Le discours de Mark Carney à Davos suscite des éloges et des appels à l'action

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — L'appel lancé à Davos par le premier ministre Mark Carney aux puissances moyennes — afin qu'elles s'unissent contre la coercition économique des grandes puissances — recueille un certain soutien multipartite au pays et suscite l'intérêt partout dans le monde.
Le discours, qui, selon le cabinet du premier ministre, a été rédigé par M. Carney lui-même, brosse un tableau sombre d'un monde où les puissances mondiales utilisent de plus en plus leur domination économique à des fins de coercition politique, et où des pays comme le Canada ne peuvent plus prétendre que les choses resteront telles qu'elles étaient auparavant.
«Dans un monde marqué par la rivalité entre les grandes puissances, les pays intermédiaires ont le choix : soit se faire concurrence pour obtenir des faveurs, soit s’unir pour créer une troisième voie qui aura du poids», a-t-il déclaré dans un discours qui a suscité une ovation au Forum économique mondial de Davos et de nombreuses réactions à travers le Canada.
«Ce qui est important dans ce qu'il a dit, c'est qu'il faut essayer de diversifier nos marchés ailleurs qu'aux États-Unis; et c'est important aussi de tabler sur nos forces. Entre autres, il a parlé des minéraux critiques, je suis d'accord avec ça», a déclaré aux journalistes le premier ministre du Québec, François Legault.
Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, a fait écho au message de M. Carney lors d'une conférence de presse à Toronto mercredi.
«Avant même que le premier ministre Carney ne soit élu l'année dernière, je disais déjà à la population canadienne: "Nous devons diversifier nos échanges commerciaux, nous devons trouver de nouveaux partenaires dans le monde entier, des partenaires fiables"», a affirmé M. Ford.
Mark Carney n'a pas directement mentionné les États-Unis et le président Donald Trump dans son discours, mais il était clair que le bouleversement économique mondial provoqué par les droits de douane imposés par M. Trump était la cible des commentaires du premier ministre sur le recours «aux droits de douane comme levier. À l’infrastructure financière comme moyen de coercition. Aux chaînes d’approvisionnement comme vulnérabilités à exploiter».
Ce discours a suscité une réprimande directe de la part de M. Trump, qui a déclaré mercredi dans son propre discours au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, que le Canada «devrait être reconnaissant» envers les États-Unis.
«Le Canada existe grâce aux États-Unis. Souvenez-vous en, Mark, la prochaine fois que vous ferez des déclarations.»
Au Canada, d'anciens députés de divers horizons politiques ont déclaré que le discours de M. Carney présentait une image fidèle de la position du Canada face à l'instabilité de la scène mondiale.
«Posez vos armes partisanes aujourd'hui et prenez un moment pour écouter ce discours et ce qu'il décrit. Nous vivons une période sans précédent», a déclaré l'ancien député conservateur et ministre James Moore sur X.
«(M. Carney) dit qu'il ne faut pas se laisser faire pour s'entendre avec les autres. Il est temps de se lever. Le Canada est uni en ce moment face à des niveaux de menace stupéfiants», a affirmé l'ancien député néo-démocrate Charlie Angus sur Facebook.
Appels à l'action
Dans une longue réponse en ligne, la députée conservatrice de l'Alberta Michelle Rempel Garner a écrit que les paroles du premier ministre devront s'accompagner de mesures concrètes pour renforcer l'armée et le développement des ressources du Canada.
«Le discours du premier ministre Carney ne doit pas être salué comme une victoire en soi. Il doit maintenant faire quelque chose de beaucoup plus difficile: fournir des détails concrets et pratiques sur la manière dont la classe politique au pouvoir au Canada va mobiliser la détermination, les ressources et l'urgence nécessaires pour sortir d'une décennie d'inertie», a écrit Mme Rempel Garner.
Le chef intérimaire du NPD, Don Davies, a déclaré dans un communiqué de presse qu’il approuvait l’orientation donnée par M. Carney dans son discours et qu'elle était «attendue depuis longtemps».
M. Davies a ajouté que le message du premier ministre était affaibli par le fait que son gouvernement envisageait de se joindre au système de défense antimissile «dôme doré» de M. Trump, qui n'a pas encore été construit, et d'abandonner la taxe sur les services numériques, à laquelle M. Trump et les entreprises technologiques américaines s'opposaient fermement.
«De plus, les réponses timides aux violations du droit international, de Gaza au Venezuela, sapent le message du Canada selon lequel l'état de droit doit être respecté tant par les forts que par les faibles», a fait valoir M. Davies.
Pouvoir d'influence canadien
Lauren Dobson-Hughes, directrice chez LDH Consulting, qui a travaillé pour le Parti travailliste britannique et conseillé l'ancien chef du NPD Jack Layton, a affirmé que M. Carney avait prononcé un discours «fondateur» qui dénonce une «diplomatie mafieuse».
Elle a cependant indiqué craindre que le Canada n'abandonne ses objectifs d'influence en matière de liberté, d'égalité et de démocratie au profit d'une politique étrangère axée sur l'économie, qui a vu Ottawa signer des partenariats stratégiques avec la Chine et le Qatar.
«Si c'est tout ce que nous faisons, simplement défendre des emplois et acheter du matériel militaire, c'est une spirale descendante. Où est la vision d'un monde que nous voulons créer, où les gens sont égaux et libres? Car après tout, ça doit bien être ce à quoi on œuvre», a interrogé Mme Dobson-Hughes.
«Je sais que cela peut sembler un peu naïf (...) mais nous vivons une période sombre et dangereuse. Et comme l'a dit Carney lui-même, le temps des petites idées est révolu.»
George Magnus, économiste au Centre chinois de l'Université d'Oxford, a reconnu sur les réseaux sociaux que M. Carney avait prononcé un discours «opportun» délivrant un message important aux publics en dehors des États-Unis et de la Chine.
Mais il a critiqué l'usage de références répétées de M. Carney à un essai anticommuniste écrit par l'auteur et ancien président de la République tchèque, Václav Havel, quelques jours seulement après que le premier ministre eut signé un partenariat stratégique avec Pékin.
«(M. Carney) a tendance à voir les États-Unis sous un jour très critique, mais pas la Chine, qui est tout aussi horrible, voire pire. Alors que les puissances moyennes tentent de suivre une voie, passer d'un mal vers un pire n'est pas très judicieux», a écrit M. Magnus sur X.
Le discours a suscité un vif intérêt international et a été relayé par la BBC, l'Australian Broadcasting Corporation, The Guardian, le journal espagnol El País, le magazine allemand Der Spiegel et Al Jazeera — tous des médias issus de pays pouvant être considérés comme des puissances moyennes.
Plusieurs médias américains ont également couvert le discours, notamment le Washington Post et le New York Times. Le Times a publié le discours de M. Carney dans son intégralité.
— Avec des informations de Morgan Lowrie à Montréal et d'Allison Jones à Toronto.
David Baxter, La Presse Canadienne