Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

Percée dans la prévention du cancer de l'ovaire

durée 07h00
6 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
durée

Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Une intervention chirurgicale préventive développée en Colombie-Britannique semble drastiquement réduire le risque pour une femme de développer la forme la plus courante et la plus mortelle de cancer de l'ovaire, une maladie impitoyable dont la moitié des victimes survivra tout au plus cinq ans après le diagnostic.

La salpingectomie opportuniste consiste à retirer de manière proactive les trompes de Fallope d'une femme qui subit déjà une intervention gynécologique de routine, telle qu'une hystérectomie ou une ligature des trompes.

Les femmes qui avaient subi cette procédure étaient ensuite 78 % moins susceptibles que les autres de développer un cancer de l'ovaire, révèle une lettre de recherche publiée tout récemment par le journal médical JAMA Network Open. Et dans les rares cas où la maladie s'est quand même présentée, elle était biologiquement moins agressive.

«Il n'y a pas de cancer plaisant, mais le cancer de l'ovaire est une maladie très méchante», a commenté la directrice de la division d'oncologie gynécologique et de l'Unité de recherche sur la santé des femmes du Centre universitaire de santé McGill, la docteure Lucy Gilbert.

«On peut faire de la prévention, au mieux on peut offrir une chirurgie et une ablation, mais quand on se retrouve face à une maladie avancée, ça devient très difficile.»

De manière logique, les experts ont longtemps cherché l'origine du cancer de l'ovaire directement dans les ovaires, a indiqué la docteure Gilbert.

On a toutefois réalisé, il y a plusieurs années, que la «vaste majorité des cancers de l'ovaire, les cancers ovariens séreux, proviennent des trompes de Fallope», plutôt que des ovaires, a-t-elle ajouté.

«Le pauvre ovaire est innocent, a dit la docteure Gilbert. J'ai aussi commis cette erreur et nous avons été idiots. On a gaspillé beaucoup de temps à essayer de détecter le cancer de l'ovaire par imagerie.»

Un examen des ovaires et même des trompes de Fallope d'une femme qui présente les premiers symptômes d'un cancer de l'ovaire ne révélera rien d'anormal, a-t-elle ajouté, «mais on pense que ce petit cancer est déjà caché dans l'abdomen. On cherchait tout simplement au mauvais endroit».

«On s'intéressait à quelque chose d'innocent, alors que le coupable avait commencé à propager des cellules cancéreuses un peu partout même s'il semblait en parfaite santé», a dit la docteure Gilbert.

La salpingectomie opportuniste a été mise au point par une équipe de chercheurs de l'Université de la Colombie-Britannique, de BC Cancer et de Vancouver Coastal Health. La province est devenue en 2010 la première juridiction au monde à proposer cette procédure, qui est aujourd'hui recommandée par les organisations médicales de 24 pays.

La salpingectomie opportuniste a l'avantage de protéger l'intégrité des ovaires, préservant du fait même la production d'hormones importantes et minimisant les effets secondaires liés à cette intervention supplémentaire.

La nouvelle étude est la première à quantifier la réduction de risque de cancer de l'ovaire qui y est associée. Ses conclusions découlent de l'analyse des données de santé d'une population de plus de 85 000 personnes ayant subi une chirurgie gynécologique en Colombie-Britannique entre 2008 et 2020. Les chercheurs ont comparé les taux de cancer ovarien séreux entre les personnes ayant subi une salpingectomie opportuniste et celles ayant subi des chirurgies similaires, mais sans cette procédure.

«On peut vraiment être fiers que la base de cette étude soit d'origine canadienne, a commenté la docteure Gilbert. C'est une excellente idée. Puisqu'on ne peut pas dépister ces cancers très tôt avec les outils dont nous disposons, pourquoi ne pas profiter d'une autre intervention chirurgicale pour retirer les trompes de Fallope?»

Le but, a-t-elle dit, n'est évidemment pas de commencer «à harceler toutes les femmes pour qu'on leur enlève leurs trompes de Fallope». Mais puisqu'une intervention chirurgicale est d'emblée quelque chose de sérieux, «si on entre de toute manière dans l'abdomen de quelqu'un pour aller ligaturer les trompes, pourquoi ne pas simplement les enlever?», a-t-elle demandé.

«Aussi bien en profiter pour faire quelque chose qui va réduire le risque du huitième ou neuvième cancer le plus courant chez les femmes», a martelé la docteure Gilbert.

Il va de soi que la femme doit être certaine de ne plus jamais vouloir d'enfants, mais la question ne se pose pas vraiment si la patiente devait déjà subir une hystérectomie ou une ligature des trompes, a-t-elle souligné.

L'envers de la médaille est qu'il s'agit d'une intervention plus longue et plus complexe, il y a aussi une inquiétude d'interférer avec l'apport sanguin des ovaires et la ménopause pourrait arriver un petit peu plus tôt, «mais dans la vie, il faut soupeser le pour et le contre, et ultimement, je pense que c'est une idée brillante, les avantages sont tellement plus grands», a applaudi la docteure Gilbert.

Le cancer de l'ovaire est le cancer gynécologique le plus mortel. Environ 3100 Canadiennes reçoivent un diagnostic de cette maladie chaque année, et environ 2000 en meurent.

Il n'existe actuellement aucun test de dépistage fiable pour le cancer de l'ovaire, ce qui signifie que la plupart des cas sont diagnostiqués à un stade avancé, lorsque les options de traitement sont limitées et les taux de survie faibles.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne