Pas un pouce de plus: mobilisation contre l'agrandissement de Tennis Canada

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Alors que l'Omnium Banque Nationale bat son plein à Montréal, des citoyens montent au front pour s'opposer à l'agrandissement des installations de Tennis Canada au parc Jarry, dans l'arrondissement de Parc-Extension.
Une manifestation s'est déroulée dimanche après-midi pour dénoncer la construction d'un nouveau stade de tennis et l'ajout de quatre terrains d'entraînement, qui menacent de réduire l'accès du public au parc.
«On considère que Tennis Canada a déjà pris trop de parcs dans le passé, a déclaré Louis Thibault, porte-parole du Front commun pour la défense du parc Jarry. Il n'y a pas un pouce de plus qui va être accordé à Tennis Canada. Ni aujourd'hui, ni jamais», soutient l'homme de 33 ans, qui habite le quartier depuis 3 ans.
La mobilisation est chapeautée par le Front commun pour la défense du parc Jarry, qui regroupe 14 organismes et associations. Le mouvement a également reçu l'appui de Québec Solidaire, de représentants de Projet Montréal et de personnalités publiques, notamment Ève Lambert, autrice du roman à succès «Que notre joie demeure».
Les installations de tennis qui accueille chaque année le volet montréalais de l'Omnium du Canada occupent déjà 22% de la superficie du parc et Tennis Canada souhaite agrandir son site pour occuper 27% de l'espace.
Le projet, toujours à un stade embryonnaire, prévoit la démolition du Stade IGA afin d’y construire un nouveau court central doté d’un toit rétractable, à l’emplacement d’un terrain de base-ball. Ce nouveau stade pourra accueillir jusqu'à 15 000 spectateurs, 3000 de plus que l'actuel.
Quatre terrains d'entraînement extérieurs seront ajoutés et la capacité du court secondaire sera augmentée de 4000 à 7000 places.
Selon des informations rapportées par Radio-Canada, les coûts estimés du projet s'élèveraient à 400 millions $. Tennis Canada, qui est un OBNL, et ses partenaires privés sont prêts à assumer 10% du financement et demandent aux trois ordres de gouvernement de prendre en charge le restant des coûts.
«Dans nos quartiers, l'opposition est vraiment écrasante. Dans Parc-Extension et Villeray, on distribue des tracts. Ce n'est vraiment pas compliqué d'avoir l'appui de la population, les gens sont plus inquiets en fait, ils sont déjà vraiment frustrés», souligne M. Thibault, qui habite dans le secteur depuis trois ans.
Des citoyens se mobilisent depuis le début du tournoi pour distribuer des pamphlets aux usagers du parc. «Ce qu'on a constaté, c'est que ça met déjà Tennis Canada mal à l'aise», indique M. Thibault.
Il rapporte que des agents de sécurité du tournoi sont intervenus pour empêcher la distribution de tracts près de la piscine municipale, qui se situe dans le parc, mais en dehors du terrain de Tennis Canada.
Avec ses 35,6 hectares de verdure et d'installations sportives ouverts à tous, le parc Jarry est un lieu de rassemblement pour plusieurs populations qui n'ont pas accès à de grands espaces extérieurs.
On y organise, des fêtes d'enfant, des tournois de sports amateurs et, parfois même, des réceptions de mariages.
«Parc Extension, c'est un quartier où 80% de la population n'a pas de cours arrière», a expliqué M. Thibault.
«Le parc Jarry, c'est littéralement leur jardin. Chaque fois qu'on perd du territoire de ce parc-là, en fait, c'est le jardin de tout un quartier qu'on sacrifie», a-t-il déploré.
Le Front commun réclame également que Tennis Canada rende publique une étude de faisabilité qui a analysé trois scénarios: la rénovation du stade IGA, la construction d'un nouveau stade et le déplacement du tournoi.
La dernière option a rapidement été écartée en raison de son coût, a précisé l'organisation sportive.
Mme Tétreault a d'ailleurs affirmé samedi que les discussions préliminaires avec la classe politique avaient été positives. La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, ainsi que la première ministre du Québec, Christine Fréchette, se sont montrées ouvertes à investir dans les nouvelles infrastructures, sans pour autant s'y engager officiellement.
Pas de négociations
De son côté, Tennis Canada maintient que cette expansion ne relève pas d'un caprice, mais d'un besoin inévitable de se moderniser pour rester compétitif et continuer d'attirer les plus grandes vedettes internationales de tennis.
«C'est tout à fait légitime que les gens aient des préoccupations, des questions, que des groupes citoyens réagissent», a affirmé samedi la directrice de l'événement, Valérie Tétreault, lors de son bilan de mi-tournoi.
«Une des grandes prochaines étapes sera la consultation», a-t-elle ajouté, soulignant que Tennis Canada avait déjà entamé des discussions avec certains groupes.
Louis Thibault confirme que l'OBNL a contacté deux organisations du Front commun: l'Association de base-ball amateur du Jarry et la Coalition des amis du parc Jarry.
Dans le cas de la Coalition, la consultation s'est fait au moyen d'un médiateur «qui venait annoncer un fait accompli et qui tentait de voir comment convaincre la coalition», confie M. Thibault.
Ce dernier rapporte que Tennis Canada leur a demandé combien d'arbres elle pourrait planter ou «quels types de cadeaux elles pourraient offrir à la communauté» pour favoriser l'acceptabilité du projet.
Mais M. Thibault soutient que la position du Front commun est claire: «Il n'est pas question pour nous de négocier avec Tennis Canada.»
- Avec des informations d'Alexis Bélanger-Champagne.
Samira Ait Kaci Ali, La Presse Canadienne