Institut du Québec: le rapport de force basculerait en faveur des travailleurs

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Durant les années 2026 à 2029, au Québec, la population en âge de travailler diminuera pour la première fois depuis plus d’un siècle, ce qui pourrait faire basculer le rapport de force en faveur des travailleurs plutôt que des employeurs.
Ce renversement de situation dans le marché du travail est attribuable surtout à la baisse des seuils d’immigration permanente et du nombre de résidents non permanents, explique l'Institut du Québec, dans son récent Bilan de l'emploi pour 2025 intitulé «Un nouveau rapport de force».
À ce facteur des seuils d'immigration s'ajoute celui du vieillissement global de la population québécoise.
«Les projections de l'Institut de la statistique du Québec nous montrent qu'on va avoir une décroissance de la population en âge de travailler, donc on regarde les 20 à 64 ans, au cours de ces trois prochaines années. C'est la première fois qu'il y a une baisse depuis plus d'un siècle», a souligné en entrevue Emna Braham, présidente-directrice générale de l'Institut du Québec.
Ces deux phénomènes entraîneront donc une raréfaction des candidats pour occuper les emplois, ce qui fait que cela pourrait favoriser les travailleurs plutôt que les employeurs.
Durant les années 2023 à 2025, explique-t-elle, on a assisté à un repli du marché du travail, avec une montée des taux d'intérêt et un bond de l'immigration. «On avait un marché du travail qui était peut-être un peu plus à l'avantage des employeurs que des employés.»
«On voit qu'en 2025, même en pleine guerre commerciale, ça se stabilise. Et ce qu'on peut entrapercevoir, c'est qu'à partir de 2026, on pourrait même voir un renversement de la situation, avec un retour des pénuries de main-d'oeuvre, davantage de postes à pourvoir que de candidats, donc un marché du travail qui va peut-être plus être en faveur des employés», résume Mme Braham.
Droits de douane
L'imposition de droits de douane américains et les menaces répétées du président Donald Trump ont finalement causé plus de peur que de mal à l'emploi au Québec, de façon générale, conclut l'Institut.
«En début 2025, l'inquiétude était à son comble, énormément de menaces de tarifs du côté américain. On craignait surtout pour notre secteur manufacturier, qui est notre principal exportateur vers les États-Unis. On avait des peurs de pertes d'emplois dans plusieurs régions, dans plusieurs entreprises. Finalement, ce qu'on a vu, c'est que la catastrophe n'a pas eu lieu», commente Mme Braham.
Même le secteur manufacturier s'en est relativement bien tiré, puisqu'il a tout de même réussi à croître de 0,4 % de décembre 2024 à décembre 2025.
D'autres secteurs ont été plus durement touchés, toutefois, comme la forêt et l'industrie du film, qui sont très dépendants des États-Unis, avec une diminution de 5,1 % entre 2024 et 2025.
Les salaires
Contrairement à ce qu'affirment bien des gens, les salaires ont progressé plus vite que l'inflation, entre décembre 2024 et décembre 2025, surtout dans le secteur public, où ils ont crû de 7,5 %.
«Dans le secteur privé, on est quand même au-dessus de l'inflation, avec 3,6 % de croissance des salaires. Mais c'est vraiment beaucoup le secteur public qui a porté la croissance des salaires», souligne Mme Braham.
Pour le secteur public, il s'agit toutefois d'une forme de rattrapage, indique-t-elle, puisqu'il tirait de l'arrière. «Après avoir augmenté moins vite que l'inflation jusqu'à la fin de 2024, les salaires dans le secteur public ont connu une hausse soudaine en 2025 avec l'entrée en vigueur de nouvelles conventions collectives», explique Mme Braham.
Lia Lévesque, La Presse Canadienne