Les femmes ont difficilement accès à des soins pour leur ménopause

Temps de lecture :
4 minutes
Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Le tiers des femmes ont attendu plus de deux ans après l'apparition des premiers symptômes de ménopause pour recevoir un traitement efficace, montrent les résultats d'un sondage Ipsos réalisé pour le compte de GreenShield. Les femmes au Canada vont se heurter à plusieurs obstacles pour recevoir des soins, notamment le manque d'accès à un médecin et la difficulté à elles-mêmes reconnaître les symptômes de la ménopause.
Les longs délais d’attente et le fait que leurs préoccupations soient parfois minimisées ou écartées par des professionnels de la santé font aussi partie des embûches pour accéder aux soins, indique le rapport de GreenShield, une entreprise sans but lucratif de services d’assurance et de soins de santé.
Les symptômes de la ménopause, tels que la fatigue, les sautes d'humeur, le brouillard cérébral, les bouffées de chaleur, la prise de poids et l'anxiété sont très répandus et souvent non pris en charge. Les résultats du sondage, dévoilés jeudi, soulignent que près de 40 % des femmes ne savaient pas où s'adresser pour obtenir des soins liés à la ménopause.
Le sondage Ipsos a été mené en ligne du 9 au 12 février 2026 auprès de 1000 Canadiennes âgées de 35 à 60 ans. Cet échantillon a un intervalle de crédibilité de plus ou moins 3,8 %, 19 fois sur 20.
«Les femmes, en général, ne savent pas par où commencer. Quand ça arrive, tous ces bouleversements, parfois on a le réflexe de pouvoir en parler avec notre médecin de famille, pour celles qui ont la chance d'en avoir un. Il n'y a pas de directives claires ou du moins, il y a plusieurs portes, et les soins sont très fragmentés à l'heure actuelle», commente en entrevue Joannie Gauthier, directrice au développement des affaires en services cliniques spécialisés chez GreenShield.
Les femmes TDA plus impactées
Environ le quart des femmes n'ont pas reconnu au départ que leurs symptômes faisaient partie d'une transition hormonale. Mme Gauthier estime que l'éducation est le meilleur outil. «On entend beaucoup parler des bouffées de chaleur. Je pense que c'est le symptôme le plus connu, le plus populaire, le plus typique. Parfois, on oublie toute la portion de la fatigue», expose-t-elle. En effet, 74 % des femmes ressentent de la fatigue au cours des changements hormonaux.
Mme Gauthier souligne qu'on a tendance à normaliser la fatigue, se dire que ce n'est pas grave. «Mais, ultimement, ça a un impact très important sur la santé, sur le sommeil et également sur le rendement au travail», dit-elle.
Autre fait saillant: les impacts de la ménopause sur la vie quotidienne peuvent être plus importants pour les femmes ayant un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H).
Mme Gauthier explique que plus de la moitié des femmes vont ressentir un brouilleur mental lorsqu'elles sont en changement hormonal. «Si j'ai déjà des difficultés d'attention, on met tout ça ensemble, c'est sûr que c'est assez difficile dans mon attention et dans ma concentration», dit-elle. Même chose pour la fatigue. «Si je suis sensible à garder mon focus sur une tâche ou sur une conversation et que je suis en plus fatiguée, tout ça s'additionne.»
Le rôle des employeurs
Le sondage met en lumière qu'une majorité de femmes (64 %) estiment que les symptômes de la ménopause affectent leur rendement professionnel et 13 % disent que leur employeur offre un soutien adéquat. «On doit se sentir concerné comme employeur sur la question de la santé hormonale et faire partie de l'équation. Pour ça, il existe des solutions», pointe Mme Gauthier.
Elle parle naturellement du Programme de santé hormonale de GreenShield, lancé en 2025, qui offre un soutien pour aider les personnes qui y adhèrent à mieux gérer l'incidence des changements hormonaux sur leur santé au quotidien.
Selon Mme Gauthier, les employeurs ne veulent pas se mêler de la santé hormonale par peur d'être indiscrets. «Combien de fois j'ai entendu un employeur me dire [que] ce n'était pas de [ses] affaires. Au contraire, ça devient vos affaires du moment où la personne est sur les lieux du travail et que cela a un impact sur son rendement», affirme-t-elle.
Par ailleurs, le moment où survient la ménopause dans la vie d'une femme concorde souvent avec le pic de sa carrière. «C'est là où on est dans le plein épanouissement au niveau de notre carrière. J'ai vu des femmes quitter leur emploi ou refuser des promotions en organisation parce qu'elles ne se sentaient plus elles-mêmes et parce que ça n'avait pas été identifié qu'elles étaient en processus de changement hormonal», raconte Mme Gauthier.
C'est donc important pour les femmes d'avoir accès rapidement à un traitement et un suivi médical adéquat.
—
La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l'Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.
Katrine Desautels, La Presse Canadienne