Nous joindre
National

L'équipe d'un scientifique canadien va s'installer sur la banquise de l'Arctique

L'équipe d'un scientifique canadien va s'installer sur la banquise de l'Arctique
Photo: La Presse Canadienne, 2026

Un scientifique installé à Terre-Neuve dirige une équipe internationale de chercheurs dont la mission consiste à ancrer délibérément leur vaisseau en forme de soucoupe dans la banquise arctique pendant plusieurs mois d’obscurité totale.

«Nous avons plus de 220 protocoles (de recherche) à mener (…) même si nous ne sommes que six scientifiques à bord, ce qui constitue une très bonne analogie avec la Station spatiale internationale», a indiqué Maxime Geoffroy, chercheur principal du projet et membre de l’Institut des pêches et des sciences marines de l’Université Memorial.

«L’idée est de couvrir autant que possible les différents aspects de l’écosystème arctique. Nous étudions donc l’atmosphère, la banquise et l’eau de l’océan. Et nous nous intéressons également à la pollution et à la microbiologie», a-t-il expliqué.

Les six scientifiques et les six membres d’équipage effectueront la première mission de huit mois à bord de la station de recherche polaire Tara, un navire en forme de soucoupe recouvert d’aluminium, spécialement conçu pour être directement pris dans la banquise arctique.

Il dérivera ensuite à travers la région, poussé par les courants de la banquise.

S’exprimant récemment depuis le dernier port d’escale de la plateforme, dans le nord de la Norvège, M. Geoffroy a expliqué que le projet consistait à ancrer le navire dans la dérive transpolaire, qu’il décrit comme une sorte de tapis roulant de glace se déplaçant à travers l’Arctique.

Ce projet s’apparente à celui que le chercheur norvégien Fridtjof Nansen avait tenté en 1893, en ancrant son navire en bois dans la glace dans l’espoir que celui-ci transporte l’équipage jusqu’au pôle Nord géographique.

Le navire n’a jamais atteint son objectif, mais a recueilli une multitude de données scientifiques au cours de son voyage.

M. Geoffroy, seul Canadien à bord, a précisé que l’expédition de M. Nansen a duré plus de trois ans, mais que cette nouvelle version ne durera que 15 à 18 mois.

Son équipe restera à bord pendant les huit premiers mois, période durant laquelle une grande partie de l’Arctique connaît 24 heures d’obscurité.

Un nouvel équipage prendra la relève lorsque la lumière reviendra, et les équipages suivants se relayeront tous les trois mois jusqu’à ce que la plateforme soit libérée de la glace.

Plus de 80 chercheurs principaux issus de 13 pays attendent ces données.

Le navire est équipé de caméras, de plusieurs systèmes de sonar permettant de mesurer tout, des courants à la répartition des poissons, d’équipements pour prélever des échantillons de banquise et de bouteilles pouvant être fermées à différentes profondeurs océaniques afin de capturer les organismes vivant dans ces zones.

Il est également équipé d’un petit véhicule télécommandé destiné à explorer sous la banquise, ainsi que d’un ballon météorologique qu’il peut lancer dans l’atmosphère.

«Nous disposons donc d’une plage de mesure (…) allant d’un kilomètre au-dessus de la banquise à deux kilomètres en dessous», a souligné M. Geoffroy.

Le projet est supervisé par la Fondation française Tara Océan, une association d’intérêt public dédiée à l’étude des océans. Cette fondation est observatrice officielle auprès des Nations unies et dispose d’un budget annuel d’environ 6,6 millions d’euros (plus de 10 millions $).

Les recherches personnelles de M. Geoffroy portent principalement sur l’écologie des poissons et du zooplancton dans la région. Il souhaite déterminer combien il y a de poissons dans l’Arctique, ce qu’ils mangent et quelle est la teneur en graisse de leurs proies.

À terme, ces recherches pourraient aider à déterminer si l’Arctique est en mesure de soutenir une pêche commerciale. Il a ajouté que la région fait l’objet d’un moratoire de pêche de 16 ans signé par de nombreux pays pêcheurs.

Plus largement, le projet se penchera sur la biodiversité et sur la manière dont les animaux évoluent et s’adaptent à un environnement aussi extrême.

Par exemple, l’un des programmes étudiera les protéines antigel présentes dans les cellules de différents organismes, ce qui, selon M. Geoffroy, pourrait indiquer que la vie a vu le jour dans la banquise.

M. Geoffroy a déjà effectué une expédition en kayak à deux à travers le passage du Nord-Ouest, mais que cette expédition sera la plus isolée qu’il ait jamais connue.

Des conditions de travail extrêmes

Les scientifiques et les membres d’équipage ont tous une expérience de l’Arctique et ont été sélectionnés pour la complémentarité de leurs compétences.

Ils ont subi des examens médicaux et psychologiques afin de s’assurer qu’ils seraient capables de supporter l’isolement, l’obscurité permanente, la charge de travail et les conditions environnementales extrêmes.

Ils ont également participé à des séminaires sur la gestion des tensions et des conflits.

M. Geoffroy a fait savoir qu’il y a à bord de grands congélateurs contenant la quasi-totalité des provisions de l’expédition. Ces congélateurs seront remplis d’échantillons scientifiques au fur et à mesure que l’équipage consommera ses provisions et que de l’espace se libérera.

Il a ajouté que le navire français compte un cuisinier français à son bord, ce qui laisse présager une cuisine de premier ordre.

Devin Stevens, La Presse Canadienne