La chaleur limite de plus en plus les activités extérieures, dit une étude

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Le réchauffement climatique réduit de plus en plus le nombre d'heures pendant lesquelles on peut s'activer à l'extérieur en toute sécurité, prévient une nouvelle étude.
Et on ne parle pas ici de courir un marathon ou d'une séance de crossfit: il devient de plus en plus compliqué de trouver un moment «sécuritaire» pour pratiquer des activités aussi simples que le jardinage ou le vélo en toute sécurité, surtout pour les aînés, disent les chercheurs américains.
«On parle souvent des dangers de mourir ou de se retrouver à l'hôpital (en raison de la chaleur), mais ça, c'est seulement la pointe de l'iceberg, a dit le professeur Daniel Gagnon, un spécialiste de l'impact de la chaleur sur la santé cardiovasculaire à l'Institut de cardiologie de Montréal.
«On oublie qu'il y a plein d'autres choses qui peuvent être affectées par une forte chaleur. Et dans ce cas-ci, on parle de notre capacité à aller pratiquer des activités physiques de plaisir à l'extérieur, des activités physiques de la vie quotidienne.»
Il s'agit donc de conclusions qui sont «beaucoup plus applicables à la population en général que spécifiquement des sportifs de haut niveau qui feraient leur compétition à l'extérieur», a-t-il souligné.
L'équipe de l'Université de l'Arizona à Tempe a combiné des données de chaleur et d'humidité compilées depuis 1950 pour procéder à une simulation informatique de la capacité d'un humain normal à réguler sa température corporelle à l'ombre.
Les chercheurs ont ensuite déterminé à quel moment et dans quelles conditions la chaleur et l'humidité rendaient dangereuse la pratique d'activités physiques modérées, ou d'activités plus intenses que se rendre à l'épicerie à pied ou balayer le balcon, pour des adultes de différents âges.
Les scientifiques préviennent ainsi que 80 % de la population mondiale habite des régions où la chaleur et l'humidité limitent grandement l'activité extérieure des aînés, du moins pendant une certaine partie de l'année, comparativement à 35 % pour les jeunes adultes.
Concrètement, ajoutent-ils, «un jeune adulte moyen subit aujourd’hui environ 50 heures par an de restrictions importantes de son confort de vie liées à la chaleur (tandis qu'une) personne âgée moyenne subit environ 900 heures par an de restrictions importantes de son confort de vie».
Pire encore, poursuivent les chercheurs, «selon nos estimations, environ 1,1 % de la population mondiale vit actuellement dans des zones où les conditions sont jugées potentiellement compatibles avec la survie, mais 'invivables' pour les jeunes adultes, et environ 24,5 % de la population mondiale vit dans des zones où les conditions sont jugées 'invivables' pour les personnes âgées».
Cela est particulièrement vrai au Moyen-Orient ou dans les pays d'Asie du Sud ou du Sud-Est.
Plus près de nous, les aînés américains doivent aujourd'hui composer, chaque année, avec environ 270 heures de conditions dangereuses, soit une augmentation d'environ 70 heures depuis les années 1950. Les chercheurs soulignent toutefois qu'il s'agit d'une moyenne, puisque la situation en Arizona ou au Texas ne sera évidemment pas la même que dans le Maine ou au New Hampshire.
Mais dans certains pays, disent les auteurs, «la température ambiante et l'humidité pourraient déjà limiter considérablement les activités en plein air à l'ombre pour les personnes âgées pendant environ un quart à un tiers de toutes les heures de l'année».
«Notre analyse montre que, dans de nombreux pays, même une activité d'intensité faible à modérée à l'ombre n'est pas possible sans un stress thermique potentiellement irrémédiable, ce qui rend ces régions 'invivables' (impossibles d'y pratiquer une activité) pendant les périodes les plus chaudes de l'année, et encore bien moins d'y travailler, sans ce stress thermique irrémédiable», préviennent-ils.
Ces données quantifient le nombre d'heures qui sont déjà «perdues» en raison de la chaleur, a dit Daniel Gagnon, et on peut s'attendre à ce qu'il y en ait de plus en plus, donc ça «nous force à réfléchir aux défis auxquels on va faire face de plus en plus fréquemment dans les prochaines années».
Si on veut que les gens demeurent actifs, a-t-il poursuivi, il faudra y aller de recommandations «relativement simples pour monsieur et madame Tout-le-monde».
«Si aujourd'hui il fait X degrés avec tant de pour cent d'humidité et que je veux aller faire ma marche dans le parc, est-ce que c'est correct oui ou non, et qu'est-ce que je devrais faire, a dit le professeur Gagnon. Il faut qu'on arrive avec des outils pour que les gens puissent s'outiller et se prendre en main.»
Ces données pourraient aussi combattre la procrastination en rappelant à la population de profiter des journées «sécuritaires» pour s'activer à l'extérieur, puisque les suivantes ne le seront pas nécessairement.
«Ça pourrait aider les gens à réorganiser leurs activités physiques pour favoriser des journées qui sont moins intenses du point de vue de la chaleur», a conclu M. Gagnon.
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal Environmental Research: Health.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne