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Les aliments ultra-transformés pourraient nuire à la fécondité des femmes

durée 10h37
31 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Les femmes qui espèrent tomber enceintes devraient probablement limiter au maximum leur consommation d'aliments ultra-transformés, prévient une nouvelle étude qui conclut que ces aliments peuvent interférer avec la fécondité.

Les femmes qui consommaient le moins de ces aliments étaient en effet celles qui avaient les meilleures chances de tomber enceintes, une association qui persistait même en tenant compte de facteurs comme l'âge, le poids, le style de vie et autres.

«Nous avons constaté que les femmes se situant dans le quartile supérieur de consommation d'aliments ultra-transformés, c'est-à-dire celles qui en consommaient davantage par rapport à celles qui en consommaient moins, présentaient un risque accru de problèmes de fertilité, a dit l'autrice de l'étude, la professeure Angelina Baric de l'université ontarienne McMaster. Je dirais donc sans hésiter que plus on en consomme, plus le risque est élevé.»

La professeure Baric et ses collègues ont analysé des données provenant de quelque 2500 Américaines qui participent à l'étude (NHANES) – une enquête américaine qui combine des entretiens, des rappels alimentaires sur 24 heures et des analyses de laboratoire afin de recueillir des informations détaillées sur l'alimentation, les données démographiques, l'état de santé et les biomarqueurs.

Les chercheuses ont remarqué des différences notables entre l'alimentation des femmes qui se disaient incapables de tomber enceintes – à savoir, celles qui ne l'étaient toujours pas après une année d'efforts – et celle des autres.

Les aliments ultra-transformés représentaient environ le tiers de l'alimentation des femmes qui semblaient éprouver des problèmes de fécondité. Ces femmes étaient également moins susceptibles d'adhérer au régime méditerranéen riche en fruits et légumes, en céréales complètes et en graisses saines.

La probabilité pour les plus grandes consommatrices d'aliments ultra-transformés de tomber enceintes était environ 60 % inférieure à celle des autres.

L'impact des aliments ultra-transformés sur la fécondité, a expliqué la professeure Baric, découle probablement moins leur teneur élevée en gras, en sel ou en sucre, que des différents produits chimiques qu'ils contiennent et qui peuvent interférer avec le système hormonal.

De nombreuses études ont démontré, a-t-elle rappelé, qu'on observe dans le sang ou l'urine des personnes qui consomment davantage d’aliments ultra-transformés des taux plus élevés de substances chimiques perturbatrices du système endocrinien.

«Il s’agit notamment du BPA, des phtalates ou des acrylamides, qui proviennent non seulement des emballages de ces aliments – dont les substances se retrouvent dans les aliments – mais aussi des machines de transformation et d’autres sources similaires», a-t-elle dit.

L'hypothèse, explique la chercheuse, «est que ces substances chimiques se retrouvent dans les aliments, et que lorsque nous les consommons, nous observons des taux plus élevés de ces substances ou de ces composés dans notre urine et notre sang».

De nombreuses études ont été publiées sur le lien entre ces substances chimiques et les perturbations endocriniennes, a dit Mme Baric, et «notre hypothèse principale est donc que ces aliments contiennent des perturbateurs endocriniens qui affectent la régulation hormonale chez les femmes et, par conséquent, leur fertilité».

L'association persistante entre la consommation d'aliments ultra-transformés et une baisse de la fertilité, même après prise en compte de l'obésité, rapportent ainsi les auteurs de l'étude, «suggère que ces aliments pourraient influencer la santé reproductive par le biais de mécanismes supplémentaires, indépendants du poids, tels qu'une mauvaise qualité nutritionnelle, des perturbations endocriniennes, l'inflammation ou d'autres effets métaboliques sans rapport avec l'adiposité».

Qui plus est, poursuivent-ils, «les liens entre la qualité de l'alimentation et la fertilité étaient similaires chez les femmes, qu'elles soient obèses ou non. Cela suggère que la qualité de l'alimentation pourrait influencer la santé reproductive, quel que soit le poids».

Une consommation importante d'aliments ultra-transformés a aussi été associée à des niveaux élevés d'inflammation, rappellent les chercheurs, notamment en raison de l'effet possible sur le microbiote intestinal.

Ces changements pourraient donc «contribuer à une inflammation systémique et à un dérèglement hormonal, susceptibles d'affecter la fertilité en perturbant le fonctionnement des ovaires, la nidation ou en provoquant des effets endocriniens plus généraux», préviennent-ils.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal Nutrition and Health.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne