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La popularité de la marque montréalaise Matières Fécales prend Hollywood

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8 août 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

La marque derrière les moments les plus spectaculaires dernièrement dans la mode n'est pas aussi délicate que ses looks romantiques d'outre-monde. Lorsqu'une Zendaya d'apparence éthérée s'est fait demander ce qu'elle portait à la première du film «L'Odysée», son styliste Law Roach a répondu: «Matières fécales.»

La robe bustier angélique de Zendaya, ornée d’ailes blanches en plumes, était l’œuvre de cette maison de haute couture basée à Paris et fondée à Montréal il y a plus de dix ans, qui semble désormais partout.

Le duo à l’origine de Matières fécales, Steven Raj Bhaskaran et Hannah Rose Dalton, s’est donné pour mission de bouleverser les codes de la beauté grâce à leur style personnel. Aux allures extraterrestres, le duo arbore un maquillage blanc spectaculaire, des têtes et des sourcils rasés, ainsi que des bottes en peau conçues pour ressembler à s’y méprendre à de vrais pieds.

Bhaskaran et Dalton ont lancé la marque alors qu’ils étaient étudiants au Collège LaSalle de Montréal, passant de la distribution de leurs créations sur la plateforme de vente d’occasion Depop à la présentation de leurs collections à la Semaine de la mode de Paris. Les créateurs ont expliqué que le nom reflétait leur vision de l’industrie de la mode, une perspective qu’ils avaient initialement résumée par un mot plus vulgaire.

Bhaskaran a déclaré au balado «Fashion Neurosis» en mars que ce nom visait également à «remettre en question le côté gaspilleur de la mode».

Malgré ce nom choquant, les icônes de la mode, de Lady Gaga à Kylie Jenner, adoptent leurs créations.

«Il y a dans leur travail une belle tension entre la finesse et la décomposition, entre la force et la douceur», soutient le styliste de célébrités Brad Goreski à l’Associated Press.

Et après avoir passé des années à se constituer une communauté de fidèles, ils ont été pris sous l’aile de Dover Street Market en 2024, après avoir rencontré pour la première fois son président, Adrian Joffe, dans les coulisses d’un concert de Madonna. Ce réseau mondial de magasins offre aux marques émergentes un soutien à leur développement, de la production à la distribution en passant par la vente.

L'ingrédient secret

Kristen Bateman, journaliste de longue date spécialisée dans la mode et la culture, qui a assisté aux trois défilés des créateurs lors de la Semaine de la mode de Paris, croit que leur ascension était portée par le désir de l’industrie de découvrir quelque chose de nouveau.

«Quand on regarde les grandes marques de haute couture, comme Chanel et Dior, tout commence en quelque sorte à se confondre, a-t-elle dit. Et cette marque donne l’impression d’appartenir à une catégorie à part. On ne peut pas la reproduire.»

Milan Tanedjikov, professeur de design au Collège LaSalle de Montréal, a suivi de près l’ascension de Dalton et Bhaskaran et affirme qu’ils ont enfin trouvé l’équilibre entre leur art et la mode.

«Ensemble, ils ont créé une sorte d’organisme très intéressant», a-t-il dit.

En mars, lors de leur deuxième présence consécutive à la Semaine de la mode de Paris, le duo a dévoilé sa collection «Le un pour cent», avec des modèles portant des gants d’opéra tachés de peinture rouge et portant des masques de billets d’argent devant leurs yeux.

Ça a été un contraste brutal avec les milliardaires assis dans les premiers rangs d'autres défilés. Cette année, à l’occasion du Met Gala, où Jeff Bezos était président d’honneur, Sarah Paulson a porté une robe grise en tulle effilochée issue de la collection. Elle a aussi porté le masque en argent du billet.

«Au plus profond d’eux-mêmes, ce qui les anime, c’est la liberté d’expression absolue, et ils veulent repousser les limites de ce qu’est l’humain», a dit M. Tanedjikov.

Beatrice Dupuy, The Associated Press