Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

N.-É.: des agents de la GRC se disent victimes de propos racistes par des Autochtones

durée 20h32
5 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
durée

Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

HALIFAX — Un responsable de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en Nouvelle-Écosse s'insurge contre des propos racistes qui auraient été tenus à l'encontre de ses agents lors d'une récente descente de police dans un magasin de cannabis géré par des Autochtones.

En réponse, un avocat mi'kmaq a accusé la police de se victimiser et d'attiser les tensions au sein de communautés autochtones déjà ébranlées par des allégations non fondées de politiciens provinciaux concernant des magasins de cannabis illégaux et le trafic de personnes.

Jeudi, le surintendant Jason Popik, du district sud-ouest de la GRC, a déclaré que ses agents avaient été victimes d'«agressions verbales» lors d'une perquisition et d'une saisie de cannabis menées le 30 janvier près de la vallée d'Annapolis.

«Nous arrivons sur les lieux et nous sommes confrontés à des injures et à des propos racistes, a-t-il dit en entrevue. Quand je parle de propos racistes, c'est-à-dire quand on s'en prend à la couleur de peau, à l'origine ethnique et qu'on utilise des termes désobligeants comme "suprémaciste blanc", je considère cela comme un propos raciste.»

«Quand on traite les policiers de nazis, c’est une insulte qui reflète les préjugés envers ceux qui font leur travail», a-t-il dit.

Cody Ward, un Mi’kmaq de la Première Nation de Sipekne’katik, a filmé la police le 30 janvier en train de faire une perquisition dans un magasin de cannabis de type hangar à camions à Welton Landing, en Nouvelle-Écosse, exploité par son oncle.

M. Ward, qui affirme avoir le droit, en vertu d’un traité, de vendre du cannabis, déclare sur la vidéo que les membres de la GRC se comportent comme des nazis obéissant aux ordres.

«J’espère que vos enfants vous regarderont et penseront : “Papa, tu es un… nazi”», dit-il dans la vidéo.

Lors d’une entrevue jeudi, M. Ward a affirmé que les policiers, chargés d’appliquer la politique du gouvernement provincial visant à contrer les activités illégales de vente de cannabis, se livrent à des actes racistes contre les entreprises mi’kmaq.

«Si vous pratiquez l’assimilation raciste, vous risquez fort d’être traité de raciste», a-t-il conclu.

Priorisation de la lutte contre le cannabis illégal

Le gouvernement provincial a lancé une directive le 4 décembre enjoignant la police à prioriser la lutte contre le cannabis illégal et a adressé une lettre à 13 chefs mi'kmaq pour solliciter leur collaboration.

Cette directive a suscité des critiques, certains accusant le gouvernement du premier ministre Tim Houston d'ingérence dans les forces de l'ordre afin de cibler les communautés des Premières Nations.

La loi provinciale encadre strictement la vente de cannabis, qui se fait par l'entremise des points de vente de la Société des alcools de la Nouvelle-Écosse. On compte 51 points de vente de cannabis agréés dans la province, dont un situé dans une réserve des Premières Nations.

M. Houston et M. Popik ont affirmé que la directive s'applique à tous les magasins illégaux, et non seulement à ceux exploités par des Autochtones. Or, les deux principales saisies de cannabis effectuées dans le district de M. Popik depuis décembre concernaient des commerces gérés par des Autochtones.

«Nous n'avons eu affaire à aucun (dispensaire) non autochtone» depuis la mise en vigueur de la directive, a déclaré M. Popik.

La GRC a publié un communiqué de presse mardi concernant la saisie de cannabis à Welton Landing. Le commissaire Popik a dénoncé les propos racistes dont les policiers ont été victimes et les a félicités pour leur professionnalisme et leur persévérance dans la lutte contre le marché illégal du cannabis.

Jeudi, M. Popik a expliqué qu'il jugeait important de souligner les comportements inacceptables à l'égard des policiers.

«Il est inadmissible que certaines personnes pensent pouvoir ignorer, dénigrer et agresser verbalement des policiers», a-t-il dit.

Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a affirmé que sa campagne de répression contre les boutiques de cannabis illégales était motivée en partie par la volonté de freiner le trafic de personnes et de garantir que le cannabis vendu dans la province ne soit pas contaminé par du fentanyl.

Cependant, le ministère fédéral de la Justice et la police locale ont indiqué n'avoir reçu aucun signalement de trafic de personnes lié au cannabis de contrebande, et la police de la Nouvelle-Écosse a déclaré n'avoir aucune preuve de la présence de fentanyl dans le cannabis saisi.

L’avocate mi’kmaq Tuma Wilson a déclaré jeudi en entrevue que les accusations d’agression verbale portées par la GRC contribuent à diaboliser davantage les magasins gérés par des Autochtones, compte tenu des allégations infondées concernant le fentanyl et le trafic.

«Cette personne participe activement au racisme économique en prétendant être victime d’une forme de racisme inversé parce qu’on lui rappelle l’histoire, a déclaré Me Wilson, faisant référence aux propos de M. Popik. C’est obscène, c’est ridicule. Et ce serait drôle si ce n’était pas si obscène.»

«Cela attise le feu du racisme anti-Autochtone», a ajouté l'avocate.

Lyndsay Armstrong, La Presse Canadienne