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McKenna tire à boulets rouges sur les dirigeants des pétrolières canadiennes

durée 10h00
18 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Des «gras dur» proches de Donald Trump qui nous prennent pour «des imbéciles» et qui font des « profits faramineux» avec la guerre en plus de «nourrir la crise climatique», de mettre «l’économie en péril» et de «demander des subventions». Voilà comment l’ancienne ministre de l’Environnement Catherine McKenna a décrit les dirigeants de l’industrie pétrolière canadienne dans une entrevue avec La Presse Canadienne. Un autre ancien ministre, Steven Guilbeault, a de son côté dénoncé le double discours et le manque de sérieux de ces dirigeants.

En marge du Sommet Climat Montréal, jeudi, La Presse Canadienne a demandé à l’ancienne ministre de l’Environnement Catherine McKenna de réagir à l’inventaire officiel de gaz à effet de serre du Canada, publié cette semaine.

Celui-ci montre qu’encore une fois en 2024, la production de pétrole et de gaz était le seul secteur industriel au pays à avoir augmenté ses émissions de GES.

«C’est révoltant!», a lancé l’ex-ministre, en ajoutant «qu’au Canada, les Canadiens s'attendent à ce que tous fassent leur part, mais les compagnies pétrolières et gazières, majoritairement américaines, ne font pas leur part. Leur seule contribution consiste à augmenter nos émissions et à réclamer des subventions».

Elle estime de plus que ces entreprises «exigent que les contribuables canadiens paient la facture du nettoyage de la pollution qu’elles engendrent et de la construction d’oléoducs dans lesquels elles refusent d’investir leurs propres fonds».

Le sentiment de mécontentement de celle qui a été députée fédérale de 2015 à 2021 contre les pétrolières et gazières canadiennes est profond, et sa liste de doléances longue.

Elles «engrangent des profits colossaux grâce à la guerre illégale menée par la Russie contre l’Ukraine, et maintenant grâce à la guerre contre l’Iran. Mais que font-elles de ces profits? Elles les redistribuent à des dirigeants gras dur (fat cats CEO), qui les reversent ensuite à leurs actionnaires, majoritairement américains et partisans de Donald Trump, soit dit en passant».

Les pétrolières et gazières «sont la principale cause de la crise climatique! Elles pratiquent l'écoblanchiment! Elles répandent de la désinformation! Et ensuite, elles exigent que les citoyens, qui paient déjà plus cher le pétrole et le gaz pour se déplacer et se chauffer, les subventionnent!», a fustigé Catherine McKenna, en ajoutant «qu’elles nous prennent pour des imbéciles».

Inquiète pour l’économie

Depuis 1990, la production des sables bitumineux a augmenté de plus de 900 % au pays, selon l’inventaire officiel de gaz à effet de serre du Canada.

Accroître la production de gaz et de pétrole année après année n’est pas «la direction que le reste du monde prend».

D’un point de vue environnemental, «c’est absurde, et d’un point de vue économique, encore plus», selon l’avocate et ancienne politicienne.

«Les chocs énergétiques», qui font référence aux changements de prix soudain des énergies, provoqués par exemple par les guerres, «accélèrent la transition énergétique des pays du monde entier vers les énergies renouvelables, moins chères et plus propres», a souligné Catherine McKenna, qui dit «s’inquiéter pour le Canada».

Un récent rapport de l’International Renewable Energy Agency montre que les énergies renouvelables représentaient, en 2025, 85,6 % de l'expansion totale des capacités électriques mondiales.

«Pourquoi ne pas inciter les gens à abandonner les énergies fossiles, à passer aux véhicules électriques, à moderniser leurs maisons? Pourquoi continuons-nous à nous chauffer au mazout et au gaz? À Halifax, on livre même du mazout à domicile alors qu'il existe des thermopompes! Pourquoi nos fournisseurs d'énergie ne nous permettent-ils pas, à nous, Canadiens, d'installer des panneaux solaires et d'être rémunérés pour cela?» s’est interrogée l’ancienne ministre dans le gouvernement de Justin Trudeau.

«Les solutions existent, et nous devons absolument aller de l'avant. Il ne s'agit pas tant d'accessibilité financière que de la compétitivité économique du Canada, aujourd'hui et demain, et bien sûr, d'un meilleur avenir pour nos enfants.»

Des profits faramineux grâce à la guerre

Lors de l’entretien avec La Presse Canadienne, Catherine McKenna a fait référence à une analyse publiée par le Centre canadien de politiques alternatives sur les récents profits réalisés par les pétrolières.

Les entreprises canadiennes de cette industrie «engrangent chaque jour 170 millions de dollars de profits supplémentaires grâce à la guerre menée par les États-Unis et Israël en Iran, qui a fait grimper les prix mondiaux du pétrole de plus de 50 %», soutient l’analyse publiée la semaine dernière.

Lors de son entretien avec La Presse Canadienne, Mme McKenna n’a pas précisé à quoi elle faisait référence lorsqu’elle a dit que les pétrolières canadiennes faisaient de l’écoblanchiment et de la désinformation, mais celles-ci ont maintes fois été accusées de diffuser des informations trompeuses.

Trois chercheurs de l’Université d’Ottawa ont, par exemple, publié une recherche dans la revue scientifique Energy Research & Social Science, en juin 2024, sur la façon dont l’Alliance nouvelles voies trompait le public avec ses prétentions environnementales.

L’Alliance nouvelles voies, qui s’appelle désormais l’Alliance des sables bitumineux, est un consortium composé des entreprises Canadian Natural Resources, Suncor, Cenovus, l’Impériale et ConocoPhillips. Cette alliance fait la promotion, depuis des années, du projet «Pathways», qui a pour objectif de rendre «carboneutre» la production des sables bitumineux d’ici 2050 en captant et en séquestrant le CO2.

«Lorsque j’étais ministre, ils avaient un discours qui disait qu'ils voulaient réduire et qu'ils voulaient faire leur part, mais, dans les faits, on ne sentait pas de volonté», a indiqué un autre ancien ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, à propos des dirigeants des entreprises des sables bitumineux.

En marge du Sommet Climat Montréal, Steven Guilbeault a expliqué à La Presse Canadienne qu’il entend parler du projet Pathways depuis ses débuts en politiques.

«Ce que l’on constate, sept ans plus tard, et après que le fédéral, avec Christia Freeland comme ministre des Finances, ait octroyé des crédits d’impôt pour la séquestration du carbone, c’est qu’ils ont investi plus en publicité pour parler de leur projet que dans la réalisation de ce projet-là. Alors moi, je constate un manque de sérieux, puis un double discours de la part des pétrolières sur cette question-là», a ajouté Steven Guilbeault.

La Presse Canadienne a sollicité une entrevue avec un représentant de l’Alliance des sables bitumineux afin de réagir aux propos de l’ancienne ministre McKenna et de l’inventaire des GES, mais au moment d’écrire cet article, l’agence n’avait pas obtenu de réponse.

Le Canada a légèrement baissé ses émissions de GES en 2024 en produisant 685 mégatonnes d’équivalent CO2. De cette quantité, 208 mégatonnes proviennent de la production de pétrole et de gaz. Les transports (151 Mt), nourris par l’industrie du pétrole et du gaz, sont le deuxième secteur le plus polluant.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne