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Le Canada risque de perdre ses experts en IA, selon des instituts spécialisés

durée 18h30
21 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Le Canada doit agir pour conserver son leadership international dans la recherche sur l'intelligence artificielle (IA) face à une course mondiale aux talents qui a atteint son paroxysme, ont averti les instituts nationaux d'IA au gouvernement l'été dernier.

Ils ont signalé que le financement d'un programme clé était en voie d'être épuisé et ont indiqué au gouvernement fédéral qu'il devait le reconstituer afin de conserver les meilleurs spécialistes en IA au pays.

«Une guerre mondiale sans précédent pour les talents en IA est en cours, ce qui exige une réponse immédiate et ferme de la part du gouvernement fédéral afin de conserver les talents existants en IA et d'élargir notre base d'expertise en IA», ont-ils écrit.

L'Institut canadien de recherches avancées (CIFAR) et les trois instituts nationaux canadiens spécialisés dans l'IA ont formulé cette demande dans une lettre datée de juillet et dans un document d'information obtenus par La Presse Canadienne grâce à une demande d'accès à l'information.

Le gouvernement libéral s'est vanté du leadership du Canada dans la recherche en IA, qui compte deux figures de proue dans ce domaine. Cette force nationale en matière de recherche fondamentale est un sujet de conversation récurrent pour le ministre de l'Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon.

«La concurrence pour recruter les meilleurs chercheurs, ingénieurs et entrepreneurs en IA a atteint son paroxysme, sous l'impulsion des géants du secteur privé et des stratégies agressives des pays», ont déclaré les organisations.

Le CIFAR et les trois instituts nationaux d'IA — Mila, Vector et Amii — ont informé le gouvernement que le financement d'un programme national de chaires de recherche en IA allait prendre fin, privant ainsi le Canada d'un moyen de recruter des talents après le 31 mars 2026.

Le CIFAR compte 126 chaires de recherche en IA dans 17 universités réparties dans six provinces. «Parmi ces chercheurs figurent des leaders mondiaux, tels que le lauréat du prix Nobel Geoffrey Hinton et les lauréats du prix ACM Turing Yoshua Bengio et Richard Sutton. Par chercheur, les chaires de CIFAR en IA du Canada sont le troisième groupe de recherche en IA le plus influent au monde», ont souligné les groupes.

Ils ont fait valoir que les chaires de recherche canadiennes se classaient juste derrière Google et les instituts Max Planck, et devant Meta, le MIT, Oxford, Stanford et Tsinghua, ainsi que de nombreux autres.

Le calibre de ces chercheurs fait en sorte qu'ils sont la cible «d'efforts de recrutement de la part d'institutions et d'entreprises étrangères qui leur font des offres financièrement généreuses», ont rapporté les groupes. Ils ont noté que, ces dernières années, des chaires de recherche ont rejoint xAI d'Elon Musk, l'ETH Zurich et le MIT.

Ils ont déclaré que le programme, «qui a toujours été un atout historique pour attirer et former des talents dans le domaine de l'IA, est aujourd'hui soumis à une pression énorme».

«Sans une réponse stratégique et soutenue, la capacité du Canada à retenir ces esprits brillants et, par extension, leurs innovations et les avantages économiques correspondants qu'ils apportent, sera compromise», ont-ils ajouté.

Le document avertit que les cycles de recrutement universitaire impliquent que les chercheurs commencent à chercher un poste neuf à douze mois à l'avance, ce qui signifie que les décisions concernant les emplois en 2026-2027 sont prises dès maintenant.

«Les meilleurs talents en IA au Canada ont donc besoin d'un signal fort et immédiat de la part du gouvernement pour planifier leur future carrière ici et les inciter à réfléchir avant d'accepter des offres internationales agressives», ont-ils déclaré.

En attente d'une stratégie nationale

Ces groupes ont demandé un complément de 186 millions $ sur dix ans, dans le cadre d'un fonds de 434 millions $ qui servirait également à soutenir les entreprises en phase de démarrage dans le domaine de l'IA et la commercialisation, selon une note d'information préparée pour M. Solomon.

Les groupes ont fait valoir que le retard du Canada en matière de commercialisation fait également partie du problème.

«Le gouvernement fédéral investit des millions de dollars dans la recherche, mais ne facilite pas suffisamment la création d'entreprises de technologie de pointe en phase de démarrage lorsque celles-ci choisissent de quitter le laboratoire pour entrer dans l'écosystème des jeunes pousses», ont déploré les groupes.

«Cet écart entre la recherche de pointe et les entreprises commerciales signifie que la propriété intellectuelle développée au Canada et les talents qui la sous-tendent quittent souvent le pays.»

Elissa Strome, directrice générale de la stratégie pancanadienne en matière d'IA à l'Institut canadien de recherches avancées, a déclaré dans un courriel qu’elle attendait que le gouvernement publie sa nouvelle stratégie en matière d'IA avant de faire des commentaires. Amii, Mila et Vector n'ont quant à eux pas répondu.

La lettre a été envoyée au gouvernement avant le budget fédéral déposé en novembre dernier, qui ne prévoyait pas le financement en question. Les deux versions précédentes de la stratégie nationale en matière d'IA prévoyaient un financement pour ces organisations.

Le directeur des communications du ministre Solomon a également fait référence à la stratégie nationale mise à jour dans sa réponse.

«Les décisions relatives au renouvellement ou à la prolongation de programmes spécifiques, y compris le programme des chaires de l'Institut canadien de recherches avancées en IA, sont examinées dans le cadre des travaux plus larges en cours sur la stratégie nationale actualisée en matière d'IA. Ces travaux se poursuivant, aucune décision n'a été annoncée pour l'instant», a déclaré Peter Wall.

Aucune date n'a été fixée pour la publication de cette stratégie.

Anja Karadeglija, La Presse Canadienne