Ghazal: le Québec doit avoir sa part des milliards en défense, mais pour autre chose

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Un gouvernement solidaire réclamerait la part du Québec des investissements massifs en défense que souhaite faire le gouvernement Carney, mais n’investirait pas un sou de cet argent dans les industries de la défense.
De plus, la cheffe parlementaire de Québec solidaire, Ruba Ghazal, s’oppose à ce que la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience s’installe à Montréal et affirme que le Québec ne devrait verser aucun argent public dans cette institution si jamais Montréal était choisie pour l’accueillir.
Devant une centaine de convives venus assister à un déjeuner-conférence à l’invitation du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), mercredi matin à Montréal, et en point de presse par la suite, Mme Ghazal a fermement campé les positions pacifistes de sa formation politique.
«À Québec solidaire, nous avons été très clairs dès l'annonce par le gouvernement du Québec de vouloir participer à la nouvelle course au réarmement encouragée par Mark Carney. Nous croyons qu'un débat public beaucoup plus large doit avoir lieu et qu'aucun argent public ne doit être utilisé à cette fin.»
Le gouvernement de Mark Carney a annoncé qu’il entend dépenser 58 milliards $ d’ici cinq ans dans le secteur de la défense et qu’il veut augmenter ces dépenses pour qu’elles atteignent 150 milliards $ par année à compter de 2035.
Aucune consultation ou débat
«Est-ce qu'il y a eu un sondage qui dit qu'ils (les Québécois) veulent qu'on aille dans la défense? Que c'est là qu'on voudrait mettre notre argent chèrement gagné par les Québécois? Il n'y a pas eu de débat», a-t-elle martelé, en faisant valoir que d’orienter l’économie vers la défense durant plusieurs années entraînerait un recul majeur au développement des énergies renouvelables comme l’éolien ou le solaire.
En point de presse par la suite, la porte-parole de Québec solidaire a été très claire à l’effet qu’il ne faut pas d'argent public des Québécois dans la défense. «Le gouvernement Carney qui veut payer, qui veut investir, il y a une partie là-dedans que c'est de l'argent des Québécois, nous ne voulons pas que le Québec paye pour ces entreprises-là. Donc, ça serait une avenue qu'on regarderait de voir: est-ce qu'un gouvernement de Québec solidaire, est-ce qu'on pourrait avoir notre argent pour l'investir dans les industries qui, elles, rapportent économiquement et qui sont celles de l'avenir? Ça veut dire les énergies propres, la transition écologique de notre économie.»
Le Québec voudra sa part
Pas question, cependant, de laisser tomber la part de 22 % du Québec des milliards fédéraux, ce qui représente son poids démographique dans la fédération canadienne. «C'est sûr que nous, on a besoin de cet argent-là, on en manque, donc oui, on demanderait d'avoir notre argent ici pour l'investir dans le développement réel de notre économie.»
Ruba Ghazal a également invoqué des études américaines selon lesquelles «quand on investit dans la défense, pour chaque dollar investi dans la défense, le nombre d'emplois est beaucoup moins élevé, 50 % de moins que si on investit dans les secteurs des énergies renouvelables, dans la santé, dans l'éducation, dans les services publics».
Et puis à long terme, s’est-elle interrogée, «quand nous aurons tourné notre économie vers la guerre ou la défense, ce qu'on appelle l'économie de guerre, quand les usines de guerre tourneront à pleine capacité, quand les entrepôts seront bien garnis, quand des pans entiers de nos économies dépendront de cette nouvelle logique, qu'est-ce qui se passera si la demande n'est pas au rendez-vous? Est-ce qu'on va simplement retirer nos billes et fermer les usines en disant: fiou, on l'a échappé belle, on a investi tout notre argent et notre économie dans l'économie de défense, finalement on ne l'a pas utilisé, on ferme ça et on passe à autre chose? Ou plutôt, est-ce que l'offre finit toujours d'une manière ou d'un autre par créer sa propre demande?»
Non à la Banque de défense
Quant à la Banque de la défense, Mme Ghazal se dit en faveur de l’arrivée d’institutions internationales à Montréal, mais pas celle-là. «Ce n'est pas vrai qu'ils vont avoir de l'argent public qui va être mis dans la défense pour aller vendre de l'armement, qui mène toujours au même endroit.»
Elle affirme que «si un gouvernement du Québec solidaire est élu, nous serons contre. Nous n'allons pas travailler à avoir le siège social de cette banque qui finance de l'armement international.»
Les Québécois, répète-t-elle, n’ont jamais été consultés sur ces questions. «En ce moment, ils ont de la difficulté. Ils se prient pour être capables de payer leur loyer, l’épicerie, l’hypothèque, est-ce que les Québécois veulent que leur argent aille dans la défense? C'est vraiment ça, ce débat-là n'a pas été fait. Cette question-là n'a pas été posée aux Québécois.»
Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne