statistique ou un récit inventé.
Mathieu Lavigne, responsable des analyses à l’OEM, souligne que le modèle d’affaires tient de par sa rentabilité. «Tant que les plateformes d’échange publicitaire continueront à verser des revenus et que les réseaux sociaux leur donneront de la visibilité, les fermes de contenu continueront à produire ces fausses nouvelles.»
Le rapport appelle les plateformes de médias sociaux, les systèmes publicitaires et les annonceurs canadiens à examiner dans quelle mesure leurs algorithmes, leurs mécanismes de monétisation et leurs campagnes publicitaires programmatiques contribuent, parfois involontairement, à soutenir ce type d’opération.
Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne