Le Canada a l'expertise pour améliorer les soins médicaux des missions spatiales

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La médecine spatiale est appelée à se transformer à mesure que les missions sont plus complexes et surtout la distance à parcourir plus grande. L'astronaute québécois David Saint-Jacques croit que le Canada pourrait certainement apporter son expertise médicale dans de futures explorations de l'espace.
Des missions spatiales habitées de la Lune, et un jour sur Mars, sont prévues à moyen et à long terme. La mission Artemis II est une étape préliminaire, qui prévoit un survol habité de la Lune le 6 mars prochain (après que la NASA eut annoncé un report en février en raison de fuites d'hydrogène liquide). L'astronaute canadien Jeremy Hansen fait d'ailleurs partie de l'équipage. En 2027, la mission Artemis III prévoit un alunissage habité. La NASA n'a pas envoyé d'astronautes sur la Lune depuis le programme Apollo, dans les années 1970.
«Pour le programme Artemis, de retour sur la Lune, c'est un programme d'une série de missions de complexité grandissante. Les premières missions où on est rendu présentement, ce n'est pas encore très compliqué. Il n'y a pas de grands besoins en termes médicaux. Mais quand on va arriver à réfléchir à des missions pour lesquelles clairement c'est important d'améliorer les soins médicaux, c'est là que la décision va se prendre: ''qui s'occupe de ça?" Et moi, j'espère que le Canada va lever la main», confie en entrevue avec La Presse Canadienne l'astronaute David Saint-Jacques.
À l'intérieur de l'Agence spatiale canadienne (ASC), ce dernier observe fièrement une reproduction grandeur nature du Canadarm2, la principale contribution du Canada à la Station spatiale internationale. «C'est le robot qui a bâti la station spatiale, souligne-t-il. Ça fait des décennies qu'on bâtit la confiance. Et on est rendu à un point maintenant où le Canada est vraiment un des joueurs principaux d'un programme spatial international et on a une bonne réputation.»
Développer des tests de diagnostic autonomes
Il deviendra essentiel d'améliorer l'autonomie médicale des astronautes pour des missions plus lointaines. L'ASC, comme d'autres agences spatiales, a réalisé qu'il y a une sorte de «trou» dans les prochaines missions sur cet enjeu. Or, le Canada possède un atout. Il a un système public de santé qui dessert un vaste territoire, dont plusieurs communautés en régions éloignées, un type de médecine qui se rapproche de la médecine dans l'espace.
David Saint-Jacques en sait quelque chose. Il a pratiqué la médecine quelque temps dans le village inuit de Puvirnituq, au Nunavik. Des années plus tard, alors qu'il était médecin responsable à bord de la Station spatiale internationale, c'est là qu'il a constaté les ressemblances. «C'est une des choses qui m'a frappé, à quel point j'étais dans le même état d'esprit, raconte-t-il. C'était un peu la même job, avec les mêmes tracas. Je n'ai pas tous les outils dont je pourrais rêver comme médecin. Il faut que je m'arrange avec ce que j'ai. Peut-être que je peux appeler quelqu'un pour des conseils s'il le faut, mais ils ne viendront pas m'aider.»
Selon David Saint-Jacques, le Canada doit saisir l'opportunité de faire progresser la recherche en médecine spatiale «comme une excuse» pour augmenter le niveau d'autonomie de sa population en matière de santé. «Cette notion d'amener les soins de santé aux patients, et non pas le contraire, c'est ce dont on rêve tous. C'est un peu l'avenir de la médecine, et c'est ce dont on a besoin dans l'espace. Les agences spatiales peuvent, en stimulant la recherche en modernisation des soins de santé, indirectement améliorer l'offre de santé pour tout le monde.»
L'astronaute assure que le Canada travaille à développer l'autonomie médicale depuis longtemps, notamment des outils de diagnostic autonomes. «On n'est pas périphérique dans cette arène des soins de santé dans l'espace. On est vraiment une des agences les plus avancées dans notre réflexion et dans notre développement de technologies», dit-il.
Améliorer la pratique médicale grâce à l'IA
En janvier, quatre membres de l'équipage de la capsule Crew Dragon de SpaceX ont été évacués de la Station spatiale internationale en raison d'un problème médical de l'un des membres. Pour David Saint-Jacques, cet événement a démontré que les protocoles fonctionnent. «Je trouve ça rassurant de voir que, malgré tout le trouble que ça a été de les faire revenir d'avance, puis d'essayer de faire partir le prochain équipage un peu plus tôt, la bonne décision a été prise. C'est rassurant de voir que le système en est arrivé à la bonne décision qui priorise la sécurité et la santé des équipages.»
Pour les missions Artemis, l'équipement médical à bord sera différent, puisqu'il faut parcourir une plus grande distance pour se rendre à la Lune. «Dans un vaisseau spatial, chaque fois que tu amènes une pièce d'équipement, ça pèse quelque chose, et ça, c'est du carburant que tu n'amènes pas, c'est de l'eau ou de l'oxygène que tu n'amènes pas, c'est une expérience scientifique que tu ne pourras pas faire. Donc, on essaie toujours d'amener le moins possible», explique David Saint-Jacques.
Actuellement, on envoie dans l'espace des personnes entraînées, en très bonnes conditions de santé. S'il y a un problème urgent, l'équipage peut revenir sur Terre. «Ces hypothèses vont changer. Plus tu vas loin, plus c'est difficile d'imaginer revenir», pointe-t-il.
De plus, pour d'éventuelles missions sur Mars, il ne sera plus possible de parler «en direct» avec un médecin. Comme la communication peut aller aussi vite que la vitesse de la lumière, le délai de réponse sera d'environ 15 minutes. L'astronaute québécois croit que l'intelligence artificielle (IA) pourrait s'avérer utile, notamment pour aider les astronautes à prendre les bonnes décisions médicales dans une situation d'urgence.
Ces atouts de l'IA pourraient aussi servir sur Terre, par exemple pour des infirmières qui sont toutes seules dans de petites communautés isolées. «Le modèle va changer parce que la nature des missions va changer et le Canada est vraiment bien positionné pour saisir cette opportunité, pour améliorer l'offre et moderniser la médecine comme on la connaît», conclut David Saint-Jacques.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne