Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

Montréal: une ville des plus sécuritaires, mais le sentiment d'insécurité augmente

durée 13h58
10 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
durée

Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Le Grand Montréal est devenu l’une des villes les plus sécuritaires en Amérique du Nord, mais le sentiment d’insécurité des Montréalais est en croissance.

L’état-major du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a fait le point mardi sur ses résultats pour 2025 et ses priorités pour 2026, des résultats qui, selon le directeur du corps de police, Fady Dagher, laissent croire que les craintes des citoyens ne reflètent pas tant la criminalité que l’impact de l’itinérance.

«Je vous avoue franchement que oui, dans les espaces publics, on remarque que le sentiment d'insécurité ce n'est pas qu’une perception, il est en augmentation», a-t-il reconnu, expliquant cette augmentation de l’insécurité notamment par le fait que les gens sont davantage confrontés à des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale ou en crise sur la rue ou dans les transports en commun.

«Ça, c'est quand même vrai. C'est présent. Mais quand nous, on regarde nos statistiques, nos événements, franchement, en termes de faits, ça va beaucoup, beaucoup mieux. (…) Il y a quatre ans, les fusillades qu'il y avait à Montréal, c'est à presque chaque deux, trois jours. On n’en a presque plus.»

Fady Dagher ajoute que la polarisation des discours un peu partout, que ce soit en politique – où le discours sur la hausse de criminalité alimente certains discours populistes – ainsi que la diffusion en boucle d’événements criminels contribuent à faire augmenter l’insécurité.

Et pourtant, les données sont encourageantes. Le nombre d’incidents de violence armée a chuté de plus de la moitié sur le territoire du SPVM, passant de 214 en 2021 à 103 en 2025. Tout récemment, des nouvelles statistiques font état d’un taux d’homicides de 1,16 par 100 000 habitants dans le Grand Montréal, ce qui inclut Laval et Longueuil. «Nous sommes la grande ville qui a le plus bas taux d'homicides en Amérique du Nord, Canada et États-Unis. Alors quand on dit que la ville de Montréal est sécuritaire, ce ne sont pas des mots en l'air. 1,16, c'est remarquable» a-t-il fait valoir, rappelant que Montréal était en queue de peloton il y a une quarantaine d’années.

La pression de l'itinérance

Il n’en demeure pas moins que la montée de l’itinérance met beaucoup de pression sur les policiers, dit-il.

«C'est un problème pour la police, mais ce n'est pas un problème de police», rappelle-t-il, tout en saluant une implication de plus en grande de ressources comme des travailleurs sociaux, des psychiatres et autres intervenants du milieu de la santé auprès de ses membres sur le terrain. «Ça nous donne un coup de main, surtout en santé mentale. On n'a pas tous les outils, on n’est pas nécessairement des travailleurs sociaux ou des travailleurs de rue, des psychologues, des thérapeutes, et on ne veut pas l'être non plus.»

Il y a, dit-il, «une très grande mobilisation avec ce que la ville est en train de mettre en place, le milieu de la santé aussi. C'est pour ça qu'on a demandé à avoir le milieu de la psychiatrie avec nous dans la rue. C'est un phénomène qui n'est pas à la veille de cesser, mais si on trouve des logements bien établis, des logements sociaux, et surtout des services dans les logements sociaux qui vont suivre par la suite, je pense que l'on va y arriver, mais ça va prendre encore quelques années.»

Ce qui ne l’empêche pas de répéter que «c'est lourd pour le SPVM. Ce n'est pas facile, ce n'est vraiment pas facile.»

Nouvelles technologies, jeunes et drones

Parmi les autres données rendues publiques par l’état-major du corps policier, on apprend que 25 des 31 meurtres survenus sur son territoire en 2025 ont été résolus, un taux de réussite de plus de 80 %, et que huit autres meurtres survenus dans les années précédentes ont également été résolus, dont un remontant à 2008 grâce aux nouvelles technologies à la disposition des enquêteurs. Ceci a fait dire au directeur adjoint responsable des services spécialisés, David Bertrand, que «les auteurs de meurtres et autres crimes de violence se le tiennent pour dit: si vous n'êtes pas arrêtés sur le champ, nous finirons par vous identifier grâce à nos outils et nos techniques d'enquête. Tôt ou tard, vous répondrez de vos actes devant la justice.»

Le SPVM ne peut pas pour autant s’asseoir sur ses lauriers. Le directeur adjoint a beaucoup insisté sur une nouvelle réalité en matière de criminalité. «Ce qu'on voit présentement, c'est une diminution de l'âge des jeunes qui passent à l'action. Quand je dis 'passer à l'action', ce n'est pas nécessairement sur le terrain. Des fois, c'est derrière leur écran, bien entendu», faisant état de jeunes de 14 ans qui agissent comme commanditaires intermédiaires, c’est-à-dire qu’ils confient des commandes de gestes criminels récoltées sur le web à d’autres jeunes. Il faut désormais agir en amont, disent les policiers, auprès de jeunes jusqu’à 9 ou 10 ans, soit au niveau primaire.

On a également pu apprendre que le SPVM utilise maintenant des drones non seulement pour la recherche de personnes disparues, mais aussi pour surveiller les automobilistes. «Nous avons aussi amorcé l'utilisation de drones dans le cadre d'opérations ciblées. Depuis les airs, ils permettent de détecter des infractions comme le non-respect de la signalisation, l'utilisation du téléphone au volant et l'interblocage», a raconté M. Bertrand.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne