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Les consommateurs de cannabis ne sont pas tous «problématiques», rappelle une étude

durée 07h00
19 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Les consommateurs de cannabis ne sont pas tous «problématiques», rappelle une étude québécoise, ce qui permet justement d'identifier les stratégies à adopter pour éviter que la consommation ne le devienne.

Règle générale, ont constaté les chercheurs, les consommateurs de cannabis non problématiques sont des femmes; n'en consomment qu'occasionnellement; et en consomment dans un contexte social, en même temps qu'ils consomment de l'alcool.

«La littérature scientifique s'intéresse souvent aux problèmes, aux conséquences de l'utilisation du cannabis», a dit Guillaume Dubé, qui a réalisé cette étude à l'Université de Montréal avant de poursuivre ses études doctorales à l'Université de Sherbrooke.

«Je trouvais ça un peu incohérent qu'il n'y ait pas beaucoup d'études sur les gens qui l'utilisent de manière non problématique. Il y a une espèce de stigmate autour de la substance, une espèce de pensée généralisée que ça apporte automatiquement des problèmes, ce qui n'est pas le cas. C'est certain qu'il y a des risques, mais ce n'est pas universel.»

Les stratégies de réduction des risques encouragent les consommateurs de cannabis à adopter des comportements moins risqués, comme s'abstenir d'une consommation quotidienne ou intensive, ou limiter la consommation simultanée d'autres substances psychoactives, rappellent les auteurs de l'étude.

Cependant, disent-ils, «on sait peu de choses sur les caractéristiques des personnes qui consomment du cannabis, mais qui présentent un risque moindre de développer un trouble lié à la consommation de cannabis».

M. Dubé et ses collègues ont donc étudié les réponses de 731 adultes âgés d'environ 35 ans ayant participé à une étude sur la dépendance à la nicotine en 2022 et 2023. Les facteurs sociodémographiques, la santé mentale, le mode de vie et les habitudes de consommation de cannabis ont été comparés entre les participants qui ne consommaient pas de cannabis, ceux qui présentaient une consommation à faible risque et ceux qui présentaient un risque plus élevé de consommation problématique.

Environ 44 % des sujets ont rapporté avoir consommé du cannabis au cours de l'année écoulée, dont 63 % qui ont été classés comme présentant un risque faible et 37 % un risque élevé de consommation problématique.

Par rapport aux autres participants, ceux qui présentaient un risque élevé de consommation problématique étaient plus souvent des hommes et avaient un niveau d'éducation moins élevé. Plusieurs indicateurs de santé mentale étaient moins favorables chez les participants présentant un risque plus élevé de consommation problématique, qui ont également déclaré une prévalence plus élevée de tabagisme.

Le fait d'être une femme et la consommation simultanée de cannabis et d'alcool étaient associés à une prévalence plus élevée de consommation de cannabis à faible risque, tandis qu'une fréquence plus élevée de consommation de cannabis, la consommation simultanée de cannabis et de tabac et le tabagisme étaient associés à une prévalence plus faible de consommation peu risquée.

«Nos résultats indiquent qu'une majorité d'utilisateurs ne développeront pas un trouble de l'usage du cannabis, a souligné M. Dubé. D'un point de vue socio-démographique, la majorité des gens qui l'utilisent de manière non problématique ressemblent beaucoup à ceux qui n'en consomment pas.»

Ces résultats, estiment les auteurs, «soulignent l'importance des stratégies de réduction des méfaits et d'une éducation fondée sur des données probantes pour les politiques liées au cannabis».

La consommation de substances psychoactives comporte des risques, rappellent-ils, peu importe la substance, mais «pour les adultes qui souhaitent consommer du cannabis, il existe des pratiques pour en maximiser les bénéfices et réduire ces risques».

C'est d'abord et avant tout une question d'éducation, estime M. Dubé, qui appelle à une «dédramatisation» de la situation, puisqu'on dispose de la science nécessaire pour savoir comment on peut consommer du cannabis tout en réduisant les risques.

Le but, a-t-il ajouté, «est de réduire les risques associés au cannabis comme on le fait avec l'alcool».

«S'il y a une variable à cibler définitivement, c'est la fréquence de consommation, a rappelé M. Dubé. Lorsqu'on consomme à tous les jours, ça explose les risques de problème avec cette substance. Si on consomme quelques fois par mois, moins d'une fois par semaine, les risques semblent drastiquement diminués.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées en décembre par le Journal of Cannabis Research.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne