Montréal accueille un sommet mondial sur les océans

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Des fonctionnaires de l'ONU, des élus qui représentent des pays dont l'économie dépend de l’océan, des chefs de grandes entreprises et des scientifiques se réuniront à Montréal dans les prochains jours pour participer à un sommet mondial sur les océans.
Quels compromis les gouvernements, les industries et les communautés doivent-ils accepter pour protéger et restaurer la santé des océans?
Comment les entreprises et les investisseurs peuvent-ils continuer à faire des profits tout en respectant les accords de protection de la biodiversité?
Voilà des exemples de questions auxquelles tenteront de répondre les quelque 800 personnes attendues au Palais des congrès de Montréal mercredi et jeudi pour le «World Ocean Summit & Expo».
«Habituellement ce sommet annuel est organisé dans de grandes villes, comme Abu Dhabi, Lisbonne ou Tokyo, de grandes plaques tournantes maritimes mondiales», a fait remarquer la chercheuse en écologie des mammifères marins Lyne Morissette, en entrevue avec La Presse Canadienne.
«Si ça se tient à Montréal, c'est probablement parce que le Canada aussi est considéré stratégiquement comme une plaque tournante», a ajouté la chercheuse qui participera à ce sommet dont l’objectif est de «concilier l’économie et la protection de notre planète».
L'innovation au service des baleines
Lyne Morissette prendra part à un panel sur l’utilisation de l’innovation et l’intégration de l’intelligence artificielle dans les engins de pêche.
Elle discutera notamment de technologies canadiennes qui utilisent des «bouées sur demande», ce qui permet de réduire les risques d'empêtrement, souvent mortel, des baleines dans les engins de pêche.
Les cordages verticaux utilisés par les pêcheurs pour ramener à la surface les casiers de crabes ont causé la mort de plusieurs baleines dans le golfe du Saint-Laurent dans les dernières années.
Mais les nouveaux systèmes de type «bouées sur demande» utilisent les signaux acoustiques émis par les bateaux de pêche et des logiciels pour déclencher la remontée des casiers et ainsi limiter l’utilisation de cordages dans lesquels s’empêtraient les cétacés, surtout les baleines franches de l'Atlantique Nord.
«Ça permet d'aller pêcher dans des endroits où il y a des baleines sans avoir des rideaux de cordes un peu partout dans l'environnement» et «ça fait vraiment une différence, car le nombre d’empêtrements a vraiment diminué», a expliqué Lyne Morissette à La Presse Canadienne.
Plusieurs menaces à la santé des océans
Surangel Whipps JR, président de la République des Palaos, une nation insulaire dont l’existence est menacée par les changements climatiques, est le seul chef d’État qui fait partie des invités du sommet.
Le «World Ocean Summit & Expo» est une initiative du groupe britannique qui détient le magazine The Economist.
Beaucoup de chefs d’entreprises et de représentants d'industries qui dépendent des océans seront présents, mais aussi des scientifiques et des défenseurs de l'environnement.
«Je pourrais bien passer ma vie à vouloir protéger les baleines, mais si je ne travaille pas avec les pêcheurs qui se lèvent chaque matin pour aller gagner leur vie et qui sont ceux qui ont le plus de potentiel d’impact positif ou négatif sur ces espèces-là, bien, ça n’avancera pas», et «si je décidais de participer seulement à des conférences scientifiques avec d'autres chercheurs qui décrivent passivement ce qui est en train de se passer dans les océans, ça ne permettrait pas d’avancer non plus», a expliqué Lyne Morissette en soulignant l’importance de réunir des participants issus d’une variété d’horizons afin de mettre en place des solutions aux menaces qui pèsent contre la santé des océans.
Ces menaces, comme le souligne la chercheuse, sont nombreuses.
«Il y a le changement climatique, évidemment, qui a toutes sortes de conséquences tant au niveau de l'augmentation de la température de l'eau que du déplacement des espèces en raison des écosystèmes qui changent.»
La surpêche est également un problème majeur, car «on pêche beaucoup d'espèces jusqu'à leur quasi-extinction ou jusqu'à ce qu'il soit trop tard pour que ces espèces reviennent».
La pollution sonore et la perte de biodiversité représentent aussi des dangers importants.
«C’est toujours les activités humaines qui sont au cœur de ces menaces et ces enjeux sont interconnectés. Alors, de pouvoir discuter de ces enjeux dans un sommet et de voir comment on peut moduler les activités humaines pour limiter notre impact sur les océans, c’est plus important que jamais.»
La ministre des Pêches et la secrétaire d'État pour la Nature seront présentes
La députée libérale Nathalie Provost, qui porte le titre de secrétaire d’État pour la Nature, doit prendre part à l'événement. L’attachée de presse de la députée a indiqué à La Presse Canadienne que celle-ci n’était pas disponible pour discuter de sa participation à la conférence.
Toutefois, le bureau de la députée a transmis cette déclaration par courriel: «Le rôle du Canada au Sommet mondial des océans reflète notre engagement envers la protection, la conservation et la gestion durable des océans. Dans le cadre de l’objectif 30x30, nous visons à protéger 30 % de nos océans d’ici 2030.»
La secrétaire d’État à la Nature participera à un panel «qui examinera comment mobiliser des capitaux pour des projets de conservation marine et des industries océaniques durables, tout en assurant des bénéfices pour les communautés et des rendements pour les investisseurs».
La ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Joanne Thompson, sera également présente. Elle doit prononcer le discours d’ouverture.
Stéphane Blais, La Presse Canadienne