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Les jeunes ayant survécu à un cancer courent un risque d'en développer un autre

durée 07h54
13 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

TORONTO — Une nouvelle étude souligne la nécessité d’un accompagnement accru et d’un dépistage renforcé pour les personnes ayant survécu à un cancer à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, car elles sont exposées à un risque accru de développer un nouveau cancer plus tard, selon des experts en cancérologie.

L'autrice principale, Miranda Fidler-Benaoudia, épidémiologiste spécialisée sur le cancer à l'Université de Calgary et à Cancer Care Alberta, affirme que la recherche a recensé l'apparition de nouveaux cancers – et non les récidives de leur cancer initial – chez des patients de l'Alberta qui avaient été diagnostiqués pour la première fois entre 15 et 39 ans.

L'étude, publiée lundi dans le Journal de l'Association médicale canadienne, a révélé qu'ils avaient deux fois plus de risques de développer un autre cancer que la population générale.

L'une des principales causes présumées de ces cancers secondaires est le traitement utilisé pour le premier, a-t-elle expliqué.

«Il existe vraiment un équilibre délicat entre la guérison et la qualité de vie à long terme. La radiothérapie est une cause reconnue de cancer», a déclaré Mme Fidler-Benaoudia.

«Si la radiothérapie est nécessaire pour traiter ces cancers primaires, elle augmente simultanément le risque de développer un autre cancer, car cette partie du corps a été irradiée», a-t-elle ajouté.

«De même, certaines recherches montrent que la chimiothérapie et même certaines hormonothérapies utilisées pour traiter les cancers peuvent également provoquer des cancers secondaires plus tard dans la vie.»

Selon Mme Fidler-Benaoudia, à mesure que les traitements contre le cancer évoluent, on espère qu'ils seront moins susceptibles d'être cancérigènes.

L'augmentation du risque de cancer secondaire n'est pas uniquement due aux traitements antérieurs, a-t-elle précisé, soulignant que la génétique peut également jouer un rôle.

L'étude a analysé les données du Registre du cancer de l'Alberta concernant les patients diagnostiqués entre le 1er janvier 1983 et le 31 décembre 2017.

Parmi les 24 459 survivants d’un cancer survenus à l’adolescence ou au début de l’âge adulte étudiés, 1442 ont développé un autre cancer. Dans une cohorte de cette taille au sein de la population générale, on ne s’attendrait qu’à 643 cas de cancer, a indiqué Mme Fidler-Benaoudia.

Selon l'étude, les cancers du sein, colorectal et du poumon étaient les cancers les plus fréquents développés par la suite par ces survivants.

Ces résultats interviennent alors que le cancer chez les jeunes au Canada augmente de 1,3 % par an, ont noté les chercheurs.

Un dépistage précoce

Les gouvernements provinciaux devraient envisager de proposer un dépistage du cancer à un âge plus précoce pour les survivants afin de détecter rapidement les cancers ultérieurs, ont-ils fait valoir.

La docteure Abha Gupta, directrice médicale du programme d'oncologie pour adolescents et jeunes adultes au Princess Margaret Cancer Centre de l'University Health Network à Toronto, estime que de tels programmes de dépistage sont essentiels.

La Dr Gupta, qui n’a pas participé à l’étude, a cité le programme ontarien de dépistage du cancer du sein à haut risque destiné aux patientes ayant subi une radiothérapie au niveau du thorax pour traiter un autre cancer avant l’âge de 30 ans.

«Nous savons que les femmes qui subissent une radiothérapie au niveau du thorax, que ce soit pour un lymphome, un cancer du sein ou tout autre type de cancer, courent un risque nettement accru de développer un cancer du sein secondaire lié à la radiothérapie», a-t-elle déclaré.

La Dr Gupta a précisé que les traitements par radiothérapie sont aujourd’hui «très différents» de ceux utilisés dans les années 1980 et 1990, de sorte que le risque pourrait être «légèrement moindre» que ce que suggère l’étude chez les patientes ayant subi une radiothérapie plus récemment.

«Je pense que le risque n’est pas le même pour toutes les personnes ayant eu un cancer. Le risque dépend fortement de l’exposition réelle au moment du premier cancer», a-t-elle expliqué.

Les patientes âgées de 15 à 39 ans ont besoin de programmes et de soutiens spécifiques adaptés à leur situation de vie, selon la Dr Gupta.

Un soutien psychologique

Le personnel de son programme «aide les patients à se sentir capables de poser des questions à leurs professionnels de santé, sur leur santé sexuelle, sur leur fertilité, sur la façon dont ils font face à la maladie, sur l’isolement social qu’ils ressentent parce qu’ils ont un cancer et qu’aucun de leurs pairs n’en a».

Il est également essentiel d’offrir un soutien psychologique, car les patients sont confrontés à la fois à la crainte d’une récidive de leur cancer et à la prise de conscience qu’ils courent un risque plus élevé de développer un autre cancer à l’avenir, a déclaré Dr Gupta.

Ce soutien peut être apporté par des psychologues, des travailleurs sociaux et des conseillers, mais il est également précieux de réunir les patients adolescents et jeunes adultes lors d’événements en présentiel ou de discussions en ligne afin qu’ils puissent parler de leurs expériences avec des pairs qui les comprennent, a-t-elle ajouté.

Mme Gupta a indiqué avoir constaté ces dernières années la mise en place d’un nombre croissant de programmes destinés aux adolescents et aux jeunes adultes dans les centres de cancérologie à travers le pays, notamment dans d’autres régions de l’Ontario, de la Colombie-Britannique, de l’Alberta et du Québec.

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l'Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Nicole Ireland, La Presse Canadienne