Le CHUM participe à un vaste essai clinique que les AVC hémorragiques

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Une molécule qui fait actuellement l'objet d'un essai clinique au Centre hospitalier de l'Université de Montréal pourrait un jour révolutionner la prise en charge et la trajectoire des patients frappés par un accident vasculaire cérébral hémorragique.
L’étude FASTEST cherche à déterminer si l'administration en urgence du rfVIIa ― idéalement dans les deux heures suivant l'apparition des premiers symptômes d'AVC ― pourrait freiner l'ampleur du saignement dans le cerveau, et du fait même améliorer les chances de récupération à long terme.
«Chaque minute compte face à un saignement aigu, a dit la docteure Laura Gioia, une neurologue vasculaire du CHUM qui y dirige l'essai clinique. Et une fois qu'il y a une rupture d'une artère qui provoque le saignement cérébral, dans 30 % des cas, il y aura une deuxième hémorragie, habituellement dans les deux ou trois premières heures.»
Le but, a-t-elle ajouté, est donc de profiter de cette «fenêtre thérapeutique» pour essayer de prévenir la deuxième hémorragie, afin de limiter la taille de l'hématome qui se forme dans le cerveau.
En réponse à une hémorragie, a expliqué la docteure Gioia, le corps déclenche une «cascade de coagulation» pour stopper le saignement. Le médicament rfVIIa agit pour accélérer cette réaction en chaîne. Il est d'ailleurs déjà utilisé, notamment, pour le traitement de certaines complications de l'hémophilie.
«Dans les saignements intracérébraux, on utilise des doses pharmacologiques très élevées dans le but d'amplifier cette réponse (de coagulation) pour arrêter le saignement et prévenir l'expansion de l'hématome le plus rapidement possible», a dit la docteure Gioia.
L'administration d'un tel médicament augmente évidemment le risque de voir des caillots se former ailleurs, a-t-elle reconnu, mais les essais réalisés jusqu'à présent indiquent qu'il s'agit d'un risque acceptable.
L'AVC hémorragique ne représente que de 10 à 15 % de tous les AVC (les autres étant des AVC ischémiques). Environ le tiers des patients décéderont dans les 30 jours suivant l'AVC, et jusqu'à la moitié dans l'année suivante. Les survivants devront habituellement composer avec des séquelles neurologiques importantes.
Si les résultats sont concluants, il s’agirait du tout premier médicament efficace pour ce type d’AVC. Et le temps commence à presser, a prévenu la docteure Gioia.
«On pense qu'avec le temps, avec le vieillissement de la population et avec l'utilisation des anticoagulants, que l'incidence de nouveaux cas va augmenter», a-t-elle dit.
La clé demeure toutefois la rapidité de l'intervention et de la prise en charge des patients, a rappelé la docteure Gioia, qui admet que seule une minorité des 1200 patients que le CHUM voit chaque année pour un AVC arrive dans les deux heures suivant les premiers symptômes.
En ce moment, tous les tests nécessaires peuvent être faits dans les vingt minutes qui suivent l'arrivée du patient. Mais on pourrait peut-être faire encore mieux en amorçant la prise en charge carrément à bord de l'ambulance afin d'économiser de précieuses minutes, a dit la docteure Gioia.
«Actuellement, on est incapables de savoir si c'est un AVC ischémique ou un saignement dans l'ambulance, a-t-elle conclu. Mais si on y arrive avec de nouvelles technologies, on pourrait commencer les démarches avant (que les patients) viennent chez nous (...) et on sauve ces vingt minutes, parce que chaque minute compte.»
Au total, cet essai de grande envergure prévoit inclure 860 patients à travers le monde, dans une centaine de centres capables d’intervenir très rapidement.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne