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Les dirigeants de l'OTAN se réunissent en Turquie pour leur sommet annuel

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6 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney s'envole lundi pour le sommet de l'OTAN, qui se tiendra pendant deux jours à Ankara, la capitale turque, où les dirigeants mondiaux tenteront d'éviter tout frottement diplomatique avec le président américain Donald Trump.

Les hausses massives des budgets militaires devraient occuper une place prépondérante, les membres de l’OTAN restant soumis à une forte pression américaine pour qu’ils augmentent considérablement leurs dépenses de défense.

Mais en arrière-plan, des divergences persistent quant à l’ampleur de la menace que représente la Russie et à la politique étrangère chaotique de l’administration Trump.

Gaëlle Rivard Piché, directrice de l’Institut CDA, un groupe de réflexion canadien spécialisé dans les questions de défense, a indiqué que ce sommet serait l’occasion pour les membres de l’alliance de prouver que leurs dépenses sont en bonne voie et qu’elles se traduiront par des forces armées plus solides.

«Il s’agira de montrer que nous joignons le geste à la parole. Au-delà de la simple annonce d’investissements et de la réaffectation de fonds, il s’agit en réalité d’utiliser cet argent pour acquérir de nouvelles capacités», a-t-elle souligné.

En 2014, l’année même où la Russie a envahi et annexé la Crimée, les membres de l’alliance se sont engagés à atteindre l’objectif de consacrer 2 % de leur PIB national à la défense.

L’OTAN indique que le Canada, qui peinait depuis longtemps à atteindre les 2 %, respecte enfin cet objectif grâce à des dizaines de milliards de dollars de nouvelles dépenses militaires. Mais ces 2 % constituent désormais le seuil minimal, et non plus le plafond.

Le sommet de l’OTAN des 7 et 8 juillet est le premier depuis que la quasi-totalité des États membres ont adopté, l’année dernière à La Haye, un engagement ambitieux visant à consacrer chacun 5 % de son PIB à la défense d’ici 2035.

Si les alliés peuvent se réjouir que l’alliance ait atteint l’objectif des 2 %, ils doivent désormais présenter des plans «crédibles» pour atteindre ce seuil plus élevé, a mentionné le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte.

Lors d’une conférence organisée le mois dernier par le groupe de réflexion Atlantic Council, établi à Washington, M. Rutte a expliqué que le chiffre de 5 % était «profondément ancré» dans les estimations des besoins de l’alliance pour développer ses capacités.

«Ce chiffre [de 2 %] avait été un peu tiré par les cheveux», a-t-il avancé.

Le gouvernement Carney devrait mettre en avant ses efforts visant à accroître les dépenses de défense et les investissements dans ce secteur.

Des responsables gouvernementaux ont indiqué vendredi, lors d’une réunion d’information à huis clos, que le Canada prévoit que ses dépenses de défense atteindront 2,13 % du PIB pour l’exercice 2026-2027, et 5 % d’ici 2035.

Le gouvernement n’a pas révélé publiquement comment il compte atteindre l’objectif de 2035 et ne l’a pas officiellement inscrit dans le cadre budgétaire.

Kerry Buck, chercheur principal à l’Université d’Ottawa et ancien ambassadeur du Canada auprès de l’OTAN, a expliqué que le Canada abordait le sommet dans un «état plutôt satisfaisant» sur le plan budgétaire, ce qui a rarement été le cas par le passé.

Une approche pragmatique

Mais depuis le sommet de 2025, M. Trump a redoublé d’efforts pour mener des actions qui ont ébranlé l’alliance et creusé le fossé diplomatique.

En plus de menacer de quitter l’alliance, il a évoqué l’annexion du Groenland. Il a lancé une guerre surprise contre l’Iran, puis a reproché aux alliés de l’OTAN de ne pas l’avoir aidé. Et les États-Unis ont également entamé un retrait de leurs troupes et de leurs moyens en Europe.

Le sommet a été allégé afin de réduire les risques que les frictions liées à la politique étrangère et de défense américaine ne débordent au grand jour.

«L’OTAN doit passer sous silence certaines questions qu’il vaudrait sans doute mieux aborder. Elle doit se rabattre sur le plus petit dénominateur commun, car le coût d’un drame est trop élevé pour l’alliance en ce moment», a affirmé M. Buck.

«Cette approche pragmatique est-elle la bonne ? Absolument. Mais quel dommage, car le contexte de menaces n’a jamais été aussi grave», a-t-il ajouté.

L’ancien diplomate américain Brett Bruen a précisé que l’alliance réalisait des «progrès significatifs» en matière d’augmentation des dépenses militaires, «notamment en raison de la menace que représente M. Trump pour la stabilité et la sécurité mondiales».

Pourtant, a ajouté M. Bruen, «l’ambiance va être très tendue» et, quelle que soit l’attitude des pays, «nous risquons d’assister à une litanie de plaintes de la part de M. Trump, et peut-être même à des menaces ainsi qu’à des insultes».

«Du point de vue canadien, je serai attentif à voir si M. Carney parvient à se tailler un rôle plus important, car il fait sans aucun doute partie de ces dirigeants au sein de l’alliance qui ont le potentiel de s’imposer comme un pôle de pouvoir», a-t-il déclaré.

En janvier, Mark Carney a prononcé un discours devant l’élite mondiale à Davos, en Suisse, sur le rassemblement des puissances moyennes face à la pression exercée par les grandes puissances.

Ce discours a reçu des éloges de la part des alliés du monde entier, mais a également suscité des critiques de la part de l’administration Trump.

«Je ne souhaite pas nécessairement que nous nous démarquions, a fait savoir Mme Rivard Piché. Dans le contexte actuel, l’union fait la force.»

D'autres annonces attendues

Les alliés de l’OTAN devraient également faire une série d’annonces dans le domaine de l’industrie de la défense dans les prochains jours, concernant des contrats d’une valeur de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Le premier ministre devrait également s’exprimer mardi lors d’un événement parallèle au forum de l’industrie de la défense sur le financement des capacités de défense.

Mme Rivard Piché attend de voir si le Canada dévoilerait des détails sur la nouvelle Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience prévue, ou sur d’éventuels nouveaux contrats pour des entreprises canadiennes dans le cadre du programme SAFE.

M. Carney a publiquement plaidé en faveur de la création de cette banque de la défense.

Le Canada a annoncé lors du sommet des dirigeants du G7 à Évian, en France, le mois dernier, que le fabricant de radios tactiques Marconi Technologies était la première entreprise canadienne à décrocher un contrat dans le cadre de l’accord d’approvisionnement en matière de défense SAFE que le Canada a signé avec l’Union européenne.

Kyle Duggan, La Presse Canadienne