L'étiquetage obligatoire de la viande de porc génétiquement modifiés réclamé

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Par La Presse Canadienne, 2026
HALIFAX — Un groupe de défense composé d'agriculteurs et d'organisations environnementales souhaite que Santé Canada impose l'étiquetage obligatoire de la viande de porc provenant de porcs génétiquement modifiés.
Plus tôt cette année, l'agence fédérale a approuvé la vente de porcs génétiquement modifiés à des fins alimentaires. Ces porcs sont résistants au virus du syndrome reproducteur et respiratoire porcin, appelé PRRSV.
«En s'attaquant au PRRSV chez les porcs, les agriculteurs devraient pouvoir prévenir les maladies graves et la mortalité dans leurs troupeaux, réduire le recours aux antibiotiques et améliorer le bien-être des animaux», a déclaré Santé Canada dans un courriel adressé à la Presse canadienne.
En janvier, Santé Canada a publié une déclaration indiquant que ces porcs ne «présentent pas de risque plus élevé pour la santé humaine que les porcs actuellement disponibles» et a ajouté qu'il n'y a «aucune différence dans la valeur nutritionnelle des porcs résistants au PRRSV par rapport aux autres porcs».
«Comme Santé Canada n'a trouvé aucun problème de santé ou de sécurité, aucun étiquetage spécial n'est requis pour les aliments provenant de ces porcs résistants au PRRSV», a indiqué l'agence.
En fait, mis à part la suppression d'une partie du gène sensible à l'infection par le PRRSV, ces porcs sont identiques aux autres porcs élevés actuellement dans les fermes canadiennes, selon Santé Canada.
Mais c'est là que réside le problème, selon Lucy Sharratt, coordinatrice du Réseau d'action en biotechnologie du Canada.
«Si (un porc génétiquement modifié) est effectivement mis sur le marché, les Canadiens ne sauront pas où le trouver dans les rayons des magasins d'alimentation», a affirmé Mme Sharratt lors d'une entrevue.
«Les sondages d'opinion publique au Canada montrent que plus de 80 % des Canadiens veulent simplement savoir où se trouvent les aliments génétiquement modifiés, a expliqué Mme Sharratt. Cela fait maintenant 25 ans que les aliments génétiquement modifiés sont commercialisés quelque part, et pourtant, les gens veulent toujours un étiquetage.»
La loi canadienne n'exige pas d'étiquettes pour identifier les aliments génétiquement modifiés, mais il existe une norme volontaire pour les entreprises qui choisissent d'étiqueter leurs produits alimentaires.
Si cette viande de porc est commercialisée, elle sera la seule viande génétiquement modifiée en vente au Canada, selon le CBAN.
Une lettre envoyée la semaine dernière à la ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel, indique que l'étiquetage obligatoire est «essentiel» car la technologie qui a permis de créer des porcs résistants au PRRSV pourrait conduire à l'autorisation de la vente au détail d'autres aliments génétiquement modifiés.
Si le groupe critique l'inefficacité de l'étiquetage volontaire, il affirme que la situation va empirer dans les mois à venir, car l'Office des normes générales du Canada, l'organisme responsable des normes d'étiquetage, fermera ses portes le 31 mars. La lettre indique que l'avenir des normes est incertain.
«Le gouvernement renvoie les Canadiens à l'étiquetage volontaire tout en démantelant l'institut qui héberge cette norme d'étiquetage», a indiqué Mme Sharratt dans un communiqué publié sur le site internet du CBAN.
La lettre a été signée par des membres du Réseau d'action sur la biotechnologie au Canada, de l'Union nationale des agriculteurs, de Safe Food Matters et d'autres organisations.
René Roy, président du Conseil canadien du porc et producteur de porcs basé au Québec, estime que les consommateurs ne veulent pas de porc génétiquement modifié dans leur assiette. Il affirme qu'il n'élèvera pas de porcs résistants au PRRSV dans sa propre ferme.
«Nous ne sommes pas convaincus que les consommateurs, non seulement les Canadiens, mais aussi le reste du monde, seraient à l'aise d'acheter ce produit. C'est ce que nous pensons actuellement.»
Certains craignent que l'introduction de porcs génétiquement modifiés sur le marché ne rende plus difficile le maintien de la confiance des consommateurs, à moins qu'ils ne choisissent d'étiqueter leur propre porc.
La société québécoise duBreton est certifiée biologique aux États-Unis et au Canada, et certifiée pour le bien-être animal. Le président de la société, Vincent Breton, affirme que les producteurs qui ressentent le besoin de prouver que leur porc n'est pas génétiquement modifié devront en supporter le coût.
Emily Baron Cadloff, La Presse Canadienne