Le gras alimenterait des tumeurs plus agressives

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Une nouvelle étude publiée par des chercheurs américains renforce la notion qu'une alimentation riche en gras puisse favoriser le développement de tumeurs plus agressives, dans ce cas-ci de certaines tumeurs de cancer du sein.
Lors d'expériences en laboratoire, les chercheurs ont ainsi constaté qu'un cancer du sein triple négatif ― un type de cancer qui ne répond pas à la plupart des traitements conventionnels ― formait de petites excroissances creuses qui s'étendaient vers l'extérieur (une caractéristique des cancers agressifs) en réponse à une alimentation riche en acides gras et en cholestérol.
Les mêmes tumeurs ne présentaient aucune réaction particulière à quatre autres types d'alimentation.
«Ça raffine notre compréhension de l'impact de la diète et du métabolisme sur les mécanismes tumoraux, a expliqué le professeur David P. Labbé, qui est scientifique au sein du Programme de recherche sur le cancer à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill. C'est un pas en avant dans notre compréhension de ces interactions.»
L'équipe américaine a cultivé des centaines de tumeurs au fil des ans. La croissance des tumeurs n'était pas vraiment influencée par l'alimentation à laquelle on les exposait, mais la structure des tumeurs a changé en réaction à une alimentation riche en gras.
Dans ce cas, des cellules se sont déplacées du centre de la tumeur vers ses bordures. Les chercheurs ont aussi mesuré une production accrue du gène MMP1, qui est associé à une dégradation du collagène.
Aucun lien de causalité n'a été démontré, mais les chercheurs croient qu'une alimentation riche en gras permet possiblement aux tumeurs de dégrader leur environnement immédiat, ouvrant la porte à leur prolifération.
Une des auteures de l'étude, la professeure Celeste Nelson de l'université Princeton, a ainsi rappelé par voie de communiqué que le mot 'cancer' découle du mot latin pour 'crabe'. Les cancers agressifs, a-t-elle précisé, «possèdent ces tentacules, et ce sont leurs extrémités qui finissent par envahir nos tissus sains, se transformer en vaisseaux lymphatiques ou sanguins, s'échapper et former des métastases».
Les chercheurs ont par ailleurs admis avoir été «surpris» de constater qu'un régime cétogène n'a pas eu d'effet protecteur apparent sur les cellules.
«Plusieurs études ont suggéré que des taux élevés de glucose accélèrent la prolifération des cellules cancéreuses et favorisent leur migration, ou qu'un régime cétogène ralentit la croissance tumorale, écrivent ainsi les auteurs. Cependant, nous n'avons pas observé ces effets dans nos conditions de taux élevés de glucose et de cétones.»
Le professeur Labbé ― dont les propres travaux ont démontré, en 2024, qu'une alimentation riche en gras saturés pouvait favoriser la prolifération du cancer de la prostate dans des modèles animaux ― rappelle toutefois que le cancer est un ennemi à plusieurs faces, et qu'il est donc impossible de généraliser les résultats qu'on obtient.
«Il n'y a pas 'un' cancer, a-t-il dit. Il y a 'plusieurs' cancers. Juste pour le cancer du sein, on a quatre sous-types différents. Est-ce que tous les cancers du sein triple négatif vont réagir de la même manière? Ça demeure non résolu dans cette étude-là.»
En ce qui concerne la présence des graisses saturées dans l'alimentation, il n'est certainement pas nécessaire de rappeler que leurs effets délétères sur la santé, notamment sur le système cardiovasculaire, sont solidement documentés.
Le fait qu'elles puissent possiblement aussi contribuer à un cancer du sein plus agressif ne devrait donc pas peser trop lourd dans la balance d'une femme que ça inquiéterait et qui déciderait d'en manger le moins possible.
«Les données qu'on a au niveau des maladies cardiovasculaires ou métaboliques (...) sont tellement fortes que je ne le ferais pas nécessairement pour diminuer le risque de progression ou développer un cancer triple négatif, a dit le professeur Labbé. Je le ferais pour la santé en général et puis pour vivre en forme le plus longtemps possible.»
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal APL Bioengineering.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne