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Hospitalisations forcées: une centaine de manifestants convergeront vers Québec mardi

durée 06h00
2 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

QUÉBEC — Des personnes ayant subi des hospitalisations forcées abusives veulent se faire entendre.

Une centaine de victimes et de représentants de groupes de défense manifesteront mardi devant l'Assemblée nationale afin d'exiger du gouvernement Fréchette qu'il abandonne son projet de loi 23.

Il s'agit de la refonte de la loi P-38, la Loi sur la protection des personnes dont l'état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui, adoptée il y a plus de 25 ans.

Actuellement, les autorités ne peuvent hospitaliser de force une personne que si elle représente un danger «grave et immédiat». Le projet de loi 23 propose d'élargir ce critère à une «situation où il existe un danger».

François Winter, de l'Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ), craint l'augmentation des hospitalisations forcées au Québec.

Il milite plutôt en faveur d'une augmentation massive des ressources en santé mentale.

«Là où on pourrait marquer des points pour améliorer les choses, c'est en mettant des services dans la communauté, notamment des services de crise», plaide-t-il en entrevue.

«En Chaudière-Appalaches, il y a neuf lits d'hébergement de crise dans la communauté. Est-ce qu'on fait tout ce qu'on peut pour que les gens n'aient pas à se rendre à l'hôpital?»

Dans le mémoire qu'elle présentera en commission parlementaire mardi, l'AGIDD-SMQ soutient qu'«une loi d'exception ne doit pas devenir un outil de gestion sociale».

«Trop souvent, les personnes visées par une hospitalisation forcée avaient déjà demandé de l'aide avant que leur situation ne se détériore, sans toutefois recevoir les services nécessaires à temps», souligne l'association.

C'est le cas de Nadine Huppé, une enseignante d'Outaouais qui a vécu une agression en 2015, pour après être «laissée à (elle)-même» à «vouloir mourir», selon son récit.

En entrevue, elle explique avoir eu une crise, puis avoir été amenée à l'hôpital par des policiers. «Je ne souhaite pas ça à personne. (...) On m'a internée de force, on m'a injectée de force, on m'a mise en isolation.

«J'aurais eu besoin de parler soit à une psychologue ou à une travailleuse sociale. Je n'avais même pas ce service-là», déplore-t-elle.

Une réforme précipitée?

L'AGIDD-SMQ n'est pas la seule à s'inquiéter du projet de loi 23; dans les dernières semaines, le Protecteur du citoyen et le Collège des médecins ont également remis en question l'approche proposée.

L'ordre professionnel des médecins a signalé dans son mémoire que déjà, un nombre «important» de Québécois sont placés sous garde préventive (près de 20 000 en 2023-2024).

«Une augmentation pourrait engorger le système et aggraver les difficultés actuelles d'accès aux soins», a-t-il prévenu.

De son côté, l'Association des médecins psychiatres s'est prononcée en faveur de la réforme, rappelant que bon nombre de personnes avec une maladie mentale ne sont pas conscientes de leur état.

Les psychiatres ont cependant appelé à «être extrêmement prudent» avec les amalgames entre maladie mentale et violence. Selon eux, moins de 5 % des actes violents sont commis par des gens qui ont des troubles mentaux.

Quoi qu'il en soit, M. Winter dit trouver la réforme du gouvernement Fréchette «précipitée». Il exhorte les parlementaires à prendre beaucoup plus de temps pour «réfléchir».

«Ce type de réforme-là demande du temps, et puis le temps, il n'y en a pas eu assez dans le contexte d'une fin de session», selon lui.

«Ce n'est pas un bon projet de loi. On pense que c'est trop rapide, que la réelle urgence, c'est les besoins dans la communauté et qu'on passe à côté de la cible.»

Caroline Plante, La Presse Canadienne