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Les membres commission de l'environnement accusés d'enfantillages

durée 17h50
13 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Deux anciens conseillers en matière de politiques climatiques d'Ottawa affirment que les récentes frasques des parlementaires au sein de la commission de l'environnement de la Chambre des communes illustrent pourquoi ils ont démissionné l'année dernière de l'organisme consultatif indépendant chargé de la transition vers la neutralité carbone au Canada.

Simon Donner et Catherine Abreu ont été au cœur d'une vive polémique au sein de la commission jeudi, lorsque des députés conservateurs et bloquistes ont tenté de présenter une motion pour les inviter à prendre la parole.

La commission examine actuellement le plan de réduction des émissions du Canada pour 2030. Le groupe consultatif pour la carboneutralité, ou GCPC, a été créé en 2021 dans le cadre de la Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité.

Cette loi oblige le ministre de l'Environnement à tenir compte des avis de l'organisme consultatif lorsqu'il fixe des objectifs d'émissions ou modifie le plan de réduction des émissions.

M. Donner et Mme Abreu ont tous deux démissionné du GCPC en décembre après avoir accusé le gouvernement Carney de ne pas solliciter l’avis du groupe sur des décisions politiques clés, notamment l’accord énergétique avec l’Alberta et le projet de loi sur les grands projets.

La motion visant à inviter les anciens membres du GCPC n'a finalement pas été soumise au vote, car les députés libéraux membres de la commission ont passé le temps restant à poser des questions sur les raisons pour lesquelles les deux devaient être entendus, ce qui a conduit à des accusations d'obstruction de la part des conservateurs et du Bloc.

Les députés libéraux ont accusé les députés conservateurs et du Bloc de faire eux-mêmes obstruction en inondant le comité de motions. Ils ont soutenu que ces motions ralentissaient les travaux.

La commission a été ajournée avant qu’un vote puisse avoir lieu, car le temps alloué aux interprètes était écoulé.

«En résumé, c'est ce genre de comportement enfantin qui m'a poussée à démissionner. Et je tiens à être claire: c'est un comportement enfantin de la part des conservateurs, du Bloc et des libéraux. En fait, ils sont tous coupables ici», a expliqué M. Donner à La Presse Canadienne vendredi.

Contactée par message texte vendredi, Mme Abreu a déclaré à La Presse Canadienne qu’il était clair qu’il y avait eu des tentatives d’entraver les travaux de la commission par un déluge de motions, mais qu’elle était surprise que les libéraux s’opposent à la motion visant à l’entendre, elle et M. Donner.

«Le fait que cette motion ait été proposée puis bloquée par les libéraux eux-mêmes, qui ont pourtant créé cet organe consultatif, est une preuve supplémentaire que le gouvernement actuel ne souhaite pas communiquer avec transparence ses plans pour lutter contre la crise climatique», a affirmé Mme Abreu.

«En gros, c'est pour cela que je suis partie.»

Critique de l'opposition

Le député conservateur Branden Leslie a fait valoir jeudi devant la commission qu’il était raisonnable d’entendre M. Donner et Mme Abreu en raison de leur décision de démissionner du GCPC.

«C’est une excellente occasion (pour eux) de venir expliquer pourquoi cela s’est produit, et pour le gouvernement de mieux comprendre comment cet organisme peut fonctionner pour fournir des conseils raisonnables au ministre», a indiqué M. Leslie.

Le député bloquiste Patrick Bonin a déclaré vendredi à La Presse Canadienne que la décision des libéraux d’empêcher les experts en climatologie de s’exprimer publiquement s’apparente au musellement des scientifiques sous le gouvernement Harper.

Après une enquête de cinq ans, le commissaire à l’information fédéral a conclu en 2018 que les allégations selon lesquelles le gouvernement de l’ancien premier ministre Stephen Harper empêchait les scientifiques du gouvernement de s’exprimer publiquement sur leurs travaux étaient fondées.

M. Bonin a affirmé que le refus des libéraux de mettre en lumière les raisons des démissions était déplorable et injustifiable

Le député libéral de Honoré-Mercier, Éric St-Pierre, a expliqué à La Presse canadienne que la commission avait déjà entendu M. Donner au sujet de cette étude particulière. Et bien qu’il ait affirmé qu’il aimerait beaucoup revoir M. Donner, il a ajouté que la commission avait d’autres dossiers plus urgents à traiter.

M. St-Pierre a proposé l’année dernière une étude sur la tarification du carbone dans le secteur industriel. Mais aucun temps n’a été alloué à ce sujet au-delà de la réunion initiale visant à lancer l’étude en décembre.

«Je pense simplement aux priorités, à ce qui est le plus important pour le pays en ce moment. Il s’agit de vraies politiques, pas de manigances», a assuré M. St-Pierre, ajoutant que le nombre de motions déposées ces derniers temps équivalait à une obstruction des travaux de la commission.

M. Donner a déclaré qu’il souhaiterait que tous les partis se rendent compte qu’ils ne prennent pas le changement climatique au sérieux.

«Il est risible que les conservateurs prétendent avoir besoin de m’entendre alors qu’ils ne m’ont pas posé une seule question sérieuse l’année dernière», a-t-il remarqué.

«Les libéraux qui disent qu’ils n’ont pas besoin de m’entendre parce que j’ai témoigné l’année dernière, c’est ridicule. Parce que, premièrement, entre l’année dernière et cette année, nous avons publié un nouveau rapport annuel — c’est le GCPC qui l’a fait. Et deuxièmement, j'ai démissionné de la tête d’un organe consultatif même si que ce rapport était terminé, avant qu’il ne soit publié, avant que j’aie eu l’occasion d’en informer le ministre.

«N’êtes-vous pas au moins un peu curieux de m’entendre?»

Nick Murray, La Presse Canadienne