Ottawa appelé à aider Cuba face au blocus américain

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney fait face à des appels de plus en plus pressants pour qu'il dénonce les États-Unis, qui ont renforcé leurs restrictions sur l'approvisionnement en carburant de Cuba, ou pour qu'il envoie de l'aide à ce pays.
Depuis plus d'un an, Affaires mondiales Canada met en garde les voyageurs contre les «pénuries de carburant, d'électricité, de produits de première nécessité, notamment de nourriture, d'eau et de médicaments» dans la majeure partie de Cuba.
En janvier, l'île a perdu sa principale source de carburant lorsque les États-Unis ont pris le contrôle des réserves de pétrole du Venezuela.
Les compagnies aériennes canadiennes ont suspendu leurs vols vers l'île, invoquant des pénuries de carburant, tandis que des transporteurs comme Air France ont ajouté une escale de ravitaillement dans les pays voisins.
Le président américain Donald Trump a également menacé d'imposer des droits de douane à tout pays vendant ou fournissant du pétrole à Cuba, ce qui a incité l'île à rationner l'énergie ces derniers jours. Ces restrictions s'ajoutent à des décennies de restrictions américaines sur les biens et services à Cuba, un embargo que le Canada n'a jamais reproduit.
Certains membres de l'administration Trump, comme le secrétaire d'État Marco Rubio, réclament depuis longtemps un changement de régime à Cuba et ont averti La Havane de possibles actions militaires à la suite du raid américain sur Caracas qui a conduit à l'enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro.
Le Mexique a envoyé à Cuba des navires de la marine transportant des denrées alimentaires de base et des articles d'hygiène personnelle, et les néo-démocrates estiment que le Canada devrait suivre son exemple.
La semaine dernière, à la Chambre des communes, le chef intérimaire du NPD, Don Davies, a exhorté le gouvernement à «soutenir Cuba face à l'impérialisme agressif des États-Unis», arguant que cela donnerait du poids au discours de Mark Carney au Forum économique mondial, qui exhortait les puissances moyennes à résister à l'intimidation des superpuissances.
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, n'a pas précisé si le Canada allait dénoncer Washington ou offrir du carburant ou une aide humanitaire. Elle a plutôt souligné les efforts déployés pour aider les Canadiens dans le besoin, notamment pour quitter le pays.
«Nous sommes profondément préoccupés par la détérioration de la situation à Cuba, a-t-elle dit. Notre priorité absolue sera toujours la sécurité des Canadiens, et notre politique étrangère repose sur ce principe.»
Le gouvernement n'a pas indiqué s'il envisageait d'étendre l'aide humanitaire à Cuba.
M. Davies a fait valoir que M. Trump était «enhardi par l'absence de réaction» à son raid au Venezuela, et a déclaré que M. Carney «était resté silencieux» alors que M. Trump menaçait Cuba et l'ensemble de l'hémisphère occidental.
Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a indiqué avoir soulevé la nécessité pour le Canada d'envoyer une aide humanitaire à Cuba lors d'une réunion la semaine dernière avec M. Carney.
Les défenseurs de Cuba soulignent que le Canada est le seul grand pays des Amériques, à l'exception du Mexique, à avoir maintenu des relations avec La Havane après la révolution communiste de 1959, malgré les pressions américaines.
L'ambassadeur de Cuba à Ottawa, Rodrigo Malmierca Diaz, a déclaré lors d'un événement la semaine dernière que Washington violait le droit international, mais il n'a formulé aucune demande spécifique quant à la manière dont le Canada devrait réagir.
«La politique de guerre économique menée par le gouvernement américain contre Cuba a atteint son paroxysme ces derniers jours, a-t-il déclaré, selon des propos publiés sur le site internet de l'ambassade. C'est ainsi qu'ils comptent faire capituler Cuba: en étouffant notre économie et notre population.»
— Avec des informations de l'Associated Press
Dylan Robertson, La Presse Canadienne