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L’ambassadeur chinois exhorte à une action rapide concernant les nouveaux accords

durée 06h04
22 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — L'ambassadeur de Chine au Canada exhorte le gouvernement à agir rapidement et à progresser sur les axes de collaboration convenus par les deux pays lors de la visite du premier ministre Mark Carney à Pékin la semaine dernière.

«Si la Chine et le Canada font preuve d'une sincérité suffisante, les deux parties pourront concrétiser les résultats importants obtenus», a indiqué à La Presse Canadienne l'ambassadeur de Chine au Canada, Wang Di, lors de sa première entrevue depuis la visite de M. Carney à Pékin.

«La priorité absolue pour les deux parties est de répondre au plus vite aux attentes de leurs peuples et de suivre la voie tracée par les dirigeants de nos deux pays», a-t-il ajouté.

Au cours de cette visite, le président Xi Jinping et M. Carney se sont entendus sur un règlement du différend tarifaire qui avait vu Pékin imposer des droits de douane sur les produits agricoles canadiens en représailles aux droits de douane imposés par Ottawa sur les véhicules électriques chinois.

Les deux parties ont également signé des mémorandums d'entente visant à relancer des groupes de travail et des mécanismes institutionnels dans des domaines tels que la finance, le bois d'œuvre, le pétrole, les technologies vertes et le tourisme.

Selon M. Wang, ces accords permettraient aux ministères chinois et canadiens d'être plus en contact et d'avancer plus rapidement sur les dossiers prioritaires.

Mark Carney a annoncé son retour en Chine en novembre pour le sommet de l'APEC à Shenzhen, ce qui, selon M. Wang, laisse dix mois aux deux parties pour approfondir leur collaboration.

«Il est donc impératif d'agir sans tarder et d'accélérer le rythme pour obtenir des résultats concrets», a mentionné M. Wang par l'intermédiaire de son interprète.

Ainsi, les deux dirigeants «pourront discuter de l'avenir des relations sino-canadiennes à un niveau supérieur».

Les domaines de collaboration entre les deux pays n'incluent pas ceux que M. Carney juge sensibles pour la sécurité nationale du Canada, tels que l'intelligence artificielle, les minéraux critiques et la défense.

Des analystes ont également souligné l'importance de ces secteurs pour les Américains, ce qui accroît le risque de compromettre les négociations commerciales continentales avec Washington si le Canada s'ouvre trop à la Chine.

M. Wang a affirmé que Pékin est conscient de ces préoccupations et s'efforce d'approfondir sa collaboration dans les domaines envisagés.

Il a pris note de l'appel de Pékin à «rechercher un terrain d'entente tout en reconnaissant nos divergences», un principe que la Chine utilise depuis des années dans ses déclarations concernant le Canada.

«La relation sino-canadienne est fondée sur le principe gagnant-gagnant et l'intérêt mutuel. La Chine et le Canada sont également très complémentaires», a souligné M. Wang.

«La Chine et le Canada disposent d'un potentiel considérable et de perspectives prometteuses pour tirer parti de leurs atouts complémentaires et réaliser des bénéfices mutuels. Mais, bien sûr, nous ne nions pas l'existence de divergences entre la Chine et le Canada», a-t-il précisé.

M. Carney a cherché à présenter son approche comme un «réajustement» des relations canado-chinoises, plutôt que comme une refonte complète.

Cela signifie qu'Ottawa demeure préoccupé par les questions d'ingérence étrangère, de droits de la personne et de la mer de Chine méridionale, mais privilégie, dans ses déclarations publiques, le potentiel de coopération avec la Chine plutôt que les sujets de profond désaccord entre les deux pays.

On ignore encore les conséquences pour la stratégie indo-pacifique d'Ottawa, publiée fin 2022, qui qualifiait Pékin de «puissance mondiale perturbatrice» dont les valeurs divergeaient de plus en plus de celles du Canada.

Cette stratégie préconisait une collaboration accrue avec divers pays asiatiques afin de limiter l'influence de Pékin sur le Canada.

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, avait demandé en octobre à son ministère de mettre à jour la stratégie, car elle ne reflétait plus l'évolution des relations avec la Chine et l'Inde.

M. Wang a affirmé qu'il revenait au Canada de définir la forme que pourrait prendre une nouvelle stratégie régionale, mais il a admis que la stratégie indo-pacifique avait suscité de «vives inquiétudes» en Chine depuis sa publication.

Il a ajouté que sa formulation ne correspondait pas au nouveau «partenariat stratégique» évoqué par les deux dirigeants avec le gouvernement canadien, un partenariat qu'ils présentent comme novateur.

«La stratégie indo-pacifique est incompatible avec ce nouveau partenariat stratégique, avec la nouvelle ère dans laquelle nous sommes entrés et avec la politique menée par le gouvernement canadien», a-t-il expliqué.

La prudence est de mise

Des analystes ont appelé à la prudence dans la manière dont le Canada s'engage avec la Chine. Certains suggèrent que le Canada devrait aborder pragmatiquement ses préoccupations concernant les droits de la personne et les exprimer publiquement par le biais de déclarations communes avec des pays partageant les mêmes valeurs.

D'autres accusent Pékin de tenter d'acheter le silence en usant de son influence économique pour inciter les pays à passer outre les points de désaccord.

M. Wang a souligné que les populations des deux pays vivent dans un monde turbulent et attendent de leurs dirigeants qu'ils leur offrent des opportunités et de la stabilité.

Les chefs d'entreprise des deux côtés ont de «très grandes attentes» quant à cette visite, a-t-il affirmé, et il incombe donc maintenant aux responsables de «concrétiser au plus vite les résultats importants de cette visite».

M. Wang espère également que les liens se renforceront lorsque Mme Anand accueillera son homologue chinois, M. Wang Yi, au Canada au cours de l'année.

«L'histoire a amplement démontré que chaque fois que la Chine et le Canada œuvrent de concert vers un objectif commun, nous sommes capables de réaliser de grandes choses», a soutenu l'ambassadeur.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne