Jour 30: le 3e lien et une possible ingérence étrangère s'invitent dans la campagne
MONTRÉAL — Les enjeux en matière de transport se sont taillés une place au 30e jour de la campagne électorale québécoise, notamment avec le retour dans les discussions du projet de troisième lien entre Québec et Lévis. Des allégations d'ingérence étrangère ont toutefois retenu davantage l'attention.
Vendredi, le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a présenté ses engagements pour la Capitale-Nationale. Cependant, un troisième lien autoroutier ou pour le transport en commun n'en faisait pas partie.
Dans le premier mandat d'un gouvernement péquiste, ce projet controversé serait écarté.
M. St-Pierre Plamondon avait déjà proposé un troisième lien entièrement consacré au transport en commun, mais cette fois, il s'en remet au plan CITÉ de 2024 élaboré par la Caisse à la demande du gouvernement et à son calendrier, pour écarter toute possibilité de réaliser un projet de lien dans un mandat de 2026 à 2030.
Le chef péquiste croit impossible autant pour ses rivaux caquiste et conservateur de s'engager à réaliser le troisième lien dans un prochain mandat. La Coalition avenir Québec (CAQ) a promis lors des élections de 2018 et 2022 la réalisation du projet, sans y parvenir, et la proposition du Parti conservateur du Québec (PCQ) de faire traverser un troisième lien sur l'île d'Orléans, «ce n'est pas sérieux», a exprimé M. St-Pierre Plamondon.
Il préfère poser une série de gestes pour réduire dans le prochain mandat la congestion. Il suggère entre autres un projet d'une septième voie dynamique sur le pont Pierre-Laporte, l'abaissement du tablier du pont de Québec pour permettre aux poids lourds de le traverser, et améliorer l'offre de transport en commun.
Le PQ se concentre aussi sur la réalisation du tramway, qui est déjà en chantier.
La porte-parole de Québec solidaire (QS), Ruba Ghazal, a aussi parlé de transport, à dix jours du scrutin. Elle propose de nationaliser le transport interurbain par autobus et ainsi pallier les bris de services qui se multiplient dans les régions du Québec.
QS veut acheter les entreprises de transport interurbain qui opèrent actuellement pour créer un nouveau réseau public.
«On achèterait ces entreprises-là, il y aurait une discussion, une négociation» et «on ajouterait 40 millions $ par année pour le rendre abordable et l’étendre», a indiqué Mme Ghazal.
Le réseau de transport interurbain par autocar au Québec a diminué de 85 % dans les 40 dernières années, selon des données de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS).
Allégations d'ingérence américaine
Les médias de Québecor ont rapporté vendredi qu'Ottawa aurait prévenu Québec concernant une possible ingérence des États-Unis dans la campagne électorale.
D'après le reportage, un haut fonctionnaire du gouvernement Fréchette a reçu début septembre, de la part du fédéral, des écrits d’un groupe de réflexion américain, le Defense Analyses and Research Corporation (DARC). Ce groupe propose notamment de soutenir financièrement le PQ.
Ces révélations ont entraîné une succession de réactions des chefs de parti qui étaient réunis au congrès de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), à Québec.
La cheffe de la CAQ et première ministre sortante, Christine Fréchette, s'est dite «très préoccupée» par une possible ingérence étrangère dans les élections québécoises.
Mme Fréchette n’a pas été en mesure de dire si elle était au courant dès le début du mois de septembre, mais a mentionné avoir été informée par son équipe dans les «derniers jours» au sujet de documents en ligne «qui font état de possibilités d'ingérence dans l'élection québécoise à travers le Parti québécois».
Elle a affirmé que son parti avait informé le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) des documents en question.
M. St-Pierre Plamondon s'est interrogé sur le «timinig étrange» de la publication de ces informations, à deux jours du vote par anticipation.
«J'apprends aujourd'hui dans les médias que c'est une source de préoccupation alors que non seulement on n'a pas été averti, mais il n'y a pas de faits qui sont portés à notre attention non plus», a-t-il dit, assurant n'avoir jamais eu de contact avec DARC.
«Je n'avais jamais entendu le nom de cette affaire-là avant aujourd'hui», a-t-il ajouté.
Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Millard, s'est pour sa part questionné à savoir pourquoi les autres chefs de parti n'ont pas été informés sur la situation si Mme Fréchette était au courant depuis quelque temps.
M. Milliard a aussi profité de ces révélations pour attaquer le chef péquiste, en affirmant qu’il a fait plusieurs rencontres à l’international, «parfois secrètes».
«Est-ce qu'il a rencontré des groupes particuliers aux États-Unis dans les dernières années? Est-ce qu’il pourrait préciser la teneur de ces rencontres-là?» a-t-il demandé.
Ce à quoi M. St-Pierre Plamondon a répondu sur le réseau social X n'avoir «jamais eu de rencontre politique aux États-Unis avec qui que ce soit ni jamais voyagé à l'étranger pour rencontrer secrètement des représentants de l’administration américaine».
Il a demandé à son adversaire libéral de se rétracter.
La porte-parole solidaire a reproché à la cheffe caquiste un manque de transparence. Mme Ghazal a également invité tous les chefs de parti à se tenir ensemble pour envoyer «un message très clair»: «cette campagne électorale ne doit pas être volée par l'ingérence étrangère de Donald Trump», a-t-elle déclaré.
Un registre pour rendre les décideurs imputables
De son côté, le chef du PCQ a proposé de créer un registre qui contiendrait les noms d'administrateurs publics et d'élus inaptes à gérer l’argent des contribuables.
Éric Duhaime a annoncé vouloir mettre sur pied le «Registre des administrateurs déclarés inaptes à exercer avec les ressources publiques», le RADIER, qui serait administré par l’Autorité des marchés publics (AMP).
Les personnes qui œuvrent dans l’appareil public, les élus, les fonctionnaires, et les ministres ou sous-ministres, «qui seraient réputés inaptes à gérer les fonds publics», seraient punis.
Citant les dépassements de coûts dans des projets informatiques de l'État, M. Duhaime y voit un dénominateur commun: «personne n'est vraiment responsable. Personne ne subit vraiment les conséquences de ses actes», a-t-il dit.
Les conservateurs soutiennent vouloir s’inspirer du RENA, le registre sous l’autorité de l’AMP dans lequel figurent les noms des entreprises ayant commis une infraction à la Loi sur les contrats des organismes publics.
Le coût de cet engagement est évalué à «plus ou moins 4 à 5 millions».
Le chef conservateur a convenu qu’il pouvait être «difficile de démontrer la culpabilité» d’un fonctionnaire ou d'un élu dans le dépassement de coût d’un projet. Mais «si on tenait pour acquis que c'est impossible, on n'aurait aucun tribunal et il n'y aurait pas de justice», a-t-il ajouté.
Le vote par anticipation aura lieu dimanche et lundi, tandis que le jour du scrutin est prévu le 5 octobre.
— Avec des informations de Patrice Bergeron, Stéphane Blais et Thomas Laberge de La Presse Canadienne
Frédéric Lacroix-Couture, La Presse Canadienne

