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Les locataires s'estiment en moins bonne santé que les propriétaires, selon une étude

durée 15h33
15 février 2024
La Presse Canadienne, 2024
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4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

MONTRÉAL — Les locataires évaluent davantage leur santé comme passable ou mauvaise alors que les propriétaires ont plus tendance à s'estimer en bonne santé. Les conditions de logement ont effectivement un impact sur la santé, indique une analyse de l’Observatoire québécois des inégalités publiée jeudi.  

Cette étude explore les liens entre le patrimoine, en particulier le patrimoine immobilier, et les inégalités sociales en santé. Les résultats montrent que 17 % des ménages locataires perçoivent leur santé comme étant mauvaise ou passable, contre 8 % des ménages propriétaires.

Il y a également deux fois plus de locataires qui perçoivent leur santé mentale comme passable ou mauvaise, soit 16 % contre 7,5 % des propriétaires.

Sandy Torres, sociologue et chercheuse à l’Observatoire, qui a co-signé l'étude, nuance toutefois que cela ne signifie pas que les locataires sont tous malades et que les propriétaires sont tous en bonne santé. De nombreux facteurs peuvent expliquer les problèmes de santé, entre autres les facteurs héréditaires. 

«Ça montre l'importance de certains facteurs sociaux pour expliquer la fréquence de certaines maladies ou pour expliquer qu’on peut avoir une espérance de vie plus longue», a déclaré Mme Torres. 

Elle définit le patrimoine comme la richesse nette d'un individu en tenant compte de tous les biens qu'il possède et qui ont une valeur marchande auxquels on soustrait toutes ses dettes. 

«Il faut donc prendre en compte l’endettement, et il y a beaucoup d’études qui ont montré que l’endettement peut avoir des impacts négatifs sur le niveau de la santé», a dit Mme Torres en entrevue. 

Son étude cite une analyse ontarienne qui a mis en évidence «une association significative entre le niveau de stress lié à l’endettement et la prévalence de la détresse psychologique, de même qu’une perception moins bonne de la santé générale et de la santé mentale, et ce, indépendamment de l’âge, du sexe, de la scolarité, de l’emploi et du revenu».

Inégalités du patrimoine au Québec

L'incidence positive sur la santé des propriétaires peut résulter de la stabilité résidentielle qu’elle procure, indique l'étude. Une autre explication est que les bonnes conditions d'un logement sont davantage favorables aux propriétaires.

Si une personne est mal logée — qu'elle vit dans un espace trop petit, un logement de mauvaise qualité ou si elle dépasse sa capacité de payer pour se loger — cela aura un impact sur ses autres dépenses, notamment pour des soins ou se nourrir. 

«Les impacts d’une inadéquation du logement sur la santé sont bien documentés», a indiqué Mme Torres, précisant que cela touche également les propriétaires. 

«Sauf que si on regarde les statistiques qui sont disponibles à la SCHL (Société canadienne d'hypothèques et de logement) ou à l’Institut de la statistique du Québec, en proportion, les locataires sont généralement plus concernés par ces difficultés de logement et c’est particulièrement vrai pour la question de l’abordabilité.»

Au Québec, on dit qu'un logement est inabordable lorsque la capacité à le payer outrepasse les 30 % de revenu. 

«De façon générale, les conditions inadéquates de logement peuvent entraîner des troubles cardiaques, respiratoires et de santé mentale ainsi que des traumatismes non intentionnels et favoriser la transmission de maladies infectieuses», peut-on lire dans l'analyse de l'Observatoire. 

L’immobilier est le type d’avoir le plus important au Québec. Il représentait 35 % de l’actif total des familles québécoises en 2019. 

Le taux de propriétaire s’établissait à 60 % au Québec, selon le recensement de 2021, et à 66,5 % au Canada. Le taux de propriétaires varient beaucoup d'une région à l'autre. Il est de 73 % dans la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et 72 % dans Lanaudière. À Montréal, il s'élève à 40 %.

Dans une autre étude cet automne, l’Observatoire a relevé que les inégalités de patrimoine au Québec sont bien plus accentuées que les inégalités de revenu. Les 10 % des familles les plus riches possèdent, en moyenne, un patrimoine 76 fois plus élevé que la famille faisant partie des 40 % les plus pauvres. 

Filet de sécurité 

Au Québec et au Canada, «l’espérance de vie s’améliore à mesure que l’on grimpe dans l’échelle des revenus alors que la prévalence de nombreuses maladies et incapacités, elle, diminue graduellement», soutient l'étude de l'Observatoire. 

Le fait que les ménages à plus faible revenu sont davantage affectés par divers problèmes de santé est bien documenté, a mentionné Mme Torres. 

Elle soutient que la propriété permet d'avoir un «filet de sécurité», ce qui se traduit par une sécurité financière, mais aussi une sécurité au sens large. «Ça donne plus d’autonomie, plus de contrôle sur ses conditions de vie, ça nous permet de faire des choix et de prendre des risques qui peuvent être payants. Quand on a un certain niveau de patrimoine, c’est tout cela que ça permet. Et c’est peut-être pour cela que ça peut avoir un bienfait sur le bien-être et la santé», explique la sociologue. 

Elle ajoute que cela se traduit également aux avoirs financiers. Un locataire qui possède d'importants placements a aussi un filet de sécurité. «Avec le patrimoine, ça nous permet d’élargir au-delà du revenu pour voir ce qui peut jouer un rôle protecteur. Ça vous donne des possibilités de vous adapter», affirme-t-elle. 

Des études réalisées aux États-Unis montrent une association entre le fait d’avoir un plus faible patrimoine et un risque plus important de contracter certaines maladies ou d'avoir un risque de mortalité plus important. Nos voisins du Sud possèdent toutefois un système de santé bien différent du nôtre. 

Or, des études de pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) font des liens similaires. «Donc on voit qu'indépendamment du système de santé, il peut y avoir cette corrélation positive entre moins de patrimoine et plus de problèmes de santé», explique Mme Torres.  

Elle pense que ces études pourraient inspirer des chercheurs à creuser cette question dans le contexte québécois. 

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Katrine Desautels, La Presse Canadienne