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Fermetures de RPA au Québec: «on a les deux pieds dans la crise», alerte le RQRA

durée 05h00
19 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Les fermetures de résidences pour aînés (RPA) se poursuivent au Québec. Le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) lève un drapeau rouge quant au financement des soins dans ces milieux de vie pour personnes âgées.

En huit ans, 740 résidences pour aînés ont fermé. Depuis un an, la cadence des fermetures a quelque peu ralenti, mais il reste néanmoins qu'une RPA par semaine ferme ses portes en moyenne. Il en reste environ 1350 ouvertes aujourd'hui.

Lorsqu'une RPA annonce sa fermeture, le choix des résidents est limité, car la liste d'attente pour une place en CHSLD est d'un peu moins de 3500 personnes, et d'environ 5000 personnes en ressources intermédiaires (RI). Nombreux sont ceux qui se retrouvent dans une chambre d'hôpital en attendant qu'une place se libère.

«On essaie de travailler avec Santé Québec sur des mesures pour réduire les transferts à l'hôpital parce qu'évidemment, les gens ne devraient pas être hospitalisés s'ils n'en ont pas besoin. Ça prend des places pour les gens qui en ont vraiment besoin. Donc, on se retrouve avec des gens qui vont être hospitalisés parce qu'il n'y a pas de place dans les CHSLD, il n'y a pas de place dans les Maisons des aînés et il n'y a pas de place dans les RI», déplore Marc Fortin, le président-directeur général du RQRA.

Selon lui, le gouvernement ne finance pas suffisamment les soins dans les RPA. Les résultats d'un sondage Léger publié jeudi révèlent que près de huit propriétaires de RPA sur dix affirment que les montants versés par les CISSS et les CIUSSS ne couvrent pas les coûts réels des soins et des services donnés aux résidents. Rappelons que la majorité des RPA sont à but lucratif, mais pas uniquement.

«On sauve près de 4 milliards $ par année au gouvernement pour les 38 000 personnes non autonomes qu'on a dans notre réseau. Quatre milliards, c'est le net après les autres programmes et les soins à domicile que le gouvernement paie pour ces gens-là parce qu'il ne paie pas la RPA, il paie une allocation pour donner des soins à la personne», explique M. Fortin en entrevue.

«On sauve énormément d'argent, mais malheureusement, ça se fait sur le dos des propriétaires de RPA», dénonce-t-il.

Les sommes allouées aux RPA pour fournir des soins varient, le taux plus bas étant de 21 $ de l'heure, affirme M. Fortin. «Quand on se fait payer 21, 28, 32 $ de l'heure, on donne des soins à perte. C'est pour ça qu'il y a beaucoup de RPA qui ont carrément arrêté de donner les soins, qui sont passées d'une catégorie 4 à une catégorie 3 ou à une catégorie 2. [...] Il n'y a personne, absolument personne, avec une préposée comme acteur principal qui peut donner une heure de soins en bas de 39 ou 40 $ de l'heure. C'est impossible.»

La majorité des RPA sont destinées à des aînés avec une perte d’autonomie plus prononcée, soit une catégorie 3 ou 4. Les RPA de catégories 1 et 2 sont celles destinées à des aînés autonomes.

M. Fortin presse les décideurs de régler cet enjeu de financement. «Il faut arrêter d'abuser sur les propriétaires de RPA au niveau des soins dont les gens ont besoin et il faut les payer convenablement», plaide-t-il.

Des soins programmés qui ne sont pas donnés

Le sondage Léger a été mené auprès de 453 résidents et de 91 gestionnaires de RPA situées en Montérégie et dans Lanaudière. La collecte s’est déroulée à l'été et l'automne 2025. La marge d’erreur indicative est de plus ou moins 4,6 % pour les résidents et de plus ou moins 10,3 % pour les gestionnaires, 19 fois sur 20.

Lorsqu'on a demandé aux aînés qui leur donnent les soins qu'ils reçoivent, 84 % ont répondu qu'il s'agissait du personnel de la résidence, alors que sur papier, une proportion plus grande devrait être de la responsabilité du CLSC.

Le sondage mentionne que parmi ceux qui reçoivent leurs soins de la part du CISSS/CLSC (34 % des répondants), un tiers déclarent qu’il leur est déjà arrivé que la personne responsable de leurs soins ne se présente pas à un soin prévu. La plupart rapportent n’avoir simplement rien fait, principalement parce qu’ils ne savaient pas quoi faire.

Il s'agit de soins et de services tels que donner un bain, donner des médicaments ou faire la levée, donne en exemple M. Fortin. «Souvent, on est obligé de le faire gratuitement parce que les gens du CISSS ou du CLSC ne se présentent pas», dit-il.

Selon lui, la pénurie de main-d'œuvre et les coupes dans le budget en santé sont en partie à blâmer. M. Fortin demande à s'asseoir avec Santé Québec, le ministère de la Santé et tous les acteurs qui s'occupent des aînés au Québec, notamment le Réseau de coopération des EÉSAD et le reste du Regroupement québécois des résidences pour aînés, une coalition de six grandes associations d'hébergement pour aînés créée en 2025.

«Il faut que tout le monde s'assoie ensemble et qu'on travaille pour solutionner. C'est un raz de marée qui s'en vient, c'est un mur qui s'en vient sur nous avec les aînés au Québec dans les prochaines années, puis on n'est pas prêt, s'inquiète M. Fortin. On est dans une crise, on a les deux pieds dans la crise. Il faut prendre des actions maintenant parce que le prix de l'inaction va être tellement élevé dans les prochains trois à cinq ans. Il faut qu'on le fasse maintenant.»

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l'Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne