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Les entreprises technologiques veulent une révision du processus d'appel d'offres

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11 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Les entreprises québécoises de technologies demandent au gouvernement du Québec de revoir ses processus d’appels d’offres et de faire ses devoirs plus attentivement et en profondeur avant d’octroyer des contrats en technologies de l’information.

L’Association québécoise des technologies (AQT) déposera ce jeudi au Conseil du trésor son mémoire dans le cadre de la révision de la Stratégie gouvernementale des marchés publics 2026-2030. Ce mémoire, dont La presse Canadienne a obtenu copie, dresse certains constats et des pistes de solutions pour éviter de répéter les erreurs coûteuses dans les projets d’informatisation de l’État.

L’AQT, qui regroupe quelque 1600 dirigeants d’environ 400 entreprises québécoises en techno, constate que trop souvent les appels d’offres sont axés sur une solution informatique, une technologie ou un fournisseur déjà identifiés plutôt que sur l’analyse des besoins de l’entité que l’on cherche à informatiser.

Partir du besoin et non de la solution

«Dans les ministères ou organismes, on dirait que c'est immanquable: ils vont demander une solution très, très précise, ce qui laisse entendre un manque de gouvernance ou un manque de transparence parce qu'on a comme l'impression que la solution est déjà choisie, puis que participer à un appel d'offres, ça va être lourd et fastidieux pour les entreprises. Nos membres nous disent souvent 'écoute, moi, je n’irai même pas, parce que c'est comme un polaroid de quelqu'un qui est visé par cet appel d'offres-là'», raconte la présidente-directrice générale de l’AQT, Nicole Martel, en entrevue avec La Presse Canadienne.

Ce phénomène, selon l’Association, contribue à réduire le nombre de soumissionnaires potentiels et limite l’accès de l’État à une plus grande diversité de solutions, d’expertises et d’innovations. L’AQT souligne au passage que ses constats rejoignent en grande partie ceux du rapport de veille sur les projets numériques publics de l’Autorité des marchés publics (AMP).

Cette approche de chercher d’abord la solution technologie plutôt que de clairement identifier les besoins limite, selon l’AQT, la capacité des entreprises à proposer des solutions alternatives ou innovantes susceptibles de mieux répondre aux objectifs poursuivis.

Ne plus viser le plus bas soumissionnaire

Un autre problème identifié par l’Association est cette tendance persistante à se camper derrière le critère du plus bas soumissionnaire conforme, que les membres de l’AQT pointent comme étant un frein à l’innovation et à la création de valeur pour le secteur des services technologiques tout en limitant la concurrence et en réduisant la diversité des solutions offertes au gouvernement.

Le mémoire de l’AQT souligne que «cette préoccupation rejoint les constats de l'AMP, qui souligne l'importance d'orienter davantage les projets vers les résultats attendus et la valeur créée pour l'État plutôt que vers les seules contraintes de coûts et d'échéanciers».

Parmi les recommandations de l’AQT, on ne se surprendra donc pas que celle-ci suggère de mettre au rancart l’approche du recours au plus bas soumissionnaire, au profit d’une approche axée sur la valeur. Du même souffle, on y recommande de faire une plus grande place à l'innovation en se basant d’abord sur les besoins plutôt que sur des solutions prédéfinies.

L’AQT voudrait également davantage de transparence, de prévisibilité et de clarté des processus d’approvisionnement afin de «renforcer la confiance et l’attractivité des marchés publics» pour les entreprises.

Acheter québécois

Une autre recommandation est de favoriser l’achat québécois «de manière à reconnaître l'expertise et les retombées économiques locales tout en maintenant une approche fondée sur les besoins de l'État, la performance des solutions, la capacité d'exécution et l'innovation».

Nicole Martel avertit cependant qu’il ne faut pas en faire un dogme. «On n'est pas pour l'achat québécois à tout prix. Je pense qu'il faut faire plus de place aux solutions québécoises, mais une solution qui est utilisée dans plusieurs pays dans un domaine précis, comme Epic en santé (le logiciel utilisé pour l’implantation du Dossier santé numérique), je suis tout à fait favorable à ce qu'on explore ces solutions-là.»

L’AQT souligne que le fait de «choisir des solutions de propriété intellectuelle québécoises (…) favorise le développement de nouveaux marchés pour ces entreprises, contribuant directement aux retombées économiques québécoises qui sont souhaitables».

À ce sujet, Mme Martel ne cache pas son irritation face à l’approche deux poids deux mesures de l’appareil gouvernemental. «Quand un appel d'offres dit que l'entreprise devra céder ses droits de propriété intellectuelle, il ne le demande pas pour Microsoft. Pourquoi le demanderait-il pour une entreprise d’ici qui soumissionne au gouvernement du Québec? Ça fait en sorte que les entreprises québécoises ou même certaines américaines refusent de participer et celles qui vont participer en bout de ligne, ce sont des grands intégrateurs.»

Créer une expertise interne

Comme plusieurs l’ont déjà dit dans le passé, incluant durant l’enquête publique sur le fiasco SAAQclic du commissaire Denis Gallant, l’AQT pointe aussi du doigt le manque d’expertise interne et suggère l’instauration de journées thématiques de formation pour la fonction publique et une gestion plus efficace des talents au sein de l’appareil gouvernemental.

Il s’agit, selon Nicole Martel, d’une lacune importante au sein de l’appareil d’État, qu’elle soupçonne être motivée par les mêmes raisons que la recherche du plus bas soumissionnaire, soit la volonté d’économiser. «Je m'interroge à savoir s'il y a suffisamment de formation qui est offerte aux ressources gouvernementales, parce que c'est extrêmement coûteux de former des ressources en technologies de l'information.»

Mme Martel souligne que, même si près de 40 % de ses membres interagissent avec les marchés publics, de nombreux fournisseurs québécois s’en gardent, mais font de très bonnes affaires sur les marchés publics ailleurs qu’au Québec. «Si on a une industrie aussi forte, aussi présente à l'international avec autant de clients qui font confiance à des solutions québécoises, donc on doit faire quelque chose de bien aussi.»

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne